Plus on est de fous…

Zoe Brisby · Chapitre 25 sur 57

Pages du PDF

Plus on est de fous…

Chapitre 25

– 25 –

 

 

La sonnerie du téléphone retentit sur le bureau des infirmiers situé dans le hall de la clinique. Quel début de journée ! Pas une minute à soi. Les patients étaient déchaînés ce matin, alors si le téléphone s’y mettait aussi ! François Mitterrand et Jacques Chirac se disputaient. Par chance, François Hollande s’accordait une grasse matinée et Nicolas Sarkozy faisait son jogging, sinon le personnel soignant aurait eu droit à un véritable débat de campagne électorale. Heureusement, la clinique n’avait pas encore d’Emmanuel Macron.

Le téléphone continuait de sonner, indifférent à la fatigue et au manque de temps des infirmiers.

– Clinique Beausoleil, bonjour ! fit une voix qui se voulait enjouée en étouffant un léger bâillement.

– Bonjour, c’est Mme Chalon. Je voudrais parler à mon père, s’il vous plaît.

– Ah, madame Chalon ! Justement, je voulais vous appeler.

Parfois, le hasard faisait bien les choses.

– Ah bon ?

– Oui.

– Qu’y a-t-il ? Vous m’inquiétez.

– L’état de votre père me préoccupe.

– Ah bon ?

– Oui.

– Pourquoi ?

– Il dort mal, se prend pour José Bové et saccage les cuisines dès qu’il entend parler de hamburgers pour le déjeuner.

Peut-être un peu brusque comme approche, mais il fallait savoir dire les choses sans fard pour avancer. La prise de conscience du problème était essentielle pour espérer une évolution de l’état du patient. Sa famille devait également s’en rendre compte.

– Je suis désolée.

– Il piétine les massifs de fleurs et se montre parfois très désagréable avec le personnel.

– Cela fait des années qu’il est comme ça ! C’est pour cette raison que je l’ai mis à la clinique.

– C’est bien ce que je dis, son état ne s’améliore pas.

– Que faire ? demanda Mme Chalon, inquiète.

L’était-elle pour son père ou par peur de devoir le reprendre chez elle ? L’éternel dilemme des familles qui culpabilisaient d’enfermer leurs parents malades mais se sentaient soulagées de ne plus en avoir la responsabilité.

– J’aimerais lui donner des relaxants, cela devrait lui permettre de se détendre un peu et de se libérer de ses obsessions alimentaires et sanitaires. M’y autorisez-vous ?

– Bien sûr, je vous fais confiance.

– Vous pouvez. La clinique est réputée pour la qualité de ses soins.

– Je passerai le voir samedi, peut-être pourrions-nous en reparler ?

– Bien sûr.

– Merci, docteur, ravie de vous avoir parlé. Et merci pour votre sollicitude.

– Je vous en prie, madame Chalon, je ne fais que mon travail.

Jarod raccrocha le combiné, satisfait. Une bonne chose de faite. Depuis le temps qu’il devait s’occuper du cas de M. Chalon ! Un patient pas facile, mais il fallait bien se consacrer à tous. Il ne pouvait pas choisir ses patients en fonction de ses affinités, ce ne serait pas professionnel et lui, il était très professionnel ! Il avait une éthique et prêté le serment d’Hippocrate – enfin, c’était tout comme.

Il nota quelques commentaires dans le dossier de M. Chalon. Il aimait que ses fichiers soient à jour.

Il regarda la pile et soupira. Il avait encore beaucoup à faire et pas une minute à lui. Il lui tardait que le Dr Petitpas revienne pour le décharger un peu. Ensemble, ils faisaient du bon travail. Une sacrée équipe !

Marguerite passa devant lui en jetant un regard soupçonneux au téléphone.

– Jarod, que faites-vous derrière le comptoir des infirmiers ? Vous n’avez pas le droit de vous approcher du téléphone.

Il adopta une mine de parfait innocent.

– Je le sais bien.

Il afficha ensuite un air triste.

– Et puis, qui voudriez-vous que j’appelle de toute façon ?

Marguerite eut un sourire compatissant.

– Désolée, Jarod, je ne voulais pas être désagréable.

Elle s’assit sur un fauteuil en velours vert. Le caméléon la regarda avec compassion.

– Le départ du directeur nous a tous chamboulés, hein ? lui dit-il.

– C’est vrai.

– Ce ne doit pas être facile à gérer.

– Je dois admettre que c’est parfois difficile.

– Vous voulez en parler ? Passons dans mon bureau… l’invita Jarod avec un geste de la main vers le kiosque des infirmiers.

Marguerite secoua la tête et réprima un sourire.

– Oh, Jarod ! Vous êtes incorrigible !

OceanofPDF.com