Plus on est de fous…

Zoe Brisby · Chapitre 15 sur 57

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Plus on est de fous…

Chapitre 15

– 15 –

 

– Où sommes-nous ?

– Bienvenue dans notre caverne d’Ali Baba, répondit joyeusement Jarod en désignant d’un geste fier une pièce remplie de cartons empilés et de portants croulant sous des tas de vêtements.

La porte s’ouvrit pour laisser entrer Jeanne-Élisabeth, Calixte, Yoda et Ernest, tous également en pyjama.

– Où est Robin ? demanda le chef de la bande.

– Les Troopers en train de semer, il est. Ne pas tarder, il va.

Jarod eut l’air soulagé et put se concentrer sur la petite pièce. Il n’y voyait pas une simple salle. Pour lui, il s’agissait d’une caverne au trésor ! Un jardin secret à l’abri des regards indiscrets. Une enclave mystérieuse protégée du monde extérieur.

Partager ainsi et aussi vite son endroit préféré était une véritable marque de confiance, un cadeau qu’il faisait au nouvel arrivé dans le groupe.

– Où sommes-nous ? répéta Luc, toujours confus.

Jarod posa un chapeau tricorne sur sa tête.

– Nous sommes dans la réserve de l’ancien atelier théâtre.

Il continua son explication une longue-vue à la main.

– Cet atelier a été abandonné il y a plusieurs années, bien avant l’arrivée du Dr Petitpas. J’ignore s’il sait que cet endroit existe. L’ancien directeur avait décidé d’annuler l’atelier car il trouvait qu’il constituait un risque pour les patients souffrant de personnalités multiples. N’importe quoi !

Il avait déjà troqué son chapeau de pirate et sa longue-vue contre un uniforme de pilote de ligne.

Luc était évidemment déçu que cette excursion nocturne ne constitue pas son billet de sortie, mais il devait bien reconnaître que tout ce bric-à-brac était sympathique. Une vieille coiffeuse avec un miroir bordé d’ampoules, un siège usé en velours rouge, les portants regorgeant de vêtements colorés donnaient à la pièce une atmosphère particulière entre le cabaret et la décharge.

Après tout, Pauline devait avoir déjà réglé la plupart des formalités pour sa libération, il n’avait plus qu’à patienter un peu. Et, coincé pour coincé, autant s’amuser.

Il saisit une combinaison de cosmonaute qu’il enfila avant de placer son casque. Les autres sourirent en le voyant se laisser tenter.

– De quoi ai-je l’air ?

– D’un cosmonaute ! se moqua gentiment Ernest.

– Ici, on peut être qui nous sommes, exulta Calixte.

Il plaça une cape sur ses épaules à la manière d’un super-héros et posa un masque sur ses yeux après les avoir copieusement arrosés de désinfectant.

– Ici, nous pouvons nous laisser aller et dévoiler notre véritable personnalité, renchérit Jeanne-Élisabeth en ceignant son crâne d’un diadème assorti à sa robe de princesse.

La porte de la réserve s’ouvrit et Robin fit son apparition, un peu essoufflé.

– Ils étaient en forme ce soir. J’ai dû courir plus vite que d’habitude.

– Bon pour la santé, le sport est.

– Pas faux. Mais pourquoi est-ce toujours moi qui fais diversion ?

– Tu es le seul à savoir miauler, expliqua Ernest en boutonnant un élégant costume trois-pièces qui lui donnait des airs de dandy du e XIX siècle.

– D’ailleurs, ton miaulement était extrêmement convaincant, ajouta Luc qui terminait d’ajuster sa combinaison.

Robin eut l’air satisfait du compliment.

– Je sais aussi très bien imiter la chèvre…

– C’est beaucoup moins pratique pour faire diversion. Une chèvre dans la clinique, on n’y croirait jamais, le coupa Jarod maintenant vêtu d’un uniforme de pompier.

Robin haussa les épaules sous la force de l’argument. Il parcourut les rayonnages, ouvrit une petite armoire et sortit un vêtement intégralement noir.

– Parfait pour passer inaperçu.

– C’est une cape d’invisibilité ? demanda Luc qui se prenait au jeu.

Le petit groupe le regarda étrangement. Apparemment, le nouveau était encore plus atteint qu’eux !

– Nous sommes peut-être fous mais nous savons que les capes d’invisibilité n’existent pas, asséna Jeanne-Élisabeth.

Luc se sentit idiot mais n’eut pas le temps de s’excuser car l’aristocrate continua :

– Nous ne sommes pas plus bêtes que les autres. Nous savons faire la distinction entre ce qui est normal ou pas, quand même. Tiens, Calixte, peux-tu me donner ma baguette magique ?

Robin plaça avec minutie les trous de sa cagoule en face de ses yeux.

– C’est une combinaison de ninja. Grâce à elle, on ne me verra pas. Je l’ai bidouillée pour que les signaux extraterrestres soient brouillés et que les caméras de la clinique ne puissent pas me voir.

Chacun passa un petit moment à farfouiller dans les différents cartons pour parfaire sa panoplie.

– Comment avez-vous su que cet endroit existait puisque l’atelier théâtre a été abandonné ? interrogea Luc.

– C’est Jarod qui nous l’a montré, expliqua Calixte en claquant ses gants en caoutchouc.

L’intéressé prit un air modeste.

– Un jour, l’infirmier Malik a laissé échapper l’information. Il comparait l’ancien directeur au docteur Petitpas. Il a dit que le bien-être des patients était sa priorité alors que le précédent ne pensait qu’à faire fructifier les bénéfices. Il a pris comme exemple l’atelier théâtre qui était pourtant une bonne idée et il a ajouté qu’il devait se débarrasser de tous ces déguisements pour faire de la place mais qu’il n’en avait jamais le temps.

Il boucla ses chaussures ignifugées puis reprit :

– Depuis, nous aimons venir ici. Ça nous fait du bien.

– C’est important de casser la routine de temps en temps, ajouta Ernest en attachant son nœud papillon.

Ce que Jarod ne disait pas, c’est qu’il avait gardé cette découverte secrète pendant un petit moment. Plusieurs nuits, il était venu ici seul, profiter des étoffes brillantes et des différents costumes qui lui avaient d’ailleurs permis d’endosser plusieurs rôles assez convaincants. Il avait préféré garder ce jardin secret pour lui.

Dans une institution comme celle-ci, ou dans toute vie en collectivité, il était tellement rare d’avoir quelque chose uniquement pour soi. C’était la possession qui manquait. Car elle marquait aussi l’intimité. Le personnel soignant avait beau faire des efforts pour que les malades se sentent chez eux, ils n’en demeuraient pas moins dans une clinique, entourés, surveillés, monitorés, analysés en permanence. La solitude devenait suspecte, le silence, un symptôme. Mais parfois les patients, comme tout le monde, avaient simplement besoin d’un peu de tranquillité, d’un moment pour se retrouver seuls. Apprendre à se satisfaire de sa simple compagnie aurait dû faire partie du traitement.

Jarod avait donc d’abord profité seul de cet espace de liberté dans le calme et le silence de sa simple présence. Puis, après quelque temps, ce calme et ce silence avaient fini par le lasser. Quel était l’intérêt de s’amuser si on ne pouvait pas partager sa joie ? Il avait donc décidé d’en faire bénéficier ses amis. Et il ne le regrettait pas. À chaque nouvelle visite dans la réserve, ils s’amusaient comme des petits fous !

Ils n’avaient pas terminé d’explorer tous les trésors que renfermait le lieu et faisaient chaque fois de nouvelles découvertes. Jarod fouillait d’ailleurs derrière une pile de cartons lorsqu’il poussa un cri d’exclamation.

– Yoda ! J’ai trouvé quelque chose pour toi !

– À mon âge, peu de surprises j’ai.

Jarod sortit un magnifique sabre laser en plastique. Il appuya sur un bouton et l’arme intergalactique s’illumina d’une lumière rouge.

– Génial, il marche encore ! s’exclama le chef de groupe en tendant le sabre à son ami.

Yoda s’en saisit avec une moue réprobatrice et examina l’objet d’un œil connaisseur.

– De la camelote, c’est.

Il haussa les épaules.

– S’en contenter, il faudra.

Il fendit l’air de quelques mouvements aériens sous les encouragements de ses compagnons.

– Impressionnant ! le félicita Jeanne-Élisabeth.

– Bravo ! applaudit Calixte.

– Quelle dextérité ! s’enthousiasma Ernest.

Yoda termina sa démonstration puis conclut avec un sourire modeste :

– Un peu rouillé, je suis.

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