Plus on est de fous…
Chapitre 48
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Tous les moteurs éteints, la route était redevenue silencieuse. Les trois voitures s’étaient garées sur le bord de la chaussée et, pendant quelques secondes, il y eut un flottement, une attente angoissée.
Puis le directeur de la clinique sortit comme une furie de son automobile, claquant vigoureusement la portière. Il se dirigea, d’un pas lourd de colère, vers le Kangoo. Il se posta devant la vitre côté passager et leur cria de sortir. Luc et Jarod, d’un commun accord et sans même avoir à se concerter, firent comme s’ils ne l’entendaient pas et se bornèrent à regarder droit devant eux. Il aurait pourtant fallu être complètement sourd pour ne pas entendre ses cris enragés.
Les policiers l’interrompirent au moment où il allait donner un coup de pied dans le Kangoo. Il se tourna vers eux et expliqua avec de grands gestes la situation.
L’attention des policiers étant occupée par le directeur qui hurlait, Jarod profita de cette diversion pour répliquer. Vite ! Il devait trouver une solution.
Il chercha sous le siège et tomba sur une pile de blouses fraîchement sorties de la blanchisserie que Malik avait dû oublier dans la camionnette. Il arracha le plastique qui les entourait, en enfila une et tendit le reste à Luc, Jeanne-Élisabeth, Ernest, Yoda et Calixte.
– Et moi ? demanda Robin paniqué.
– Il n’y en a plus !
Ils n’avaient plus le temps, le directeur et les policiers leur faisaient signe de sortir de la voiture. Jarod prit une grande inspiration et déverrouilla les portières.
Avant d’ouvrir, il se tourna vers ses amis.
– Vous me laissez faire, d’accord ?
Ils ne purent répondre car Robin ouvrit la portière arrière et sortit du véhicule. Il se jeta dans les bras du directeur.
– Monsieur Landry ! Que je suis content de vous voir !
Le directeur, horrifié par ce contact physique avec un patient, le repoussa, dégoûté.
– Ne me touchez pas !
Jarod sentit qu’il devait agir. Il s’approcha et s’adressa aux policiers, un peu perdus.
– Messieurs, merci d’intervenir.
Toujours faire comme si l’initiative venait de soi, vieille ruse de caméléon. Il leur tendit une main assurée.
– Je suis le docteur Petitpas, directeur de la clinique Beausoleil.
Il fit voler sa blouse avec un léger tour sur lui-même. Assez impressionnant.
– Et voici mon équipe.
Il désigna ses amis dans la voiture qui sortirent et s’alignèrent sagement autour de lui.
Jeanne-Élisabeth fit une petite révérence.
Jarod pointa du doigt Robin.
– Nous accompagnons un patient pour une thérapie d’exposition en extérieur. Un concept prometteur mais parfois risqué, c’est pourquoi nous nous déplaçons en équipe. La sécurité du patient est notre priorité.
Il ponctua sa phrase d’un sourire digne d’une publicité pour hôpital psychiatrique.
– Il raconte n’importe quoi ! Il est complètement fêlé. Ils le sont tous ! éructa le directeur.
Jarod le regarda, empreint de pitié, et expliqua aux policiers :
– Le pauvre. Ce monsieur est un de mes anciens patients.
Il s’approcha des hommes en uniforme pour chuchoter :
– Un patient très difficile. Il refuse de prendre son traitement, ce qui peut conduire à des accès de violence.
Les gardiens de l’ordre se tournèrent suspicieux vers le « malade » qui explosa :
– Vous n’allez quand même pas croire cette bande de cinglés ?
– Un peu de respect, monsieur, ce n’est pas la peine d’être grossier, intervint un policier.
Magnanime, le « Dr » Jarod expliqua :
– Ce n’est pas sa faute. Il ne peut pas se maîtriser.
Le reste de l’équipe médicale approuva d’un hochement de tête.
Excédé par cet obstacle imprévu et ridicule dans son emploi du temps de la journée, particulièrement chargé, le directeur se maudit d’avoir oublié dans son bureau le dossier qu’il devait présenter à la réunion dédiée à la reconversion de la clinique en hôtel de luxe. S’il ne l’avait pas bêtement laissé, il n’aurait pas eu à gérer cette situation parfaitement grotesque. Il enrageait.
En plus, l’autre fou qui s’était jeté sur lui, quelle horreur ! Il devrait prendre une douche et se changer. Et ce lanceur de gâteau de Jarod ! Cela ne lui suffisait pas d’être venu l’agresser dans son bureau, il fallait en plus qu’il le fasse passer, lui, pour un fou. Un comble !
Comme tout ego surdimensionné, M. Adam avait un besoin constant d’être admiré et ne supportait aucune remise en question de sa supériorité. L’attitude de ces aliénés était proprement intolérable pour lui. Il tremblait et était agité de tics nerveux. Il devait rétablir son autorité.
– Je suis le directeur de la clinique ! dit-il en se grattant furieusement la joue.
– Trouble de la personnalité, commenta simplement Calixte.
Yeux qui sortent de leurs orbites.
– Ils se sont échappés de MA clinique !
– Délire paranoïaque, diagnostiqua Ernest.
Nouveau grattage compulsif.
– Je vais faire fermer cette clinique de malheur et tous vous faire transférer. Bande de tordus ! J’ai tous les pouvoirs, vous savez ?
– Rupture dissociative classique, évalua Jeanne-Élisabeth qui en connaissait un rayon sur le sujet.
– Je sais ce que vous avez derrière la tête… Pile le jour de la réunion ! Vous ne pouvez rien faire contre la fermeture de la clinique, pauvres timbrés !
– Hallucinations, ajouta Yoda.
– Je pencherais plus pour un désordre émotionnel, intervint Luc.
La joue presque en sang, le directeur se tourna vers les policiers.
– Vous n’allez pas les laisser s’en tirer comme ça, quand même ! Puisque je vous dis que JE suis le directeur de la clinique et que ce sont des patients en fuite !
Les policiers restèrent d’un calme olympien.
– Vous avez vos papiers, monsieur ?
Jarod comptait sur le Kangoo estampillé « Clinique psychiatrique Beausoleil » pour éviter d’avoir à présenter les siens.
Le directeur parut soulagé par ce retour à la normalité. Il allait enfin pouvoir revenir à ses occupations. Une chose était sûre, il ferait payer ces psychopathes pour cet épisode traumatisant et il devait désinfecter sa joue qui continuait à le démanger.
Il enfonça la main dans la poche intérieure de sa veste de costume pour sortir son portefeuille mais ne le trouva pas. Il fronça les sourcils et chercha dans ses autres poches. Pris de panique, il s’agita dans tous les sens pour essayer de remettre la main sur ses papiers. Sans cela, ces idiots de policiers risquaient de ne pas le croire. Il chercha. Se gratta. Chercha. Se gratta. Rien. Jusqu’à l’illumination. Il pointa un doigt accusateur vers Robin.
– Sale voleur ! Il m’a pris mon portefeuille !
Robin eut l’air plus choqué et inoffensif que Bambi découvrant Panpan.
– Il me l’a volé quand il s’est jeté sur moi. Pickpocket !
Devenu fou, il se rua sur le pauvre Robin. Les policiers durent intervenir et le plaquèrent contre le Kangoo, les mains dans le dos. Ils sortirent une paire de menottes.
– Monsieur, jusqu’à ce que cette histoire soit tirée au clair, vous allez nous accompagner au commissariat.
– Je vais porter plainte !
Le directeur, qui ne pouvait plus utiliser sa main pour se gratter la joue, essaya avec son épaule. Ce fut la gesticulation de trop pour les autorités qui le menèrent à leur véhicule. Avant de partir, les policiers se tournèrent vers « l’équipe médicale ».
– Bonne journée, docteurs.
Jarod leur adressa un signe de main et fit remonter tout le monde dans la camionnette.
Luc remit le moteur en marche et le Kangoo reprit silencieusement la route. Ce n’est qu’au bout de plusieurs kilomètres que les compères osèrent à nouveau parler.
– Nous avons eu de la chance que le directeur ait perdu son portefeuille, souffla Ernest.
– Ce n’est pas de la chance. C’est moi qui le lui ai pris, expliqua Robin manifestement très fier de lui.
– Alors, il disait la vérité ?
– Eh oui !
– Malin, c’était, le félicita Yoda.
Ernest regarda Robin d’un œil nouveau. Un œil où se mêlaient étonnement et admiration. Son ami n’était peut-être pas qu’un fou obsédé par la théorie du complot.
Décidément, ce voyage était plein de surprises.
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