Plus on est de fous…
Chapitre 42
– 42 –
À sept heures pile, le lendemain, Luc, Jarod, Calixte, Robin, Jeanne-Élisabeth et Yoda se retrouvèrent comme convenu devant le réfectoire.
– Que fait Ernest ? s’inquiéta Jarod, cette fois entièrement vêtu de noir comme un cambrioleur prêt à faire sauter le coffre de la banque.
– Peut-être qu’il a décidé de ne plus venir, proposa Robin.
– Non. Ernest est, certes, un peu spécial, mais il n’est pas lâche, le défendit Jeanne-Élisabeth.
– La peur, inattendue est.
– Il lui est peut-être arrivé quelque chose, se demanda Calixte.
Luc sentait une transpiration glacée parcourir son dos. Tout ceci était une très mauvaise idée. Il n’aurait jamais dû s’embarquer là-dedans avec eux. Ils étaient trop instables. S’ils se faisaient prendre, il n’aurait plus aucune chance d’assister à l’enterrement de sa tante.
Il était sur le point de tout annuler quand il vit Ernest arriver en courant.
– Désolé pour mon retard. Je tentais pour la première fois un « Guillaume Tell » ce matin et c’était beaucoup plus difficile que ce à quoi je m’attendais.
– Un quoi ? demanda Jarod.
– Guillaume Tell est un héros légendaire de la mythologie suisse. Pour ne pas avoir respecté le pouvoir autoritaire du bailli impérial, il est condamné à tirer à l’arbalète sur une pomme posée au-dessus de la tête de son fils, expliqua Calixte toujours aussi incollable sur les personnalités historiques.
– Et ça finit bien ? voulut savoir Robin.
– Oui, il tue le bailli.
– Et son fils ? s’inquiéta Jeanne-Élisabeth.
– Eh bien, je suppose qu’il n’a plus jamais mangé de pomme.
Les autres furent d’abord surpris par cette réponse ironique de la part de Calixte qui, très terre à terre, ne plaisantait jamais. Il fallait croire que cette aventure lui réussissait.
– Nous voilà rassurés ! Maintenant, on peut passer à la suite ? s’impatienta Luc.
Ils se dirigèrent tous d’un pas léger mais rapide vers le bureau des infirmiers situé dans le hall d’entrée de la clinique. Le bruit des talons de Jeanne-Élisabeth résonnait dans le silence de l’asile encore endormi.
À mi-chemin, Jarod se tourna vers elle.
– Vous ne pouviez pas mettre d’autres chaussures ? Des baskets, par exemple ?
Elle le regarda comme s’il était le dernier des imbéciles.
– Diantre, non ! Une dame doit savoir rester élégante dans toutes les situations. Des baskets, et puis quoi encore ? Un sweat tant que vous y êtes…
– Alors, enlevez-les.
– Non !
– Pourquoi ?
– Je ne vais certainement pas salir mes bas.
Ils parcoururent les derniers mètres en silence. Jeanne-Élisabeth sur la pointe des pieds. Mata Hari version clinique psychiatrique. Une fois le bureau des infirmiers en vue, Jarod leva l’avant-bras et s’accroupit. Les autres l’imitèrent. Luc alla le rejoindre en tête du cortège. Malik était seul, comme prévu. C’était le moment d’agir !
Luc s’adressa au groupe en chuchotant :
– Tout se passe exactement comme nous l’avions imaginé. Maintenant, nous devons droguer Malik.
Il sortit de sa poche les pilules et les glissa dans la tasse de café qu’il tenait depuis le début en essayant de ne pas la renverser. Il trempa son doigt à l’intérieur pour mélanger.
– C’est dégoûtant, commenta Calixte en faisant la moue.
Luc, par réflexe, allait mettre son doigt dans la bouche pour enlever le liquide qui y restait mais se ravisa au dernier moment. Un peu plus et il finissait lui aussi sédaté.
– Cela ne risque-t-il pas d’être dangereux ? s’inquiéta Jeanne-Élisabeth.
– Mais non. Au pire, il dormira toute la journée.
– Très bonne idée, il a l’air un peu fatigué en ce moment, une pause lui fera du bien.
Les consciences apaisées, ils purent passer à la mise en action du plan. Luc pointa l’index vers Robin.
– Robin, tu seras chargé de donner le café à Malik.
– Pourquoi moi ?
– Parce que tu es celui dont on se méfie le moins.
– Pourtant, j’en sais le plus !
Luc lui mit de force la tasse dans la main et le poussa vers le bureau des infirmiers. Robin se retourna vers ses compagnons, le regard désespéré. Jarod leva le pouce en signe d’encouragement. Yoda fit quelques passes avec ses petits bras, sûrement un message Jedi. Luc lui fit signe d’avancer.
L’empoisonneur du dimanche marcha vers Malik qui se tourna vers lui en l’entendant arriver.
– Tiens, Robin ! Tu es bien matinal aujourd’hui.
Les yeux fous, le complotiste ne savait que répondre, alors il opta pour la simplicité.
– Oui.
– Tout va bien ?
– Super, répondit-il avec un engouement forcé.
Malik semblait un peu surpris mais il savait bien qu’avec ce genre de patient on pouvait s’attendre à tout. Il posa son regard sur la tasse que tenait le malade.
– C’est du café ?
Robin le lui tendit avec empressement et fit déborder le liquide noir.
– C’est pour toi !
Malik, étonné par cette gentille attention, ne voulait pas le vexer. En plus, il avait très mal dormi et une tasse de café lui ferait le plus grand bien. Il était fatigué en ce moment, sans doute passait-il trop de temps à la salle de sport.
Il le remercia et porta la tasse à ses lèvres. Avant même qu’il ait pu goûter au breuvage, Robin ajouta :
– Tu n’as rien à craindre.
Malik rit.
– J’espère bien !
– Pas de poison.
– Tant mieux !
– Pas de médicaments qui te feraient dormir…
Le reste des fugitifs, tapis dans un coin, assistait à la scène avec effroi.
– Qu’est-ce qu’il fait ? demanda Luc en se rongeant les ongles.
– Il va tout faire capoter ! renchérit Jarod.
– Mauvais acteur, il est.
– Que faire ?
La troupe assistait impuissante à la fin d’une évasion qui avait à peine commencé.
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