Plus on est de fous…

Zoe Brisby · Chapitre 18 sur 57

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Plus on est de fous…

Chapitre 18

– 18 –

 

 

Le réfectoire était déjà bondé. L’émotion, ça donnait faim. Les au revoir au Dr Petitpas avaient creusé l’appétit des malades qui avaient pris d’assaut la cantine dès son ouverture.

Luc attrapa un plateau et s’inséra dans la file d’attente devant le buffet. Arrivé au niveau des desserts, il eut le choix entre tarte aux pommes et salade de fruits.

Il allait se saisir de la tarte lorsqu’il entendit une voix :

– Pas la tarte !

Ah non, pas encore ! La dernière fois, il avait cru avoir une hallucination mais maintenant il était bien lucide. Et puis, ça ne pouvait pas venir de lui, la voix se manifestait uniquement à la cafétéria.

Il regarda tout autour. Personne ne semblait lui parler. Il tendit la main vers la tarte.

– Pas la tarte !

– Qui êtes-vous ? chuchota Luc.

Il craignait qu’on le prenne pour un désaxé en train de parler tout seul.

– La salade de fruits !

– Pourquoi ?

– Parce que.

Il fallait vraiment qu’il arrête de poser cette question. Il souffla et prit le bol de salade de fruits.

– Bon choix !

Luc alla rejoindre ses nouveaux amis à une table au fond du réfectoire. Il aurait aimé leur parler de cette histoire de voix mais ils étaient déjà en pleine conversation.

– Le Dr Petitpas a quand même avoué que la clinique avait des problèmes. Je m’en souviens très bien, c’était au moment où Calixte a failli mourir étouffé par une pomme, dit Jeanne-Élisabeth en couvant du regard le miraculé qui se régalait avec un kiwi.

– Mais non, c’était pendant la thérapie de groupe, la corrigea Robin.

– Si vous le dites…

– Je suis sûr que ce n’est rien, la réconforta Ernest.

– C’est ce qu’ils disent toujours et après… expliqua Robin.

– Après quoi ?

– Après… crac ! répondit-il avec un geste violent.

– Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Ernest, agacé.

– Tout simplement, qu’on ne nous dit pas tout. La clinique est certainement en danger. Il se passe des choses étranges. Je vous ai expliqué qu’ils avaient placé des caméras un peu partout.

– Ce sont des alarmes incendie !

– C’est ce qu’ils veulent nous faire croire.

Ernest souffla d’exaspération et caressa son pull en cachemire pour se calmer.

– Yoda, qu’est-ce que tu en penses ?

– Paranoïaque Robin est, mais méfiants nous devons rester.

– Je vous dis la vérité !

– C’est ça, la vérité est ailleurs, se moqua Ernest.

Jarod en rajouta une couche en sifflant le générique de X-Files. Robin haussa les épaules.

– Connais pas.

Il replaça son chapeau en aluminium sur sa tête puis continua :

– Je vais aller fureter dans le bureau du docteur, j’y trouverai sans doute des informations intéressantes.

– Fais donc ça, capitula Ernest.

Jeanne-Élisabeth voulut changer de conversation.

– Vous êtes au courant ? C’est Marguerite qui mènera la thérapie de groupe demain matin.

– Je l’aime bien, elle est gentille et très propre, commenta Calixte.

– Oui mais elle n’est pas psychiatre, corrigea Jarod. C’est le nouveau directeur qui aurait dû le faire.

– J’ai entendu dire qu’il avait été retenu, compléta Luc en avalant un grain de raisin.

Finalement, cette salade de fruits s’avérait être un bon choix.

– Arriver en retard pour son premier jour de travail, ce n’est pas correct, critiqua Jarod. Vous ne trouvez pas, Jeanne-Élisabeth ?

– Je ne sais pas. Je n’ai jamais travaillé, c’est réservé au prolétariat.

Elle fronça les sourcils.

– Mais j’avoue que cela dénote un certain manque de sérieux. Que voulez-vous ? Le personnel n’est plus ce qu’il était.

– Nous verrons bien comment Marguerite s’en sort, tempéra Ernest. Et nous jugerons le nouveau directeur quand il arrivera.

– Moi, je le trouve suspect, intervint Robin.

– Tu ne le connais même pas !

– Quand même…

– Tu trouves tout le monde suspect.

– C’est faux.

– Ah bon ? Eh bien, qui ne l’est pas ?

Robin scanna le réfectoire avec un regard inquisiteur. Il fit une moue.

– Ce n’est quand même pas ma faute si tout le monde ici est zinzin !

– Pour une fois, je suis d’accord avec Robin, coupa Jarod.

Face aux mines étonnées de ses amis, il dut s’expliquer :

– J’ai un mauvais pressentiment concernant ce nouveau directeur. Je trouve toute cette histoire louche.

– Voilà ! s’exclama Robin, satisfait.

Ernest souffla. Il ne voulait pas se laisser gagner par l’angoisse. Le stress n’amenait rien de bon, c’était même très mauvais pour la santé. Il fallait être en pleine forme pour se suicider. Il passa sa main dans sa crinière poivre et sel.

– Il est beaucoup trop tôt pour s’inquiéter. Nous verrons bien quand il sera là. En attendant, je crois que je vais aller me reprendre un dessert. Vous en voulez ?

– Prends de la salade de fruits, conseilla Luc, la bouche pleine, elle est excellente !

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