Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Joyce Kitten · Chapitre 10 sur 59

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Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Chapitre 7

Helena

 

Je ne sais plus où me mettre lorsque nous arrivons devant la

somptueuse villa de Dimitri. Les armoires qui lui servent d’hommes de

main m’ignorent pourtant, seulement attentives à ce qu’aucun danger

extérieur ne nous atteigne, aidées par une douzaine d’autres individus

placés un peu partout dans la propriété. À croire qu’il est anodin que leur

patron fasse jouir une fille sur la banquette arrière de leur SUV. Ça l’est

peut-être, ceci dit. Une chose est sûre, Dimitri sait comment s’occuper

d’une femme, mon corps ne m’appartenait plus, malgré mes résistances, il a

cédé, encore une fois, sous ses doigts experts. Cette trahison de mes propres

réactions me rend folle de rage, d’autant que c’est la deuxième fois que ça

arrive. C’est à se demander si la mafia les forme aussi sur le sexe, vu

comme les deux cousins sont maîtres en la matière. L’éjaculation faciale

m’a mise dans un état de nerf sans précédent. Quel gros porc ! J’ai tenté

d’enlever l’immonde substance qui me colle encore aux sourcils et aux

cheveux, mais n’ai fait qu’étaler les dégâts, c’est donc un vrai supplice de

sortir devant tout ce monde.

Dimitri passe devant moi, puis enjambe rapidement les marches du

perron. La porte s’ouvre avant qu’il ait à y toucher et il pénètre sans daigner

remercier la jeune femme qui se tient à ses côtés. J’hésite à entrer, ce qui n’échappe à personne. Ma respiration saccadée témoigne de la colère qui

fait bouillir mon sang. Comment a-t-il osé ? Seulement, même si

j’aimerais reporter toute la responsabilité sur lui, je suis obligée d’admettre

que c’est en grande partie contre moi que je suis enragée, enragée d’avoir

sauté dans sa voiture comme une gamine de cinq ans appâtée par des

bonbons. Le piège était si évident. Il m’avait déjà violée une fois et j’ai été

assez stupide pour le laisser me prendre sous son aile. Cependant, je ne

peux plus retourner dans la rue. Ces derniers jours ont achevé mon mental

et piétiné ma dignité. Rien que de songer à quitter tout le luxe qui m’est

promis ici pour traîner dans les caniveaux me donne la nausée. En cas de

force majeure, il est crucial de se libérer de tout jugement de valeur. C’est à

ça que je pense quand j’entre à contrecœur dans la villa. Des gardes sont

postés dans le vaste vestibule pavé de marbre, dont la hauteur sous plafond

m’oblige à ployer la nuque.

La sécurité ici n’a rien à voir avec celle qu’utilise Nass. Chez le

gangster, je n’ai jamais aperçu de sentinelle, hormis les dobermans qui, je

l’admets, sont plutôt efficaces, il ne dispose d’aucune autre mesure

dissuasive.

— Helena, tonne la voix du mafieux. Suis-moi, s’il te plaît.

Pressée de me camoufler aux yeux des employés, j’obéis, puis le suis

dans le dédale de couloirs de cette demeure à l’architecture grandiose. Les

jambes toujours ankylosées par l’orgasme qui a pulvérisé mes terminaisons

nerveuses, ainsi que par le malaise qui me maintient dans un état d’anxiété

accru, je tente de faire bonne figure en tenant un rythme décent. J’hallucine

encore de ce qui vient de se passer. Il m’a sauté dessus, or même s’il m’a

forcée, je ne peux nier que mon esprit a fini par divaguer vers le plaisir qui

m’enveloppait, là encore, une fois de trop... La sensation de ses mains

fermes sur ma peau est devenue agréable, et sa langue lascive envahissant la moindre parcelle de mon cou a terminé de libérer ma névrose sexuelle. J’ai

apprécié ce qu’il m’a fait jusqu’à en occulter la présence de ses hommes,

jusqu’à en occulter la présence d’un autre, en particulier, qui occupe

pourtant une place importante dans mes pensées.

Le trou béant dans ma poitrine a cessé, pendant quelques minutes, de

ravager l’intérieur de ma cage thoracique. L’espace d’un instant, j’ai oublié

que j’avais mal à en crever, que j’étais amoureuse, que j’étais maudite. Si

c’était à refaire, je le referais. Je n’ai aucune honte. Si Dimitri peut

m’apporter cette sensation, je ne m’en priverai pas. Il faudrait être aveugle

pour le trouver peu séduisant, puis il me fait de l’effet. Bien moins que le

gangster, toutefois, mon corps est réceptif et par conséquent, je le suis

également.

Nous entrons dans une chambre, simple, mais spacieuse. Le grand lit

en baldaquin occupe la moitié du mur face auquel trône une télé écran plat

incurvé comme je n’en avais jamais vu auparavant. La vision des édredons

me ramène Sooty en mémoire. Mon chat me manque terriblement, en plus

du fait que je culpabilise d’avoir dû l’abandonner par la force des choses.

Lui n’aura plus jamais la chance d’avoir un matelas sur lequel flemmarder

une journée entière. Quand je me coucherai dans celui-ci, aucun animal ne

viendra ronronner à mes oreilles avant de me malaxer le dos pour s’y

blottir.

— Ce sera ta chambre, m’annonce-t-il, rompant le fil de mes pensées.

Elle est juste à côté de la mienne…

Il me lance un clin d’œil taquin que j’ignore volontairement.

— Bien entendu, tu es libre de partir si tu le souhaites, bien que je ne

vois pas où tu pourrais aller en échange.

Il rigole doucement avant que je le coupe, préférant ne pas laisser la

partie de moi-même qui me hurle de me barrer d’ici gagner du terrain.

— Je ne sais pas pour qui tu te prends, mais je t’interdis de poser la

main de nouveau sur moi, est-ce bien clair ? craché-je d’une voix

tremblante d’émotion.

Ses billes azur me sondent pendant un long moment, avant qu’il penche

la tête sur le côté.

— J’admets que je me suis… un peu emporté, murmure-t-il avec un air

satanique, en croisant les bras sur sa poitrine. Je te promets de ne plus te

toucher sans que tu m’en donnes l’autorisation. Je ne suis pas inquiet. Tu le

feras très prochainement.

Mes poings se contractent pendant notre combat visuel. Je décide de

détourner la conversation, avant de dire des choses que je regretterai vite si

je suis foutue à la porte.

— Tu ne devais pas retourner en Russie ?

— Si, mais… j’ai changé mes plans finalement. Il faut croire que j’ai

trouvé plus passionnant à faire.

Son regard aguicheur achève de me convaincre que rien ni personne ne

l’intimidera. Mon attitude plus qu’hostile n’a aucun effet sur lui. Cet

homme vit pour séduire. Il passe le plus clair de son temps à me provoquer,

et j’avoue que ça pourrait le rendre sexy s’il n’était pas qu’un pervers que je

rêve d’égorger comme mes anciennes victimes. Mes pensées meurtrières se

faufilent comme des vipères dans mon esprit, et j’ai toutes les peines du

monde à les ralentir. Pourtant, une seconde après, ces dernières se

paralysent en entendant la proposition de Dimitri.

— Dis-moi, Helena, est-ce que ça t’intéresserait d’apprendre à te servir

d’une arme ?

Mon sang ne fait qu’un tour, une excitation sans pareille fuse dans mes

méninges, déclenchant un flot d’adrénaline exaltant. Je pivote vers lui en un

geste spontané.

— Tu es sérieux ?

Au léger sourire que je ne peux retenir, je suppose qu’il est satisfait de

lui-même. Sans me lâcher du regard, il passe sa main droite dans ses reins

et en sort un révolver rutilant.

— Tiens, empoigne-le, me propose-t-il.

Bouche bée, je tends les doigts pour les poser sur le métal tiédi par le

corps de Dimitri. Je le soupèse avant de le prendre franchement dans la

paume. Partagée entre la sidération et l’euphorie, mes lèvres finissent par

s’écarter jusqu’à laisser apparaître un souffle de stupeur involontaire.

Aucun doute, la réponse est oui. Je veux apprendre.

— Demain, je demanderai à Mikael de t’entraîner au tir, déclare-t-il.

Ah, au fait, ce soir, on reçoit du monde. Tu trouveras de quoi te changer

dans le dressing de la salle de bain.

Avec une grande agilité, il récupère son flingue avant de prendre la

direction de la sortie. Je le regarde partir sans ajouter un mot, tant je suis

ébahie. Son annonce n’a même pas encore activé les signaux d’alerte de

mon inquiétude.

La voix camouflée par la distance, je l’entends beugler dans le couloir.

— Et par pitié, débarrasse-toi de tes vieilles fringues puantes et fous-les

au feu.

Effectivement, les yeux baissés vers mon manteau toujours ouvert, je

décide qu’il est grand temps de virer ces immondices.

Je trouve facilement la salle de bain qui est accolée à la chambre, et

reste rêveuse en admirant la baignoire balnéo qui donne vue sur le parc de

la propriété. Mon programme des deux prochaines heures est tout prévu.

Une part de moi est heureuse d’être enfin à l’abri, malgré les derniers

évènements…

Pendant que l’eau coule et que je me déshabille, mes réflexions

reviennent évidemment vers la nostalgie qui obscurcit ma joie d’un voile

opaque et terne. Je dois l’oublier, il le faut, car en retour, lui ne doit même

plus se souvenir de mon prénom. Je ne peux pas gâcher ma vie à penser

sans cesse à cet homme qui n’a pas hésité à me torturer, avant de me jeter

en pâture dans les rues comme une moins que rien. Je reste néanmoins

obsédée par ses traits magnétiques, sa froideur, sa bestialité. La folie que je

lis en lui et qui résonne douloureusement avec la mienne. L’alchimie qui me

fait frissonner dès que nous sommes côte à côte. Je sais d’avance que je ne

retrouverai jamais cela chez un autre. Cette constatation me broie le cœur.

L’eau chaude me transcende. Pendant que mes membres glissent sous

le liquide parfumé, mes muscles se délectent de cette parenthèse hors du

temps. Des jours à marcher dans le froid, à me nourrir de boîtes de conserve

sans pouvoir me doucher convenablement, avant de devoir remettre par la

suite, les mêmes vêtements sales. Mon premier réflexe consiste à me frotter

le visage dans l’eau pour le nettoyer du sperme de Dimitri. Mes cheveux

qui m’arrivent maintenant à la lisière des reins suivent le mouvement en

flottant tout autour de mes épaules. Je me savonne, à présent

nonchalamment, tout en appréciant la vue qui s’offre à moi. J’ignore dans

quelle ville nous sommes, mais nous avons roulé un moment, de plus, je ne

reconnais pas cette partie du pays. Nous serons en avril d’ici peu et le

printemps vient tout juste de pointer le bout de son nez, en témoigne la

couleur des feuilles bourgeonnant sur les chênes blancs plantés le long du

terrain.

Les trois coups portés à ma porte me réveillent en sursaut. En effet, je

me suis endormie, car l’eau est presque glacée. Un frisson me parcourt

avant que je me hâte de sortir, pour récupérer de quoi me couvrir.

— Excusez-moi, mademoiselle, bredouille une voix fluette de jeune

femme, derrière la cloison. M. Vikrov demande à quelle heure vous serez

prête.

M. Vikrov ? Qui c’est celui-là ? Je me racle la gorge, et attrape une

serviette que j’entoure autour de ma poitrine, un peu gênée d’être à moitié

nue, quand bien même la porte nous sépare.

— Qui est M. Vikrov ?

Silence embarrassant.

— Euh, M. Vikrov Dimitri, neveu de M. Ivankov Borya.

Je lève les yeux au ciel. Quelle idiote.

— Ah ! Oui, bien sûr ! Dites-lui que je n’ai rien pour lire l’heure et

qu’il m’est donc difficile de lui préciser dans combien de temps je le serai.

— Tout de suite, mademoiselle.

J’entends ses petits pas se hâter d’aller faire la commission. Je me sens

tellement peu à ma place, dans ce monde où le luxe abondant flirte avec

l’indécence.

Je pivote vers le dressing dont j’ouvre timidement le placard. En effet,

j’ai l’embarras du choix, ce qui me fait sourire à pleines dents. Des étoiles

dansent dans mes prunelles, lorsque j’effleure les divers tissus. Le palier des

chaussures pourrait faire pâlir Kim Kardashian. Rapidement, j’enfile un pull

et legging noir d’une matière incroyable, qui me moule sans provocation.

C’est peut-être un bas de yoga ou quelque chose, mais pour le moment, ça

fera très bien l’affaire.

Mon cœur loupe un battement lorsque j’ouvre la porte de la salle de bain et que je tombe nez à nez sur Dimitri, affalé dans un fauteuil calé dans le coin de la chambre. Ma tension monte en flèche. Nous sommes seuls dans cette chambre, et je suis une nouvelle fois totalement à sa merci.

— Tu m’as fait peur ! grogné-je.

— C’est bien plus drôle comme ça.

Son regard me déshabille avec lenteur, jusqu’à s’arrêter sur mes jambes

serrées dans le textile élastique.

— Tu comptes faire de la gymnastique ? se moque-t-il. Si tu le

souhaites, je peux t’aider à réaliser deux, trois mouvements.

Un ricanement sarcastique se faufile de ma gorge. Depuis combien de

temps n’ai-je pas entendu le son de mon propre rire ?

— Tu n’aurais pas le niveau, le taquiné-je en retour, en affichant une

mine faussement hautaine.

J’ai conscience de jouer avec le feu en le défiant ainsi, mais c’est un

risque que je dois prendre pour dissimuler mes réelles émotions et lui

divulguer la plus corrosive de mes faiblesses. S’il comprend qu’il peut me

manipuler avec cette frayeur, il le fera à coup sûr.

À son tour de se marrer.

— Mademoiselle me provoque… attention à toi, comme tu as dû le

remarquer, j’ai quelque peu du mal à me contrôler.

Son petit sourire fourbe accentue le mien, et nous nous retrouvons là,

comme deux gamins cherchant à savoir qui aura le dernier mot.

— En parlant de provoquer, continue-t-il. Nass ne va pas tarder à

débarquer.

À ces mots, mon rictus s’évanouit, remplacé par une mine figée par

l’effarement. Dans mon corps se joue un tumulte destructeur. Le bonheur

tranche avec l’anxiété. Mes jambes tremblent soudain dans l’excitation de

revoir, enfin, cet homme qui m’obsède tant. Pourquoi va-t-il venir ? Sait-il

que je suis là ? Mon Dieu, s’il apprend ce qui s’est passé avec Dimitri,

nous sommes morts. La panique me gagne, récupère du terrain, empiète sur

la joie qui exultait pourtant l’instant d’avant.

 

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