Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 37
Helena
Je ne peux pas croire que c’est en train d’arriver. Tout ceci doit être un
rêve ou une immense fumisterie. Mes pieds ne peuvent pas réellement me
porter vers le salon d’affaires de Nass, habillée en robe de mariée prête à
m’allier à l’homme le plus cruel de la côte Est.
Je m’en veux tant d’avoir hésité au moment où il m’a demandé si
j’aimais Dimitri. Je hais que ses paroles aient trouvé un tel écho en moi. Il
n’a pas tout à fait tort, mais il se trompe. Mes sentiments pour lui
compliquent les choses, pourtant je n’ai pas envie de ce mariage. Je ne suis
pas suffisamment stupide pour imaginer qu’il le fait par amour. Au moment
où je serai officiellement unie à lui, la fuite ne me sera plus permise. J’ai
déjà vu de quoi il est capable pour me retenir quand je n’étais que sa simple
salariée, alors en tant qu’épouse…
Malheureusement, je ne sais pas comment m’extraire de cette situation.
Si je dis « non », les conséquences seront funestes. Non seulement pour
ceux que j’apprécie, mais aussi pour moi-même. Il me le fera payer d’une
manière dont il a dû peaufiner les moindres détails, et je lui fais confiance
concernant l’originalité de sa cruauté. Et puis, je ne suis pas certaine que
mon accord soit tout à fait nécessaire. En tant que manipulateur hors pair,
tous les couacs qui entraveraient ses projets ont forcément été anticipés, planifiés, solutionnés. Avec l’argent tout s’achète, d’autant plus dans ce
pays…
Je n’ai pas d’échappatoire, c’est la constatation que je fais en frappant à
la porte en bois et que cette dernière s’ouvre aussitôt. Jay écarquille les
paupières, puis se reprend dans le même temps. Nass, quant à lui, glisse une
œillade indéchiffrable sur ma silhouette jusqu’à plonger ses prunelles dans
les miennes. Mon souffle se coupe. Que quelqu’un me dise comment
inhaler, comment fonctionne un système pulmonaire. Si mes voies
respiratoires ont perdu leur rôle, ce n’est pas le cas de mes jambes qui me
mènent vers mon futur époux. Tout m’échappe et se déroule trop vite. Alors
qu’aucun son ne se fait entendre, que plus personne n’esquisse le moindre
tressaillement, je suis la seule à me mouvoir pour avancer jusqu’à ce que
Nass m’imite afin de me rejoindre, puis de placer sa main brûlante contre
mes reins nus.
Sans prononcer une syllabe, il se décale, ses doigts toujours sur ma
peau, m’incitant à avancer vers l’homme, dont les traits tirés et la
respiration saccadée trahissent l’anxiété ou le malaise.
Ah, tu te sens mal, connard ? Combien il t’a offert pour te convaincre
d’organiser un mariage forcé ?
Si mes mots ne dévoilent pas mes pensées, mon regard acerbe qui
peine à croiser le sien n’en dit pas moins.
— Commencez, ordonne Nass d’un ton claquant.
— Oui, oui… bredouille l’autre en se raclant la gorge. Je… si nous
sommes réunis aujourd’hui, c’est pour célébrer l’union de deux individus
qui…
— Abrégez, souffle mon futur époux dont l’impatience égale son
manque de sensibilité.
Heureusement que je n’ai jamais rêvé d’une grande cérémonie avec le
prince charmant, car le ciel se serait effondré sur mes épaules. Mes yeux
roulent dans leur orbite pendant que l’officier s’excuse en triant des
documents qu’il finit par poser devant nous.
— Vous n’avez plus qu’à signer ici.
Comme je le prédisais, il n’aura pas fallu une minute avant que l’acte
soit formalisé. D’ailleurs, la question du consentement n’a pas lieu, ils se
contenteront de mon parafe. Je me demande dans quelle mesure ma
présence était si précieuse puisque, à l’évidence, imiter un parafe ne doit
pas être sa limite à ne pas franchir.
Sans s’embarrasser de scrupules, le gangster écarte sa sublime veste de
costume, puis fouille à l’intérieur pour en sortir un stylo plume en bois brut,
orné de décorations argentées. Il se penche ensuite, appuie la paume sur le
bureau, puis l’index couplé au pouce, il émarge le document d’un geste vif
et précis. Sa main, aux veines colorées d’un noir profond de dessins si
vieillis qu’il est difficile d’en distinguer les formes, me tend l’objet dont la
valeur doit être indécente. Je le récupère brutalement, mais au moment où
j’effectue le même mouvement, mes doigts ne coopèrent pas. Mon regard
bute sur l’endroit vierge de ma signature pendant que mon cerveau carbure
à mille à l’heure pour m’empêcher de commettre l’erreur de ma vie.
— Ne me force pas à être plus persuasif, Helena, gronde la voix
assombrie de mon tortionnaire.
Mes paupières se closent et mon visage se tourne au moment où
j’abdique, consciente que je ne suis pas en mesure de le contrer, à l’heure
actuelle. Quand je ne sens plus la vibration du grain du papier sous mes
phalanges, je déplisse les yeux et constate, avec désolation, être
officiellement l’épouse de Nass Hall.
***
Peu après avoir salué l’homme véreux d’une poignée de main
chaleureuse, Nass m’a demandé de le suivre dans son bureau. Pendant que
nous nous y dirigeons, tout dans son attitude montre l’exaltation qui
l’habite. Il se réjouit d’avoir réussi et avec moins d’encombres que prévu.
Oh oui, en effet, tout s’est bien déroulé… pour le moment ! Je le précède
jusqu’à une pièce dont je n’avais même pas connaissance, pourtant quand il
l’ouvre, je reconnais le style du propriétaire. Luxueux, sobre, ordonné à la
perfection. La porte claque dans mon dos, puis il m’invite à avancer.
— Je dois dire que je suis agréablement surpris, commence-t-il. Je
t’aurais imaginée plus… combative à empêcher cette union.
— Peut-être que ça m’arrange, répliqué-je. Peut-être que c’est en
obtenant le statut le plus proche du tien que j’ai une chance de t’anéantir.
Son sourcil se hausse avant qu’il croise les avant-bras contre son torse
athlétique.
— Je ne crois pas qu’une seule phrase m’ait déjà tant excité par le
passé. Tu veux venir sentir ?
Même si je tente de me retenir, mes yeux pivotent vers son entrejambe
qui effectivement ne dissimule pas grand-chose de ses attributs gonflés. Son
horrible rictus narquois, dont les fossettes apparentes ne cessent de me
provoquer pour me traîner dans leur filet, s’étale lentement sur ses traits.
— Toi, tu es amoureuse et moi, je suis… incroyablement attiré.
— Étais.
Il ne répond rien, son sourire qui s’étire encore s’en charge pour lui.
— Enfin bref. Quel genre d’époux ferais-je si je ne t’offrais pas à un
cadeau de mariage, n’est-ce pas ?
Mon corps se tend à cette interrogation à double sens. Que me réserve-
t-il ? Je crains le pire, car il est l’homme le plus mauvais que je n’ai jamais
rencontré. Toutefois, il récupère dans un tiroir de son bureau une boîte qu’il vient déposer dans mes mains. Je l’ouvre et contemple la bague placée en
son centre. Sans m’en rendre compte, mes yeux s’écarquillent et je souffle
devant la beauté du bijou : un anneau argenté, incrusté de milliers de pierre
cristalline, je n’ose penser que ce sont de véritables diamants. Au milieu, tel
le soleil dans le système planétaire, un solitaire qu’aucun mot ne saurait
décrire m’hypnotise. Un saphir et une émeraude s’entremêlent dans une
forme presque irréelle avant de se rejoindre en leur centre. Deux minéraux
d’une couleur identique à nos iris respectifs.
Je redresse la tête pour détailler Nass, mais il est déjà occupé à retirer
l’alliance de l’écrin. Il me saisit ensuite le bout des doigts pour les ramener
à lui et, alors que je ne détache pas mon attention de son expression grave,
mon annulaire se raidit pour laisser coulisser l’objet symbolisant notre
appartenance. Sans croiser mon regard, il se retourne à nouveau, attrape un
second boîtier où repose un anneau en or brut, bien plus fin que ses
chevalières, puis la glisse sans cérémonie à son doigt.
— Nous voici liés jusqu’à ce que la mort nous sépare, murmure-t-il
d’un timbre satyrique.
— En effet, espérons que ça n’arrive pas plus vite que prévu.
— Oh, mais voyez-vous ça ! Mon épouse me menace. Tu as de la
chance, car à une époque, pour cette simple phrase, tu te serais retrouvée
avec la langue tranchée.
Son ton qui se veut amusé ne camoufle pas la puissance du danger de
ses propos. Ses billes se couvrent d’un voile maléfique qui me provoque un
frisson désagréable. Son index vient me caresser la joue et je peux
distinguer de plus près son alliance qui rutile à la lumière.
— Tu bénéficies de ma clémence du fait de notre nouveau statut,
toutefois, ne va pas trop loin si tu ne souhaites pas perdre définitivement
l’usage de la parole.
Pressée de quitter la pièce, tant ma colère menace de se déverser d’une
seconde à l’autre, j’abrège.
— Si tu as fini, j’aimerais retourner dans ma chambre.
Contre toute attente, il s’écarte de moi comme s’il venait de se rappeler
qu’il avait une urgence à traiter, puis acquiesce.
— Helena, m’interpelle-t-il avant que je referme la porte.
Je me tourne, mais il est occupé à étudier les documents qui se trouvent
sur le bois massif de son bureau, pourtant il s’adresse à moi sur un ton
dominateur.
— Tu es libre d’aller et venir comme tu veux dans cette maison et en
dehors. Tu n’es pas captive. Tu es une Hall, prends possession de ton
nouveau nom de famille et ne demandes à personne l’autorisation de faire
quoi que ce soit ici. Pas même à ton mari.
Je referme la porte avec délicatesse, sonnée par ses propos. En effet,
plus personne ne me suit ni ne me scrute quand j’avance. Les hommes de
Nass toisent un point au-dessus de moi, indifférent à mes allées et venues,
malgré ma tenue quelque peu exubérante. Cette sensation me donne le
vertige tant je me sens… puissante ? J’ai presque envie d’asséner un ordre
à l’un d’eux pour voir s’il l’exécuterait.
— Excuse-moi, lancé-je à un type posté près de l’entrée.
Ce dernier, en jean et t-shirt moulant, tourne le visage vers moi dans
l’attente de la suite de ma phrase.
— Il me faudrait des employées féminines pour m’aider à retirer ma
robe.
Sans me répondre et sans qu’aucun sentiment négatif ne torde son joli
minois, il s’élance à la recherche de ma demande. Un sourire carnassier
étire mes traits tandis que je marche en direction de ma chambre. Je suis
venue ici en esclave, ensuite en cambrioleuse, et maintenant en tant que propriétaire. La tournure qu’a prise ma vie en quelques mois me donne le
vertige.
Mais au moment où j’entre dans mon espace personnel, et même si
mon choc émotionnel est déjà à son apogée, mon cœur explose en une
myriade de papillons qui filent à la vitesse de la lumière dans le flux de mes
veines. Mes paupières se remplissent de perles lacrymales pendant que
j’observe Sooty, couché dans mes draps en satin.
OceanofPDF.com