Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 21
Helena
Elley Duhé - Middle of the Night (Lyrics)
Un combat, une boucherie même, voilà ce que je découvre de ma
fenêtre. Un homme cagoulé vient d’en décapiter un autre dans un geste à
peine forcé. Et alors, une nuée de frissons me redresse les poils de la nuque.
Le tueur a levé les yeux, et nos regards se sont croisés l’espace d’une
seconde. Je me suis aussitôt reculée, cependant je suis presque sûre qu’il
m’a vue. Une panique sans précédent s’empare de moi. Et s’il venait
achever un témoin gênant ? Le souffle me manque, mon cœur tambourine
dans ma cage thoracique, enfermée dans cette chambre sans aucune
échappatoire. Je fais un tour d’horizon de la pièce pour trouver de quoi me
défendre, mais suis sous le joug d’un mafieux. Il est presque certain qu’il
s’est assuré que tout soit sécurisé avant de me laisser y passer des heures.
Je peine à déglutir, donc en dernier recours, je file attraper mon
téléphone pour appeler Dimitri qui est la seule personne dont j’ai le numéro
dans mon répertoire. Il ne répond pas, évidemment, alors que les
hurlements mêlés aux coups de feu achèvent de m’angoisser. Qu’est-ce
qu’il se passe ici ? Maintenant, je sais pourquoi j’ai été enfermée. Il a fait
ça pour me protéger, ce qui est en totale contradiction avec les ultimes
paroles qu’il m’a prononcées.
Je n’ose pas retourner vers la fenêtre qui a déjà trahi ma présence, de ce
fait, je ne peux pas observer l’évolution de la tuerie. Pourvu que Dimitri
sorte gagnant de cette guerre, sinon je suis morte. Une peur que je n’avais
jamais ressentie prend place dans mon ventre, là où se terre un être qui, hier
encore, camouflait très bien son existence. Mon instinct me souffle que je
ne suis plus seule, que quelqu’un compte sur moi, sur ma survie. Une voix
venue du tréfonds de mes entrailles me pousse à trouver une solution, à me
battre si j’y suis obligée pour protéger ce qu’elles couvent.
Je suis encore recourbée au pied du lit, occultée tant bien que mal par
la porte d’entrée, quand soudain un vacarme de vitre explosée résonne. Je
réprime un hurlement de terreur, écrase les mains sur mes lèvres pour
camoufler tout bruit de respiration, pendant que je me fonds contre le mur.
Le seul barrage avec l’extérieur vient d’être réduit à néant, et l’individu que
j’ai surpris décapiter un homme s’engouffre dans mon « abri », accroché
à une corde dont il se libère à l’instant où il touche le sol.
Il n’est pas envisageable que je reste cachée à attendre qu’il me voie
puisqu’il me trouvera de toute manière. La pièce fait quinze mètres carrés
maximum, et il sait que je suis ici. L’unique solution est de me battre, alors
d’un bond, je me relève, droite comme un i, puis me mets en position de
combat. Quand bien même mes jambes menacent de se liquéfier, quand
bien même ma vue se brouille sous l’épouvante que me provoque cette
masse noire, je combattrai. S’il y a bien une raison à toutes ces heures
d’entraînement que je me suis infligées ici, c’est celle de pouvoir faire face
à un adversaire théoriquement plus puissant que moi. Toutefois, l’homme
cagoulé et vêtu d’une tenue d’assaut ressemblant comme deux gouttes
d’eau à celle de la police d’élite, ne me laisse pas l’occasion de tenter une
quelconque parade. En moins de temps qu’il en faut pour le dire, il est sur
moi, sa poigne m’écrasant le bas du visage. Je n’ai pu qu’entrapercevoir ses lèvres ainsi que ses pupilles ténébreuses, jusqu’à ce qu’il me force à tendre
le cou par son entrave.
Je me débats comme une lionne, essayant de me protéger, de nous
protéger… mais il est fort, bien trop fort. Cependant, j’ai appris quelques
techniques d’autodéfense très efficaces. Mes doigts viennent comprimer ses
poignets qui me relâchent presque instantanément. La douleur de cette prise
est cuisante pour l’avoir subie nombre de fois par les mafieux. Je les
remercie, bien que mon échappatoire soit vaine puisque je n’ai nulle part où
fuir. Dans un dernier espoir, je saute sur le lit, cherchant à avoir l’ascendant
par la taille, ce qui n’est toujours pas le cas. Le tueur est immense.
J’entends un rire nasal, avant de voir ses lèvres s’étirer quand il s’avance
vers moi, la tête penchée vers le sol. La pièce est trop sombre, je le
distingue mal, ma vue étant déjà brouillée par les larmes de frayeur qui
s’accumulent dans mes cornées. J’aimerais activer la lumière, toutefois cela
indiquerait ma position aux autres ennemis qui sont encore dans le jardin.
C’est trop risqué. Ma respiration s’accélère alors qu’il n’est plus qu’à
quelques centimètres de moi. Son déplacement est furtif sauf que j’y ai été
habituée, donc je l’esquive et saute du matelas pour me ruer vers la salle de
bain.
Je frôle la poignée du bout des doigts quand il m’enserre par la taille.
J’envoie un coup de pied qui lui frappe la cuisse, sans le ralentir. Il finit par
me retourner violemment et me broyer entre ses bras herculéens, pendant
qu’il me ramène dare-dare vers le lit. D’un coup de genou, il nous renverse
et nous tombons sur le matelas. L’une de ses mains vient me bâillonner le
bas du visage, néanmoins, je ne suis pas encore vaincue, la victoire est
toujours possible. Je manque de force, ce qui me fait pester contre moi-
même pour ne pas avoir suffisamment mangé aujourd’hui. J’en paie le prix,
car très vite, l’exercice mêlé à la panique m’oblige à suffoquer telle une asthmatique. J’hyperventile, or comme je n’ai que mes narines pour
m’oxygéner, je suis à deux doigts de tomber dans les pommes. Cependant,
lorsqu’il s’aplatit encore un peu plus sur moi puis qu’il se penche vers mon
oreille, je reprends aussitôt conscience. Là encore, il ne me laisse pas
observer son visage. Sa main me presse la mâchoire pour me force à tourner
la tête, m’arrachant une grimace de douleur.
Ses lèvres, l’unique partie apparente de son faciès, si on occulte ses
yeux que je n’ai pas réussi à analyser, fondent dans mon cou, me paralysant
de stupeur. Les baisers de l’attaquant se font impérieux et de plus en plus
incisifs, jusqu’à devenir brutaux. Je manque de m’évanouir quand il écrase
son nez cagoulé contre ma peau pour la renifler. Faites qu’il ne me viole
pas, alors que je ne suis pas seule dans ce corps. Ses doigts gantés glissent
sous mon haut et la sensation du tissu me râpe l’épiderme. Je rugis de toute
mes forces.
— Je t’ai manqué, bébé ?
Le choc. Je me fige, l’estomac me remonte dans la gorge, et une
chaleur remplace la vague d’agitation qui me secoue depuis quelques
secondes.
Nass.
Je ne peux toujours pas parler, sa main implacable me scellant les
lèvres, toutefois, il a relevé son visage, et je peux donc plonger mes iris
effrayés dans les siens, bien plus acides.
— Alors, c’est comment d’être baisée par mon cousin ? J’espère au
moins qu’il te fait jouir comme je le fais !
Des larmes de terreur déferlent sur mes joues. Il vient se venger. Je
savais que ça risquait d’arriver. Notre petit jeu de provocation ne pouvait
rester sans conséquence, et je vais être celle sur qui le couperet va tomber. Il
ne peut pas s’en prendre à Dimitri sans mettre en péril son entreprise frauduleuse, mais moi, je ne suis rien, je n’ai aucun poids et vais donc payer
le prix de notre trahison.
— Oh, ne pleure pas, mon ange, susurre-t-il diaboliquement. Ne me dis
pas que je t’effraie ?
Son ricanement me glace le sang, je crains que mon corps ne supporte
plus ce changement radical de température incessant. Son parfum emplit
l’air et déclenche malgré moi une attirance viscérale. Je devine que c’est
réciproque quand la fente de sa cagoule qui laisse apercevoir ses lèvres se
plaque sur les miennes. Mes paupières se ferment au contact de sa langue
qui franchit la barrière de ma bouche avec empressement. Cette sensation
divine dont j’ai rêvé des centaines de fois depuis notre séparation me coupe
le souffle. Un gémissement de plaisir surgit du tréfonds de mes entrailles et
résonne dans la pièce, ce qui entraîne pour réaction un coup de bassin
robuste de mon assaillant.
Mes jambes s’écartent, puis se croisent sur ses lombaires.
— Putain… gronde-t-il.
Mes oreilles bourdonnent sous l’intensité de la situation, alors j’entends
de loin sa voix grave, gutturale, marmonner ce mot qui ne m’est pas
réellement adressé. Mais d’un coup, il se sépare de mon corps, et ses doigts
viennent me broyer la trachée. La panique s’empare de moi, lorsque l’air
me manque, pendant que j’accroche sa main à l’aide des miennes sans
aucun succès. Mes jambes écartelées par ses hanches ne me sont plus
d’aucune utilité. Son regard azur braqué sur moi me foudroie sur place.
— Réponds à cette question, m’ordonne-t-il froidement, me faisant
comprendre que si je n’ai pas la bonne réplique, je n’aurai jamais plus
l’occasion de respirer à nouveau. As-tu couché avec Dimitri ?
Cette fois, j’entends très distinctement ses paroles. Je secoue la tête
avec le plus de vigueur possible, en signe de négation, alors que l’oxygène qui me manque cruellement est en train de me faire sombrer. Je prie pour
qu’il ne s’aperçoive pas du rouge qui me monte au cou et aux joues au
souvenir des doigts de Dimitri me labourant jusqu’à l’orgasme. Pitié, faites
qu’il ne le sache jamais.
Sa poigne se desserre enfin, me laissant bruyamment happer l’air.
— Je saurai si tu me dis la vérité et, crois-moi, si j’apprends qu’il t’a
touchée, vous ne passerez pas la nuit.
L’euphorie libérée par l’apport soudain d’oxygène me fait souffler de
soulagement, bien que très vite, cette réaction égoïste attise une colère
familière lorsque je me retrouve en sa présence. De quel droit ose-t-il me
menacer ou s’interposer entre mes nouvelles relations ?
— Tu peux me dire en quoi ça te regarde ? craché-je. Il me semble
que tu m’as rendu ma liberté, n’est-ce pas ? Dis-moi si je me trompe, mais
c’est bien toi qui m’as jetée en pleine rue, sans aucune considération ?
Un lent sourire cruel lui ourle les lèvres.
— C’est vrai qu’en parlant de ça, j’ai adoré le spectacle que tu m’as
offert avec le toxico. C’était… divertissant !
Un relent de rage donne l’impulsion à ma main qui vient frapper l’air,
mais n’atteint pas sa cible puisque Nass la stoppe aussi sec. Alors que je
m’attends à ce qu’il réplique violemment, c’est d’une tout autre sauvagerie
qu’il use en replongeant avec hargne sur mes lèvres, les mordant, les
happant, les écrasant comme un forcené, avant de les délaisser pour migrer
plus au sud. Je n’ai pas l’opportunité de riposter, et suis de toute façon trop
sous le choc pour aligner une phrase cohérente. Les tirs répétés qui
résonnent cette fois dans la maison me font revenir à la réalité.
— Tu ne devrais pas les aider ? bredouillé-je, confuse, alors que mes
reins prennent soudain feu quand je le sens baisser mon legging avec hâte.
— Rien à foutre.
Un spasme sporadique me vrille les neurones au moment où ses doigts
écartent mon string et que sa bouche se pose sur mon clitoris déjà surexcité.
Je ne retiens pas le souffle de plaisir qui s’échappe de mes lèvres
entrouvertes.
— Mais s’ils arrivent dans ma chambre pour nous tuer ?
Là encore, je l’entends ricaner avant que sa langue m’envoie dans un
délire de volupté. Ses caresses buccales sont habiles, il me suce, lèche,
décrit des cercles qui risquent de me rendre dingue d’ici peu. Sa salive
enduit mon clitoris qui roule sous ses gestes parfaits. Je resserre les cuisses
sur son crâne et mes mains agrippent ses cheveux avec hargne. Une flopée
de frissons engloutit mes membres, alors qu’un film de sueur m’hydrate la
peau du dos. Je me sens partir. Nass intensifie le rythme et, au moment où
je m’y attends le moins, ses phalanges viennent rejoindre la danse, glissant
dans mes parois glissantes de lubrification. Ses mouvements sont d’une
précision redoutable. Le point qu’il stimule sans relâche pilote mon corps
comme si je n’en étais plus la maîtresse. Je peine à respirer, encore une fois,
tant le plaisir me transporte. Ma vue se brouille, mon ouïe faiblit, j’ignore à
quelle fréquence mon cri de jouissance se répercute autour de nous. Pendant
quelques instants je ne sais plus où je suis, seulement avec qui. Mon univers
entier se résume à cette personne qui m’enivre plus que quiconque. Avant
lui, mon corps se souvient de s’être senti mort, grâce à lui et uniquement
avec lui, tout mon être brille de nouveau. Comment oublier cela ?
Comment exister sans ces sensations divines que seul cet homme est
capable de provoquer ?
Je ne suis plus en mesure de bouger ou de penser, mais quand je le vois
glisser sa braguette et sortir son sexe gonflé, un creux sidéral me perfore le
bas-ventre, qui en devient douloureux. Je me redresse et presse ses épaules
pour le ramener vers moi, à mon tour de l’embrasser sauvagement. Il m’empoigne les fesses de ses paumes, avant de m’empaler sur son pénis qui
m’emplit avec une telle dureté que j’en sursaute. Il est si imposant que mon
vagin met quelques secondes à s’adapter. Au comble du plaisir, je ne
contrôle plus aucun de mes gémissements. Ses coups de reins sont
frénétiques, sans aucune douceur.
— Regarde-moi, grogne-t-il d’une voix hachée par l’effort physique ou
le désir.
Malheureusement, mes paupières ne réagissent pas, restent closes sous
le typhon d’allégresse qui me galvanise. Ça ne plaît pas au gangster qui
stoppe aussitôt toutes actions de bassin et devient aussi immobile qu’une
statue, me tirant un cri de frustration.
— Ne t’arrête pas, rugis-je d’un timbre que je ne reconnais pas.
— Alors obéis, regarde-moi dans les yeux.
Mes pupilles vitreuses cèdent sous le chantage, tant je m’impatiente de
le sentir onduler de nouveau en moi. J’occulte le monde entier, n’étant
réceptive qu’à mes sensations corporelles. Je visse mes pupilles aux
siennes, devenues ombrageuses. Je distingue ses sourcils tant ceux-ci sont
froncés. Nous sommes connectés de toutes les manières possibles au
moment où il reprend un rythme bestial et que je peine à maintenir notre
lien visuel.
Bientôt, il lâche mes fesses pour encercler mon dos. Il y met tellement
de force qu’il pourrait me casser une côte, mais je suis toujours dans une
torpeur orgasmique qui court-circuite ma raison. Je m’accroche à sa tenue
de combat que je rêve de lui arracher. Un courant électrique me traverse de
part en part quand je sens un brasier naître dans mon bas-ventre. Je devine
que Nass n’est pas loin non plus, car ses va-et-vient s’intensifient, si cela est
possible. Ce nouveau rythme me faire perdre le peu de contrôle que j’avais
encore sur mon corps, et je me demande si je ne perds pas connaissance une demi-seconde au moment où la deuxième onde de plaisir me percute de
plein fouet. Je tremble comme une feuille en soubresauts convulsifs, tant pis
pour son ordre, mes yeux se sont refermés et une pluie d’étoiles voltige
dans le noir de mes paupières. Cependant, je suis forcée de les rouvrir
lorsque je sens une morsure sur mon épaule mêlée à un grondement presque
animal émergeant de la pomme d’Adam la plus sexy de la planète. Sa
jouissance le pulvérise et son étreinte s’adapte à son orgasme, je ne suis
plus qu’une poupée de chiffon entre ses biceps athlétiques.
Incapable de bouger lorsqu’il desserre les bras, je tombe mollement
contre le matelas. Quand j’observe son membre à peine dégonflé, je me fais
la réflexion qu’il ne s’est de nouveau pas protégé, ce qui me ramène
aussitôt à la bombe qui évolue de jour en jour dans mon ventre.
Le silence est revenu dans le domaine, on n’entend plus que quelques
hommes criant en russe dans la maison. Je suis incapable de me réjouir de
la supposée victoire de Dimitri tant je suis déconnectée de ce qui se passe.
Mon cœur se contracte quand je distingue Nass se redresser, se rhabiller
succinctement, puis se diriger vers les débris de ce qui était une fenêtre.
J’aimerais lui hurler de rester ou de m’emmener, mais force est de constater
que je ne suis pas assez importante pour lui manquer puisqu’il peut vivre
sans moi sans difficulté.
Il rattache la corde sur un mousqueton de sa ceinture, puis s’accroche
au rebord du châssis plein de morceaux de verre. Alors que je crois qu’il va
partir sans un mot, il se retourne vers moi.
— N’oublie pas, Helena. Couche avec n’importe lequel d’entre eux, et
je reviendrai pour vous tuer les uns après les autres.
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