Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Joyce Kitten · Chapitre 45 sur 59

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Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Chapitre 42

Helena

 

À peine sommes-nous arrivés dans sa chambre que Nass se dirige vers

la salle de bain, sûrement pour nettoyer tout ce sang qui le couvre. En

baissant les yeux sur ma peau, je remarque qu’il serait bien que j’en fasse

de même. Mes bras, mes clavicules, ma poitrine sont colorés du liquide

bruni par l’oxydation. Mon visage tiraille et quand j’y pose la pulpe des

doigts, la croûte qui s’y est formée ripe sur mes doigts.

Je suis nue, vu que ma robe est en lambeaux. Je ne me suis pas

encombrée de sous-vêtements ce soir, car je voulais accomplir ma

vengeance en le déstabilisant de toutes les manières possibles. Toutefois, je

n’avais pas imaginé qu’il répondrait à son besoin sexuel, puisqu’il était

censé être incapable de se mouvoir tout le long. J’aurais aimé qu’il ait les

couilles à deux doigts d’exploser sous un désir inassouvi. De toute

évidence, cette partie n’est qu’à moitié remportée et mon anus en a fait les

frais…

Je ne sais pas ce qu’il mijote, mais je ne suis pas idiote. Il ne laissera

pas un affront de ce genre sans représailles. Peu importe. Je dois me laver,

et puisqu’il me préfère dans sa chambre, je vais le rejoindre sous la douche.

Son sperme coule entre mes cuisses, la sensation me remémore que sous

mon abdomen se cache son propre enfant. Depuis une semaine, le renflement est visible, pas assez pour éveiller de vrais soupçons, mais assez

pour me rappeler l’épée Damoclès au-dessus de ma tête.

L’eau qui s’échoue sur le sol en pierre claire de la douche à l’italienne a

revêtu une couleur carmin impossible à ignorer. Je me place dans le dos de

celui qui occupe déjà les lieux, puis laisse mes doigts glisser sur les muscles

saillants qui se contractent à mon toucher. Muée par un besoin presque

crucial, j’y pose la bouche pour que ma langue remplace mes phalanges. Un

grognement étouffé résonne contre mes dents plaquées sur sa peau.

— Pourquoi suis-je toujours en vie ? le questionné-je en m’obligeant à

cesser mes caresses érotiques.

Un ricanement me répond pendant qu’il sort de la douche, une nouvelle

érection imposante entre les cuisses.

— Viens te coucher dès que t’as fini.

Ses ordres énigmatiques ne m’avancent pas et commencent à me

tendre. Je déteste ne pas pouvoir anticiper ses réactions. Il m’est encore

impossible de lire ses émotions ou de me faufiler dans des failles qu’il

aurait pu laisser se créer à mon contact. Non. Cet homme est toujours aussi

insaisissable et imprévisible. Je suis mariée à une ombre, un fantôme qui

prend ou cède en fonction de règles qu’il a lui-même établies, mais dont il

ne partage pas le secret. J’ai failli mourir pour l’avoir juste insulté lors de

notre première rencontre et ai récolté un orgasme vertigineux en le

martyrisant. C’est incompréhensible.

Mes longs cheveux s’alourdissent sous toute l’eau qui leur tombent

dessus pour nettoyer les traces de ma perfidie. J’utilise le seul savon

présent, c’est-à-dire le sien, et l’odeur typiquement masculine qui le nimbe

habituellement me frappe de sa subtilité. Je peux dire être encore

amoureuse de lui rien qu’en sentant cette fragrance qui lui appartient. Mon

palpitant s’agite à l’éveil de mon sens olfactif et il me faut toute la volonté du monde pour ne pas courir le rejoindre. Dès que je suis rincée et propre,

je m’entoure le buste d’une de ses serviettes moelleuses, puis retourne dans

la pièce maîtresse. Je le trouve un bras croisé derrière la tête, pendant que

son corps, vêtu d’un caleçon neuf, repose sur le matelas. Son téléphone

dans une main, il se contente d’observer l’écran avec le sérieux et la

froideur qui le caractérise tant.

— J’ai demandé à une employée de rapporter de quoi me soigner,

m’informe-t-il. Je veux que tu le fasses.

Comme si cette dernière attendait le signal pour faire son entrée, on

entend frapper. Toutefois, Nass ne relève pas et seule l’ignorance répond à

la salariée. Vu qu’il ne daigne pas se désintéresser de son écran, je me

dirige vers la poignée que j’abaisse, pour découvrir un panier rempli d’une

trousse de premiers soins.

— Pourquoi ne l’as-tu pas laissée déposer ça à l’intérieur ?

— Personne n’est autorisé à ouvrir cette porte. Jamais. Dans n’importe

quelle circonstance.

— Je l’ai pourtant fait, moi, la nuit dernière.

Son cou pivote d’un quart de tour pour m’avoir dans son viseur avant

que son regard austère se plante dans le mien.

— Est-ce que tu as l’impression que c’est la seule exception que je t’ai

tolérée ?

Le dos plaqué contre le mur, je le toise sans répondre, empêchant un

sourire en coin de dévoiler ma satisfaction. Comme sa plaie suinte toujours,

je récupère le matériel, puis m’installe près de lui, faisant abstraction de la

chaleur de son corps qui se répand sur le mien.

Le désinfectant en main, je m’applique à le lui administrer en laissant

le produit couler contre son pectoral. Ce dernier se contracte sous l’effet de

la brûlure occasionnée.

— Tu n’as pas répondu tout à l’heure. Pourquoi m’avoir sauvée du viol

de ce SDF ? Pourquoi me surveillais-tu ?

— Si tu me poses la question, c’est que tu es plus stupide que je le

pensais.

Sa réaction me froisse, mon expression se rembrunit. Je ne suis pas

venue là pour le regarder écrire des textos à je ne sais qui et m’insulter en

prime. Je me relève pour quitter la pièce. Qu’il se soigne lui-même, c’est un

grand garçon plein de ressources. Mais aussitôt, mon poignet est capturé par

sa poigne ferme et, dans un mouvement brusque, il me rapatrie sur le

matelas.

— Tu penses aller où comme ça ? gronde-t-il d’une voix sombre.

— Tu exiges que je reste ? Alors, réponds à mes questions. Tes

greluches peuvent sûrement attendre cinq minutes que tu leur souhaites de

faire de beaux rêves.

Il ignore mon pique amer, se contentant de réagir à ma première

revendication.

— Tes questions à la con ? Que veux-tu que je te dise que tu ne sais

pas déjà ? J’aurais égorgé Dimitri, un membre de ma propre famille si

vous aviez couché ensemble, et tu me demandes pourquoi je t’ai évité d’être

violée par un clodo ?

— Tu éludes ! Pourquoi m’avoir suivie ?

Il ne répond rien, se contente de frotter ses paupières closes de ses

doigts.

— Crois ce qui t’aide à mieux dormir la nuit, tranche-t-il d’une voix

blanche. Je ne te dirai jamais les mots que tu cherches à entendre.

J’éclate de rire, et attrape un énorme pansement dont je décolle le

papier fin qui cache la face adhésive.

— Ah, mais je ne cherche « rien à entendre », rectifié-je. Je voulais

juste des explications. 

Une nouvelle fois, ses globes m’attaquent, s’ancrent à ma peau comme

s’ils souhaitaient me brûler de leur folie. Je les ignore, appliquant la

compresse sur la blessure.

— Je devrais être morte depuis des lustres, continué-je, toi et moi en

avons tout à fait conscience. Au lieu de ça, je m’apprête à dormir dans le lit

que tu es apparemment le seul à avoir le droit de fouler, en tant qu’épouse,

alors que ton corps va saigner toute la nuit à cause de ce que je lui ai fait

endurer. Tu as raison, finalement, tu n’as rien à me dire que je ne sache

déjà.

Il éclate de rire, ce qui a pour conséquence de tendre le pansement

fraîchement posé, avant de me renverser sur le matelas pour se placer au-

dessus de moi, un coude de chaque côté de mon visage.

— Si je t’ai laissé l’opportunité de prendre ta revanche ce soir sans

t’interrompre, alors que je le pouvais, c’est parce que j’ai été sensible à tes

arguments. Coup pour coup, dent pour dent, c’est bien ça ? Je t’ai blessée

physiquement, tu en as fait de même. Maintenant que je suis ton mari, je

suppose que c’est une concession à faire… Toutefois, c’était mon quatrième

et dernier cadeau de noce. À présent, nous sommes quittes, alors à l’avenir,

compte sur moi pour répliquer à force égale.

***

Je me réveille en sursaut, perdue dans cet endroit que je ne connais pas.

Je cherche à me redresser pour trouver des repères, mais un bras d’une

lourdeur impressionnante repose sur mon flanc et handicape mon

mouvement. Prise de panique, je pivote pour découvrir l’identité du

propriétaire de ce membre et rencontre le visage assoupi de Nass. Alors,

seulement, je me rappelle les évènements d’hier soir. Le dîner avorté, la drogue, ma gravure sur peau humaine et la riposte inattendue de la victime.

À ce dernier souvenir, je grimace au tiraillement de mon rectum. J’observe

les traits du bandit, même quand il sommeille, sa figure paraît contrariée. Si

j’avais imaginé un jour partager le lit de ce chef de gang à l’impressionnant

palmarès de monstruosités, je n’y aurais jamais cru.

— Tu tentes encore de fuir ? grogne-t-il sans ouvrir les paupières,

d’une voix hachée par la fatigue.

— Quelle heure est-il ?

— Je suis un criminel, pas un horloger, sers-toi de ton téléphone.

Je le regarde salement, mais cela lui échappe puisqu’il a les yeux clos.

À tâtons, je cherche le fameux objet et découvre qu’il est à peine 6 heures.

Je recale la tête sur l’oreiller, le bras de Nass toujours sur mon flanc.

Pourquoi ne me suis-je jamais tant sentie à ma place ? Plus en sécurité que

n’importe quand ? Je recule jusqu’à ce mon dos heurte son torse, en

réponse, son biceps se resserre contre mon épaule pendant que son bassin

vient frapper le mien. Une faim soudaine me dévore le bas-ventre, toutefois

la fatigue reprend son droit et je replonge dans un sommeil réparateur.

Quand le soleil m’éblouit jusqu’à me tirer de mes rêveries, je m’étire

de tout mon long, persuadée de me retourner et de voir mon amant près de

moi. Cependant, sa place est inoccupée. En quête d’explication, je tends la

main pour attraper mon smartphone où effectivement une bannière

m’indique que quelqu’un m’a adressé un SMS.

Je ne rentrerai que ce soir.

Sois sage…

À l’instar de son cousin, occuper sa maison en journée n’a pas l’air

d’être une habitude. Je m’en fiche. La solitude n’est pas un ennemi pour

moi, au contraire. Je vais en profiter pour savourer ma nouvelle liberté. Cela

fait quelque temps que je regrette de n’avoir donné aucun signe de vie à Rina. La pauvre a été l’une des seules à me témoigner de l’intérêt pendant

que je travaillais avec elle, or je l’ai radiée de mon existence en même

temps que j’ai tiré une croix sur Nass et Memphis pendant mon exil.

Je retourne vers ma chambre pour accéder à mon dressing et

m’apprêter avant d’aller rendre visite à mon amie. Il n’est que midi,

impossible qu’elle bosse déjà, de plus, je connais son adresse dorénavant.

Le temps est splendide, j’enfile une robe fluide d’été bleu clair, couplée

à des talons compensés.

Ma féminité me plaît. Le pouvoir de la séduction qui m’a tant aidée

doit maintenant servir à maintenir ma position. Mon aura devra envoûter

mes ennemis, les faire ployer jusqu’à ce qu’ils se traînent à mes pieds. Pour

cela, ma beauté doit rester à son apogée. Vivre aux côtés d’un criminel de

cette envergure va m’apporter mon lot de conflits et de déboires, c’est une

certitude. Autant user de tous mes atouts. D’ailleurs, je vais demander à

mon époux de poursuivre mon enseignement de l’art du combat. Je ne veux

pas perdre mes acquis.

Alors que je me dirige vers la sortie, je ralentis. J’ai oublié un détail qui

a son importance. Comment me déplacer jusqu’en ville ? C’est à ce

moment que quelqu’un frappe à la porte et, aussitôt, une employée que j’ai

appris à connaître depuis mon « mariage » se dépêche d’aller ouvrir.

Dès que j’aperçois Jay, mes yeux s’arquent sous la surprise. Cette

impression est partagée quand son regard glisse sur moi quelques secondes

de trop. Si mon époux avait participé à cette prise de vue, son bras droit

serait dans une très mauvaise posture. Au moins, ma tenue du jour est

validée… 

— Helena ? Tu n’es pas avec Nass ?

— Je devrais ?

Il cille un peu trop rapidement pour ne pas témoigner de sa perplexité

face à ma réponse glaciale. Je n’ai pas oublié que c’est lui qui m’a livrée

comme une marchandise dans le carré VIP pour que son patron puisse me

martyriser sous sa garde. Je peux encore sentir ses poignes fermes me

prendre en étau alors que la lame glissait sur mon épiderme. J’ai également

en mémoire les menaces qu’il m’a lancées il y a quelques jours, quand je

suis arrivée ici et que je n’étais qu’une prisonnière.

— Je… je n’ai pas eu le temps de te féliciter pour votre mariage,

mais…

— Que fais-tu là ? le coupé-je en ignorant ses gentillesses hypocrites.

— Je suis venu récupérer des documents pour le boss, mais il m’a dit

que tu serais sûrement sortie.

— Il s’est trompé de toute évidence. C’est rare, mais ça arrive.

De plus en plus mal à l’aise, le sbire ne sait comment agir face à mon

nouveau statut qui doit le déstabiliser. J’en jubile.

— Écoute…, dit-il calmement, on va devoir faire équipe maintenant.

Le mieux serait de repartir à zéro, entre nous.

Un petit sourire naît sur mes lèvres alors que je hausse les sourcils.

J’avance de manière féline dans sa direction, il déglutit en se contractant.

Quand je suis suffisamment proche de lui, nos odeurs parfumées se

percutent.

— Repartons de zéro, tu as raison. D’ailleurs, je connais une très bonne

façon de faire la paix.

La respiration de Jay se fait plus profonde, même s’il recule comme si

je venais de le brûler. Je ne le laisse pas faire et amorce un second pas vers

lui, puis sans qu’il l’anticipe, pose la main sur son sexe, qui, comme je le

supposais, a commencé à gonfler sous son jean.

— Helena, gronde-t-il en me saisissant durement le poignet pour

l’écarter de son entrejambe.

Mes yeux narquois percent les siens affolés. Il sait que si son patron

regarde les caméras de surveillance en ce moment, il est condamné.

— On ne repartira jamais de zéro, pour une simple et bonne raison, Jay.

On n’est pas à égalité. Dorénavant, je suis celle qui décide des compteurs,

et permets-moi de te dire que tu es loin, très loin dans le classement.

Sur ces paroles, je l’embrasse sur la joue et, d’un geste sec, arrache les

clefs de voiture qui dépassent de ses doigts. Sans un regard en arrière, je

quitte la maison, le plantant dans l’entrée, dépossédé de sa caisse et de son

amour-propre.

 

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