Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 43
Helena
Je conduis pour la première fois depuis des années, et ce modèle de
luxe automatique me facilite drôlement les choses. Je n’aurais jamais
imaginé être un jour au volant d’un bolide pareil.
L’avantage d’avoir fait cette route à pied, c’est que j’en connais le
chemin. Toutefois, je me perds à plusieurs reprises dans les ruelles du
quartier de Rina et suis incapable d’utiliser correctement le GPS de la
voiture. La technologie avancée du tableau de bord me met les nerfs en
pelote. À quoi bon inventer de vrais robots futuristes si leurs fonctionnalités
sont si complexes ?
Quand, après un temps incertain, je reconnais enfin la devanture de
l’immeuble de mon ancienne collègue, je laisse échapper un soupir de
soulagement. Toutefois, je suis un peu tendue lorsque je toque. Cela fait
plusieurs mois que je ne l’ai pas revue et j’ignore comment elle va réagir en
me voyant débarquer à l’improviste. Mon cœur tambourine pendant que
j’attends que quelqu’un répondre à mes signaux de présence. Le déclic
d’une serrure se fait entendre, et l’instant d’après, la porte s’entrouvre pour
laisser apparaître le visage circonspect de Rina.
— Mon Dieu, Helena, que fais-tu là ? me demande-t-elle en jetant des coups d’œil inquiets derrière mon épaule.
— Je ne suis pas venue avec Nass, ne t’en fais pas, je suis autorisée à être ici.
À peine rassurée, elle s’écarte pour me permettre d’entrer en continuant
de guetter la ruelle. D’une main, elle referme, puis se retourne les poings
sur les hanches.
— Mademoiselle, où étiez-vous pendant tout ce temps sans donner trace de vie ?
Ses sourcils froncés censés intensifier la colère que dépeint sa voix
m’amuse.
— Quelque chose me dit que tu as une petite idée de ce qui m’est arrivé, la taquiné-je.
Elle sourit tristement avant d’avancer vers moi, puis de me serrer
contre elle.
— Nass est un fumier de la pire espèce, mais je savais qu’il t’autoriserait à revenir.
Ah, donc tout le monde était au courant… Je la laisse m’étreindre et en
profite pour glisser la vérité qu’elle va de toute façon apprendre très vite.
— On s’est mariés hier.
Brusquement, elle m’écarte d’elle pour que je puisse admirer le O
parfait que forment ses lèvres, accordées aux soucoupes qui ont remplacé
ses globes oculaires.
— Quoi ?
Mal à l’aise, j’entortille les doigts, consciente que mes paroles
paraissent dingues, heureusement, mon amie comprend ma gêne et m’invite
à la suivre dans sa salle à manger. Je lui raconte brièvement tout ce qui s’est
passé depuis mon départ pendant qu’elle me sert une limonade.
J’omets de lui faire part du secret de ma grossesse que seul Dimitri
partage avec moi. Penser à lui réactive d’emblée un pique dans mon cœur.
J’ignore comment le joindre pour avoir de ses nouvelles, toutefois quelque chose me dit qu’il n’est pas mort. Si c’était le cas, je suis persuadée que
Nass se serait donné à cœur joie de me l’annoncer. Malgré tout, avoir coupé
les liens d’une façon aussi brutale, et avoir épousé son ennemi juré me
culpabilise beaucoup.
Au cours de mon histoire, ses traits virent par toutes les émotions,
tantôt outrée, tantôt inquiète et parfois même attendrie. Quand je termine,
j’en suis déjà à mon troisième verre.
À son tour, elle me raconte ce qui s’est passé durant mon absence : la
folie ranimée de son patron, ses accès de colère qui ne lui ressemblaient
pas, son attitude plus cruelle et sanguinaire encore. Heureusement, pendant
cette période, ses venues au Highton étaient rares, mais lorsqu’il daignait
témoigner de sa présence, l’ambiance était si glaciale que le service tournait
à bas régime. L’angoisse qu’inspiraient ses réactions imprévisibles était
palpable. La rumeur courait que le Highton se transformait en cimetière.
Les clients le désertaient de plus en plus pour ne pas faire face à son gérant.
Mon nom aussi circulait. Personne n’était dupe, très vite, le rapprochement
entre la montée en puissance de sa frénésie meurtrière et mon départ a été
établi par les membres des BM. Prononcer mon prénom valait une balle
dans la tête, alors je suis devenue aussi maudite que le bourreau.
Je comprends mieux pourquoi j’ai pu me déplacer si librement à mon
retour, et qu’aucun des gangsters n’a tenté de m’accoster.
Elle m’apprend que Pedro a été envoyé gérer des affaires sur New York
peu de temps après que j’ai disparu de la circulation. Un pincement au cœur
me traverse à ces mots. J’aurais aimé avoir la force de ne pas être si
rancunière et d’accepter ses excuses, d’autant que c’est limite hypocrite
quand on sait que j’ai épousé le principal fautif de mon calvaire. Je me
promets de l’appeler très bientôt.
— Je n’en reviens pas que Hall se soit marié. C’était un vrai psychopathe, comment a-t-il pu accepter toutes tes frasques et pire, t’épouser.
Elle est choquée, toutefois, le petit sourire en coin qui étire ses lèvres
lorsqu’elle parle prouve à quel point elle est impressionnée par cette
prouesse dont je ne suis pas responsable.
Nous passons l’après-midi à discuter de tout et de rien, mais cette
parenthèse féminine me fait un bien fou. Maintenant que je ne suis plus le
sous-fifre du grand méchant loup, mais son allié, il me faut rédiger mes
propres lois afin d’épargner les femmes qui travaillent pour lui. J’ai
conscience de ne pas pouvoir l’empêcher de tuer qui bon lui semblera dans
ses affaires, mais au club, je peux tenter de réduire la liste des victimes.
Après plusieurs heures de papotage, il est temps que je rentre. Nous
nous enlaçons pour nous dire au revoir avant que je m’éclipse pour
retourner dans la voiture de Jay. Il a dû prévenir son patron que je la lui
avais subtilisée, je me demande comment il a géré cela. Toutefois, de toute
évidence, le gangster a trouvé une solution puisque quand j’arrive dans la
résidence dont j’ai dorénavant les clefs, je découvre qu’il est bien reparti.
Bon débarras.
C’est toujours très étrange pour moi que cette magnifique demeure soit
à présent la mienne, et de pouvoir y pénétrer avec l’accord du propriétaire.
Les alarmes se désactivent dès que je donne le code que Nass m’a transmis,
même si je sais qu’il est immédiatement au courant que je suis rentrée.
Peut-être qu’il vient, d’ailleurs, de jeter un coup d’œil aux caméras pour
m’observer à la volée. Si j’ai du mal à intégrer mon nouveau mode de vie,
c’est pire de découvrir Sooty gambader jusqu’à moi. Cette vision est
surréaliste, néanmoins mon cœur se gonfle de joie. Je crois que je vais vite
m’adapter à cette vie…
— Voici la voleuse de voiture, tambourine une voix qui me fait sursauter par la même occasion.
— Nass ? Tu es déjà rentré ? Je n’ai pas vu la Porsche dehors.
— Je l’ai mise au garage. Ce soir, on va utiliser celle que tu as… subtilisée pour sortir.
— Sortir où ?
Avant de réagir, il se baisse pour caresser mon animal qui glisse entre
ses jambes.
— On va te présenter au monde, ma chérie, s’amuse-t-il en me lançant un clin d’œil.
Perplexe, j’entrouvre les lèvres pour répondre, mais il me devance.
— Va te préparer, on part d’ici quinze minutes.
Puis il s’éclipse comme il est venu, brutalement. Les sourcils froncés,
je me dirige vers ma chambre, avec lenteur, tentant d’interpréter l’une de
ses innombrables énigmes.
Si nous sortons, je suppose qu’il faut encore je sois sur mon 31. J’opte
donc pour une robe noire, échancrée sur la cuisse, et dont les manches
longues laissent apparaître mes épaules. J’enfile une paire d’escarpins
associés, et passe au maquillage. Il faut que je pense à questionner Nass à
propos de ce dressing dont les tenues me vont toutes parfaitement. Au
moment où j’accroche un collier sur ma nuque, je suis de nouveau surprise
par cet homme d’une beauté renversante. Nos yeux se croisent dans le
miroir qui reflète mon visage et je me retourne pour le détailler de long en
large. Il ne porte pas de veste de costume, seulement une chemise gris foncé
rentrée dans une ceinture Versace. Ses cheveux sont coiffés à la perfection,
quand bien même le bas de son crâne est dégradé. Le plus envoûtant reste la
façon dont ses billes bleutées me déshabillent et m’obligent à inspirer
profondément.
— Cette pièce sera désormais une chambre d’amis, m’informe-t-il d’une voix qu’il espère neutre, mais dont les variations le trahissent. Tes affaires seront transférées dans la mienne pendant notre absence.
— Une chambre d’amis ? Comme si tu en avais, m’esclaffé-je.
— J’en ai quelques-unes en effet.
Aussitôt, mon sourire se contracte pour se métamorphoser en un
stigmate de colère.
— J’ai hâte de les rencontrer, sifflé-je.
Son rictus narquois prend maintenant toute la place sur ses traits
voluptueux.
— Tu n’es pas partageuse, ma puce ?
— Presque autant que toi…
Son rire rauque se déverse dans la pièce et oblige le mien à surgir en
écho.
— Allez, en avant, ma belle, allons présenter la future régisseuse de Memphis.
— Hein ? Comment ça ?
Il ignore ma question, laissant seulement un sourire traîner au coin de
sa lèvre et m’offre son bras pour que nous sortions de la bâtisse.
— Jay n’était pas trop fâché ? lui demandé-je en ricanant quand nous entrons dans la voiture.
— Fâché ? S’il l’est, il n’a pas la possibilité de le montrer. J’aimerais bien qu’il tente de s’énerver contre toi devant moi.
Un frisson me parcourt l’échine, pendant que mon cœur bat un peu plus
fort.
Nous arrivons devant le Highton, et mon front se barre.
— Tu rigoles j’espère ? C’est là que tu emmènes ton épouse pour une virée ?
Il m’ignore, quitte l‘habitacle, puis s’attelle à ouvrir ma portière.
— On y passe en coup de vent, m’explique-t-il.
Sans en comprendre davantage, je m’exfiltre du véhicule et avance vers
l’enseigne où, là encore, une file de clients patiente pour pénétrer dans le
club. Lorsqu’ils nous aperçoivent, aucun des hommes ne semble surpris. Seules les femmes nous regardent, éberluées. J’en distingue quelques-unes
chuchoter dans l’oreille de leur copine en me lançant des œillades
courroucées. Je m’accole un peu plus contre le corps athlétique de mon
mari, puis leur adresse un sourire mesquin pendant que le videur s’écarte
devant nous.
Je foule les lieux avec un sentiment très étrange dans la poitrine. Les
images de la première fois où je suis venue ici, dans les bras d’une autre,
me harcèlent. Je n’oublierai jamais que Lisa a été tuée de ses mains et que
je passerais peut-être le reste de notre vie commune à le lui faire payer. Je
l’aime d’une manière viscérale et inconditionnelle, mais cette petite partie
de mon être qu’il m’a arrachée ce soir-là ne lui appartiendra plus jamais.
— Je sais à quoi tu penses, m’interrompt-il. Crois-moi, si c’était à refaire, je le referais sans hésitation.
Je ne prends pas la peine de le regarder alors que nous avançons vers le
carré VIP où l’équipe la plus proche de Nass l’attend.
— Je n’en doute pas une seconde.
J’entends son ricanement au moment où nous franchissons le seuil.
Aussitôt, les conversations s’arrêtent, exactement comme lors de notre
rencontre. L’attention générale passe de Nass à moi, et à mon bras autour du
sien. Très vite, une chose attire leur curiosité, l’alliance de leur patron. Je
trouvais déjà les clientes antipathiques, mais c’est peu dire des nanas qui
sont ici. Si un regard pouvait consumer un être humain, je ne serais plus
qu’un tas de cendres. Je me mords les joues pour ne pas sourire à pleines
dents.
— Messieurs, mesdames, annonce le gangster de sa voix rauque. Je pense ne plus avoir besoin de vous présenter la femme à mes côtés, cependant, vous serez sûrement heureux d’apprendre qu’Helena est dorénavant mon épouse.
Aucune réaction ne vient perturber sa déclaration, par contre, je peux
sentir un changement de posture de ses bras droits. Les quelques regards qui
subsistaient sur moi disparaissent comme par magie. Seules les femmes
osent encore me fixer en tentant de camoufler leur hargne. Finalement, je ne
peux empêcher mon rictus d’étirer mes lèvres quand je reconnais la blonde
qui a sucé Nass juste après qu’il m’a torturée. Je me souviens très bien de sa
réaction outrée lorsqu’il l’avait forcée à terminer la fellation pendant qu’il
m’embrassait avec sauvagerie.
Oh oui, tu peux me regarder comme ça, ma jolie, à présent, c’est moi et
moi seule qui finirait dans son lit.
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