Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Joyce Kitten · Chapitre 42 sur 59

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Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Chapitre 39

Helena

 

Rain -Grandson (Suicid Squad)

 

Je termine de boire mon verre de jus de fruit, puis me lève, sous l’œil

terrifié de l’employé de Nass.

— Sortez d’ici, ordonné-je. Si vous en parlez à qui que ce soit, je vous

tue de mes mains.

Le jeune homme s’éclipse avec un tel empressement que j’ai envie de

ricaner. Je contourne la table, la robe qui m’arrive mi-cuisses, virevolte,

puis me caresse la peau à chacun de mes pas. Mon mari repose à mes pieds,

sur le dos. Nos regards se croisent, le sien me promet une mort atroce et

douloureuse. Malheureusement pour toi, c’est moi et moi seule qui ai le

contrôle cette fois-ci.

— Dis-moi, mon amour, ça fait quoi d’être à la merci totale d’un autre

être humain ?

Il ne me répondra pas évidemment. La drogue que j’ai glissée dans ses

bouteilles d’alcool a diablement bien agi. Comme je ne pouvais pas savoir

quelle boisson il choisirait, j’en ai versé dans toutes. Petit cadeau que je me

suis autorisé sous le toit de son cousin. Être tombée sur la cachette en

double fond de la cuisine du mafieux m’a donnée plein d’idées. Si au début

j’étais dégoûtée de trouver tant de produits illicites dont l’utilité laisse peu de place à l’imagination, j’ai fini par discerner les opportunités que ces

pilules pouvaient m’apporter dans ma quête de vengeance.

Je m’accroupis, puis caresse son magnifique visage paralysé par le

produit stupéfiant qui a endormi son système nerveux pour quelques heures.

Le plus passionnant est qu’il reste tout à fait conscient, les seules parties de

son corps dont il a encore la maîtrise sont ses yeux. Il n’hésite pas,

d’ailleurs, à les utiliser sans modération.

— Tu es en colère ? Une rage incontrôlable te broie les entrailles ?

Tu aimerais me tuer, mais tu sais que tu en es incapable, et cette certitude

pourrait te consumer ? Bienvenu au club.

Je m’attelle à ôter son t-shirt, c’est plus difficile que s’il avait mis une

chemise. À croire qu’il avait connaissance de mon plan. J’expulse un petit

rire malgré l’effort que me demande de porter son torse athlétique pour lui

retirer le vêtement. Non, cette fois, il n’a rien vu venir. J’ai enfin réussi à

arroser l’arroseur.

— Je t’avais pourtant prévenu que tu me paierais tout ce que tu m’as

fait subir, tu t’en souviens, j’imagine ? Oh oui, certainement. Toi, tu

n’oublies rien…

Cependant, même si je n’en montre rien, je suis un peu frustrée. Ses

paupières clignent de façon modérée, sans anarchie, encore avec un grand

contrôle qui prouve que mon petit manège ne l’inquiète pas beaucoup. Je

prends son pouls, le muscle cardiaque confirme mes soupçons. Aucune

accélération du rythme et j’ai envie de lui planter un couteau dans le bide

pour voir si, là, il aurait autant de maîtrise.

Je ne suis plus tout à fait moi-même, ou alors, au contraire, je le suis

pleinement. Je ne sais pas, je ne sais plus. La seule certitude, c’est que le

monstre qui m’habite a repris les commandes. Ça faisait longtemps. Il

m’avait manqué. Atrocement.

Je me redresse pour enjamber le corps inerte, et reviens lentement vers

ma place. Mes doigts glissent sur le bois de la table avant de s’emparer du

couteau qui allait nous servir à manger.

L’autre avantage avec Nass c’est qu’il n’autorise que très rarement ses

sbires à venir chez lui. Il compte sur ses capacités physiques pour parer aux

dangers, si bien que nous ne serons pas dérangés. La preuve qu’il devrait

être plus méfiant… Je me félicite d’être celle qui lui offrira cette leçon.

Je retourne près de lui, examine son torse ainsi que ses dessins qui

l’habillent. Malgré les cicatrices, il représente la perfection. Ma perfection.

Sa respiration est calme, posée, en contradiction avec la rage qui explose

par ses iris, qui me scrutent sans interruption, avec une intensité sauvage.

— Je comprends. Je comprends très bien. Tu n’as pas les mots pour me

le dire, toutefois, si ça peut te rassurer, tu n’en as pas besoin. Je connais la

moindre des pensées qui te traversent l’esprit, puisqu’elles sont jumelles de

toutes celles qui m’ont accompagnée pendant tes séances de torture.

Lui au sol, moi debout, un couteau à la main. J’aimerais profiter de

cette position plus longtemps, mais je dois me dépêcher, l’effet n’agira que

quelques heures. J’avoue n’avoir aucune idée des possibles représailles que

ce geste me coûtera, mais je m’en moque. Après cette soirée, nous serons

presque à égalité et je veux bien payer tous les prix nécessaires pour ce

luxe.

Je place un pied de l’autre côté de ses hanches et m’accroupis pour me

retrouver à califourchon sur lui. Nos entrejambes s’accolent et comme je ne

possède aucun tissu en dessous de ma robe pour me séparer de lui, je peux

très bien sentir la couture de son jean frotter contre ma peau fine. Je me

penche sur son buste jusqu’à aplatir la poitrine contre lui, puis l’embrasse.

Évidemment, il ne peut réagir à mon baiser, quand bien même, il y a peu de

chance qu’il y répondrait. En revanche, ses pupilles ne veulent toujours pas céder le combat et me scrutent, comme si seule cette bataille comptait

vraiment. Il y a de grandes probabilités qu’il me tue dès qu’il en sera de

nouveau capable, c’est ce que je crois y lire.

Néanmoins, d’abord, j’ai une mission à accomplir. Je descends les

lèvres sur sa clavicule que je savoure avant de mordre. Le goût de son sang

se répand sur ma langue que j’utilise aussitôt pour apaiser l’écoulement qui

sort de la plaie. C’est une blessure superficielle comparée à ce qui l’attend,

mais la sauvagerie qui m’assaille quand je suis trop près de lui est unique,

indescriptible. Savoir qu’il peut tout ressentir, sans pouvoir rien exprimer

est une sensation jouissive.

Je continue mon parcours sensuel jusqu’à son nombril. Ses

abdominaux, bien qu’ils ne puissent pas les contracter, sont pourtant

visibles et roulent sous mes baisers ardents. C’est à ce moment que je

remarque les poils qui se hérissent sur ses avant-bras, mêlés à sa respiration

sporadique. Il aime ça… Mes lèvres s’étirent de nouveau, même si je ne

cherche pas à recroiser son regard.

Revenons-en aux choses sérieuses.

Je me redresse, puis laisse le poids de mon bassin écraser le sien.

— Ce soir, je veux rétablir l’injustice de nos deux situations. Tu te

demandes sûrement de quoi je parle, mais tu vas très vite le comprendre,

dis-je en effleurant la lame du couteau sur son pectoral gauche. Je me

souviens encore de la douleur des entailles, du temps que tu as pris pour

graver ces lettres sur ma peau, du plaisir que tu ne faisais même pas l’effort

de dissimuler. Depuis, je dois me réveiller chaque jour et contempler ton

sinistre chef-d’œuvre, alors que ce dernier me rappelle sans cesse que je

n’ai jamais eu l’occasion de me venger. J’ai rêvé des nuits entières de ce

jour, Nass. Des milliers d’heures gâchées à concocter des plans qui

n’aboutiraient pas. Parce que tu es fort. Bien trop fort pour moi. Mais tu as commis une erreur. Une toute petite qui va pourtant te coûter cher. Tu m’as

rejetée alors que je t’offrais mon amour sur un plateau d’argent. Si tu

m’avais choisi ce soir-là, je crois que mon emprise était telle que jamais je

n’aurais eu le courage de m’en prendre à toi. 

Pas une seule fois nos yeux ne se détachent pendant que je récite mon

monologue improvisé.

— Je t’ai menti tout à l’heure, au sujet de Dimitri. Ça ne m’a pas été

très difficile de trouver mes mots, j’ai juste eu à imaginer que je parlais de

toi. Mais j’ai payé le prix de ma dévotion. Tu m’as cruellement fait regretter

d’avoir osé poser le regard sur toi et de n’avoir pas su les détourner ensuite.

Le temps tourne.

— Bon, sur ces belles paroles, à mon tour de t’offrir mon cadeau de

mariage. Je vois que tu aimes les tatouages, ça tombe bien, je vais t’en

graver un nouveau, sauf que l’encre, cette fois, sera composée de ton propre

sang.

J’empoigne le couteau, puis sans aucune hésitation, le fais glisser sur la

peau déjà marquée du gangster. Je l’enfonce suffisamment pour que le

métal crée un sillon sanguinolent qui, très vite, recouvre les dessins ébène.

Comme déconnectée de l’instant présent, je suis hypnotisée par mon geste

minutieux, libérateur, follement rédempteur. Suis-je en train de sourire ?

De rire ? De pleurer ? Impossible à dire. Je peux juste observer le H de

mon prénom se former avec de plus en plus de précision sur le torse de mon

« mari ». Je suis presque amusée que du fait de mon nouveau nom de

famille, la deuxième lettre à sculpter se trouve être de nouveau un H.

Là encore, malgré l’hémoglobine qui s’écoule des plaies à une vitesse

ahurissante, son corps ne semble pas réagir à la douleur, si bien que s’il

n’avait pas eu des frissons tout à l’heure, je me demanderais s’il est bien

conscient des sensations. Si je maîtrise assez bien la réponse à la souffrance physique, la sienne est impressionnante. Seuls ses yeux reflètent l‘image de

la haine farouche qui a transformé ses pupilles en deux cratères

démoniaques.

Au moment où la dernière entaille est gravée, je recule pour contempler

mon travail. Les coupures sont appliquées, perpendiculaires. Je suis fière de

moi. Je lui adresse un grand sourire, alors que mes paumes s’appuient sur

son torse couvert du liquide presque noir. Une seconde fois, je m’allonge

sur lui, la robe remonte sur mon postérieur, exposant ma peau à l’air libre.

Galvanisée par ma réussite, je m’autorise même à caresser son arcade

jusqu’à sa pommette, de mes doigts sanguinolents.

Mais alors que je décide de me redresser afin de quitter la pièce, ses

mains vigoureuses, pas du tout ankylosées, m’agrippent les fesses,

manquant de me faire hurler de terreur. Malheureusement, trop tard, bien

trop tard, je remarque à quel point son érection est proéminente. Ce détail,

couplé à la force avec laquelle il me presse la peau, me fait réaliser quelque

chose de dramatique pour la suite de la soirée. Il n’était plus prisonnier de

son corps depuis longtemps, et maintenant je vais devoir assumer les

conséquences de mes actes.

 

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