Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 40
Helena
Darkside - Neoni
— Surprise.
Voilà ce qu’il prononce avant d’effectuer une violente bascule du
bassin, afin de me renverser pour inverser nos positions, encore une fois,
avec une maîtrise qui ne peut que me faire jalouser. Sa main vient ensuite
presser un endroit douloureux de mon poignet qui m’oblige à lâcher le
couteau.
— Comment as-tu…
Je ne peux pas en dire plus, sa paume s’écrase contre mes lèvres avec
une telle force que je me demande s’il ne cherche pas à me broyer la boîte
crânienne, à la seule énergie de son corps.
— Chut, laisse-moi profiter de ce moment.
Son entrejambe appuie contre le mien, et mes adducteurs peinent à
tenir la position qu’impose son bassin. Son torse nu, ensanglanté, se plaque
contre ma robe. Il s’en rend compte, alors aussitôt, il me libère pour
s’atteler à déchirer le tissu dans un craquement sonore.
— Si tu pouvais bouger, pourquoi m’as-tu laissé faire ?
Quand mon habit est en lambeaux, il l’écarte d’un revers de la main,
sans prononcer un mot. Ses iris démoniaques s’engouffrent dans les miennes, puisant en elles une force qui m’échappe totalement.
Nos peaux qui se percutent à l’instant où il se rallonge sur moi
provoquent un claquement spongieux comme pour nous rappeler que l’un
de nous a été blessé par la faute de l’autre. Toutefois, si j’étais presque à
l’agonie lorsqu’il m’a fait subir ce châtiment, lui le vit différemment.
Aucune trace de douleur ne durcit ses traits. Il ne reste sur son sublime
visage que l’évidence de sa démence calquée sur la mienne.
Alors que je devrais avoir plus peur que jamais et même si le rythme de
mes battements cardiaques frise le ridicule, je ne peux m’empêcher de le
contempler avec un désir si puissant que rien ni personne ne pourrait
endiguer. Son énergie est telle qu’elle explose tous les barrages de ma
raison. Mon intelligence, ma conscience, ma logique, tous ces concepts
n’existent plus. Ces mots ne sont plus que des sons, des syllabes, puis des
lettres qui se mélangent, s’érodent pour finir par devenir illisibles.
Comme happée, mes lèvres se tendent vers lui pour toucher les siennes.
Mais dès l’instant où je les frôle, il me repousse, puis se redresse sur les
genoux. Sa respiration n’est plus aussi calme et posée que lorsque je le
torturais. Cette fois, ses abdos se contractent à chaque expiration. Il me
surplombe et mes yeux glissent sur son torse suintant de sueur ainsi que du
sang qui colore sa peau hâlée. Il est plus magnifique que jamais. Là tout de
suite, je comprends qu’il m’ait fait le même compliment ce soir-là.
Pourquoi cette vision nous fascine tant ? Qu’est-ce qui ne tourne pas
rond pour que nous soyons l’un et l’autre si attirés par cette teinte unique au
monde ?
— Le problème avec la drogue, ma belle, c’est que pour l’utiliser à bon
escient, il faut s’y connaître un minimum.
Sa voix blanche ne trahit aucun de ses objectifs. Je reste là, le dos à
terre, attendant d’être violée, martyrisée, tuée ? Alors pourquoi je ne cherche pas à fuir ? Pire, pourquoi n’en ai-je même pas envie ?
— Tu étais conscient depuis le début ?
Il ricane sans joie.
— Non. Je te félicite, tu as réussi à m’avoir, tu pourras te vanter d’être
la première à y être parvenue. La première pour ça et pour bien d’autres
choses d’ailleurs, ajoute-t-il comme pour lui-même.
— Je ne comprends pas.
— Tu as mis trop de temps… Tu es intelligente, tu as aussi beaucoup
de cran, mais il te manque clairement un apprentissage accru des règles en
matière de torture humaine, me nargue-t-il. Il fallait agir plus vite. Au lieu
de tant parler, tu aurais dû faire ce que tu avais à faire, puis t’en aller loin,
très loin, et espérer de toutes tes forces que je ne te retrouve jamais. La
drogue a très vite quitté mon organisme, donc tu avais à peine commencé
que j’étais de nouveau maître de mes mouvements.
Sa voix est si grave, si sourde qu’elle ressemble presque à un murmure.
Ma poitrine se soulève prestement. Je suis à sa merci, pourtant je ne regrette
rien. Je vais mourir en paix, fière d’avoir accompli un acte qui le marquera,
littéralement, pour le restant de ses jours. Cependant, mon euphorie est
quelque peu nuancée par le fait qu’il m’a laissé faire sans que j’aie
d’explication rationnelle à ça. Il a enduré la douleur, alors qu’il aurait pu
tout arrêter en une fraction de seconde.
— Pourquoi m’avoir permis de terminer ?
Là encore, son ignorance est sa seule répartie. En revanche, il m’attrape
le cou pour m’obliger à me redresser à sa hauteur. Nous nous faisons face,
alors il ordonne :
— Lèche-moi.
La stupeur doit se lire sur mon visage figé, pendant que je recule
imperceptiblement.
— Mon sang t’attirait au point de le verser ? Tu voulais me faire
souffrir et y prendre du plaisir ? Va jusqu’au bout de tes penchants
déviants, ma jolie. Nettoie cette blessure !
Son ton est sans appel, pourtant écœurée, je secoue la tête. C’est alors
que mon nez se retrouve écrasé contre la plaie poisseuse de Nass. Comment
est-ce possible qu’il supporte tant de supplices ?
— Lèche ! vocifère-t-il.
Mon souffle se perd, puisqu’il m’étouffe contre sa peau. Je n’ai plus le
choix que d’obéir si je veux récupérer de l’oxygène. Au moment où je
parviens, avec difficulté, à ouvrir les lèvres pour que ma langue le touche,
sa poigne se desserre pour me laisser inspirer, sans toutefois m’éloigner de
lui. Mes mains se posent contre ses flancs pour le repousser si la situation
dérape.
Mon estomac proteste contre ce que je suis en train de faire. Le goût
métallique m’envahit le palais et mes yeux se plissent sous le dégoût. Au
bout de quelques minutes, il s’écarte de moi.
— Allonge-toi sur le ventre.
Ses paroles sont si froides, glaciales. Tout chez lui transpire la
dangerosité. Je suis totalement nue néanmoins, à aucun moment son regard
ne glisse sur mon anatomie, se contentant de me fixer comme depuis
l’instant où son corps s’est effondré au sol.
— Non !
Ses lèvres se pincent et, ayant anticipé qu’il allait m’y contraindre,
quand il esquisse un mouvement, je réplique aussitôt, puis l’esquive. Je me
remets sur mes pieds et m’enfuis, mais c’est à cet instant que je remarque
être encore chaussée de mes talons. Je dois avoir l’air ridicule à courir dans
cet accoutrement. Forcément, s’échapper sur des escarpins de 10 cm n’aide
pas à prendre de la marge.
En moins de temps que je l’aurais cru, ses mains m’agrippent les
épaules, stoppent aussitôt mon élan, puis me ramènent sans aucune douceur
sur le tapis oriental qui recouvrent le sol. Ma poitrine se presse contre le
tissu, avant que je sente son torse s’écraser contre mon dos. Quand ses
doigts se dirigent vers la seule zone de mon corps qu’il n’a jamais foulé, je
comprends. Je gesticule comme une folle pour empêcher ce qui va se
produire, mais il doit peser pas moins d’une centaine de kilos dont il fait
entièrement reposer le poids sur ma colonne vertébrale.
— Ah, on est moins agile tout à coup, n’est-ce pas ? gronde-t-il contre
mon oreille. Et moi, je n’ai besoin d’aucun subterfuge pour te forcer à faire
tout ce que j’ai en tête.
— S’il te plaît, pas ça.
Le liquide tiède qui exsude de sa blessure, dégouline contre mes côtes
dorsales, nous rendant l’un et l’autre collants et visqueux. Toutefois, c’est le
dernier de mes soucis, je le réalise quand l’une de ses phalanges s’enfonce
dans mon vagin pour l’assaillir avec vigueur. Son mouvement est d’abord
lent et précis, mais rapidement, il insère un deuxième doigt, et alors ses
gestes deviennent brutaux et anarchiques. Pourtant, la vague qui s’élève
aussitôt dans mon ventre me prend par surprise. L’odeur du sang de Nass
emplit l’air, impossible d’oublier ce que je viens de commettre. Je sais que
c’est son but. Le plaisir monte en moi à une telle vitesse que c’est à se
demander si mon partenaire ne le connaît pas mieux que moi. Jamais je ne
me suis procuré autant de bien-être à moi-même. Comme ses va-et-vient
ravageurs n’en finissent pas, la vague déferle avec sauvagerie. Mes os se
disloquent sous sa puissance ou bien est-ce juste une impression ? Ma vue
se brouille pour s’occulter tant je plisse les paupières. Ma voix hurle un son
que je ne suis plus capable d’interpréter. Comment peut-il provoquer ça
seulement avec deux de ses doigts ?
Encore foudroyée par la jouissance, je le sens récupérer mes sécrétions
vaginales dont il peut s’attribuer tout le mérite, pour ensuite la glisser plus
au nord.
— Non, non, pas ça ! l’imploré-je en cherchant de nouveau à me
soustraire à son emprise. Je t’en supplie.
— Chut, murmure-t-il d’une voix que je ne reconnais pas tant le désir
la transforme. Un sévice pour un sévice, et estime-toi heureuse que je ne le
fasse pas à sec, c’est tout ce que tu mériterais.
Alors que je tente encore d’échapper à ce qui est sur le plus point de se
produire, sa paume pleine de mon odeur corporelle me bâillonne pour
m’empêcher de crier. En vain, j’essaie de le mordre, de le griffer, mais
aussitôt, de son autre main, il récupère mes poignets pour les entraver dans
mon dos.
— Si tu savais depuis combien de temps je rêve de cet instant. Tu vas
me rendre complètement fou, Helena.
Mes hurlements sont retenus prisonniers par sa poigne impitoyable, et
des souvenirs atroces me remontent en tête. Jamais je n’ai pratiqué de
sodomie consentie. Ces traumatismes-là ne m’ont jamais laissée les enfouir
dans mon esprit ravagé.
— Je t’ai autorisée à accomplir ton moment, pas vrai ? Alors, fais-en
de même.
Sur ces derniers mots, il pose sa verge gonflée contre mon anus
dégoulinant de mes fluides. D’un coup de rein, il m’emplit de quelques
millimètres de son membre imposant et je me crispe sous la sensation
atroce. Comme je le prédisais, la douleur est immédiate. Il entre par à-coup,
accentuant son avancée à chaque pénétration. Je ne cherche plus à
m’échapper, car dès que je bouge, je manque de tressaillir tant la souffrance
me donne la nausée.
Pourtant, très vite, mon anus s’adapte et les tiraillements cessent plus
ou moins. Ses mouvements de bassin sont de plus en plus réguliers, il me
manipule avec un savoir-faire sans égal. Ses soupirs près de mon oreille
deviennent audibles, jusqu’à paraître gutturaux. Mon cerveau perd les
pédales, ne sait plus ce qu’il doit ressentir ou éprouver. Mes vaisseaux
sanguins repartent de plus belle dans un ballet d’excitation mêlée
d’adrénaline. La poitrine blessée de Nass qui gronde contre mon dos
m’envoie des ondes de choc dans tout le corps.
— Répète ce que tu me balançais tout à l’heure, exige-t-il d’une voix
hachée par l’effort ou le plaisir. Redis-moi que tu m’as oublié dans les bras
de Dimitri.
Un violent coup de reins explose mes tréfonds.
— Car à l’heure actuelle, ce n’est pas ce fils de pute qui te défonce le
cul, ma chérie.
Sa joue vient se poser contre la mienne avant qu’il desserre la main qui
m’empêchait de m’exprimer pour y planter la bouche. Sa langue force la
barrière de la mienne pour m’offrir un baiser passionné, agressif, presque
douloureux. Nos lèvres se séparent, mais je reste sonnée une seconde. Dans
la foulée, son autre poigne me libère les poignets, de ce fait, je suis de
nouveau maître de mes mouvements, pourtant je n’ai plus aucune envie
d’échapper à son assaut. Un bien-être totalement inédit fait place neuve
dans une partie de mon corps que je connais très mal.
Je me sers de mes doigts pour accrocher un pied de la table face à moi
et éviter de glisser contre le tapis, tant les coups de boutoir de Nass sont
robustes. Quand je sens un nouvel orgasme, dont j’ai dû mal à reconnaître
les signes, se créer dans mes entrailles, pour éclater sans que je m’y attende,
je panique, et bouge le bassin dans tous les sens. En réaction, le corps de
Nass se fige soudain, avant qu’il gronde.
— Putain !
Ensuite, ses râles deviennent aussi bruyants que les miens, et mes
cordes vocales se taisent aussitôt pour laisser cette voix magnifique
témoigner du plaisir que je viens de lui offrir. Jamais il n’avait joui avec une
telle intensité. Ses avant-bras compriment les miens, me serrant en étau
avant que son poids entier broie mes pauvres muscles qui soubresautent
encore de mon propre orgasme. Toutefois, je manque d’air, et son esprit est
parti trop loin. Il n’est plus avec moi, il m’a oubliée, mais s’il ne veut pas
que je meure écrasée, il doit me libérer rapidement.
— Nass, gémis-je.
En un instant, il s’écarte, puis retombe sur le dos. Je l’observe se frotter
le visage des mains dont la nouvelle alliance me provoque une vague de
fierté malvenue. Je n’ai pas le temps de l’épier plus intensément puisqu’il se
relève, repositionne son caleçon puis son jean, avant de se diriger vers la
sortie.
— Ce soir, tu dors avec moi, m’informe-t-il sans même me regarder.
Monte dès que possible.
Ma solitude soudaine entraîne un séisme d’émotions en tout genre.
Cette soirée que j’avais peaufinée jusqu’aux moindres détails vient de virer,
encore une fois, en quelque chose de totalement inattendu. Je me suis
vengée, à un certain niveau, et cela me fait un bien fou. Avoir rééquilibré
les rapports me fait me sentir puissante, à la hauteur du rôle qu’il veut que
je tienne en m’ayant épousée. Par contre, j’ignore pourquoi il m’a épargnée
en me punissant d’une manière bien étrange. Cette fois, il m’a arraché un
plaisir dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Il savait que me
sodomiser me mettrait dans tous mes états, mais il a rendu cette expérience
incroyable et ne l’a pas fait par hasard. Il a voulu m’offrir cet orgasme
inédit. Pourquoi ? Rien de cette situation ne lui ressemble.
Toutefois, la facette tordue de moi-même que j’ai tant cherché à
refouler, tant souhaité effacer refuse de plus en plus, en présence de Nass,
de retourner se nicher dans les tréfonds de mon âme. Tel un charmeur de
serpent, mon mari la pousse à sortir de sa tanière pour révéler sa splendeur.
Pendant que je le rejoins, je songe que, de nous deux, j’ignore lequel
est le plus irresponsable.
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