Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 44
Helena
Sans en dire plus, il avance pour se vautrer dans son fauteuil, seulement
l’atmosphère est toujours aussi tendue et j’ignore où me placer. Très vite, il
remarque ma gêne et, d’un mouvement de doigt, m’ordonne de venir près
de lui.
— Assieds-toi, dit-il en m’indiquant ses genoux.
Il soulève le bassin, pour récupérer son paquet de cigarettes, puis en
allume une en exhalant la fumée, les billes rivées dans les miennes. Je ne
me fais pas prier et m’installe contre lui.
— J’en veux bien une aussi.
Il arque les sourcils en me sondant. Ses pupilles s’agrandissent,
témoignant de son amusement et d’un désir que je me hâte d’assouvir.
Un instant plus tard, il porte à ma bouche une autre clope coincée entre
son majeur et son index. Je me penche, puis pose les lèvres sur ses doigts
avant d’agripper le mégot entre les dents, non sans lécher au passage les
phalanges de l’homme qui se contracte sous mes fesses. Son érection
devient si proéminente qu’elle gêne mon assise. Je m’affale contre son torse
jusqu’à accoler le crâne dans son cou. Nous fumons en silence en observant
les gangsters qui ont fini par reprendre leurs occupations.
Je suis toujours victime des regards assassins féminins, mais m’en
fiche complètement.
Au moment où les doigts de Nass se faufilent par la fente de ma robe,
un gars glisse un regard dans ma direction, avant de le plonger vers
l’échancrure qui remonte presque jusqu’à mon entrejambe à cause de la
main de mon mari.
— C’est ma femme que tu mates comme ça, Jason ?
Ledit Jason braque son attention vers son patron, avec un air
franchement paniqué sur les traits.
— Non, pardon, boss, je…
— Ferme-la, le coupe le leader dont les phalanges continuent leur ascension vers mon pubis. Ceci dit, c’est très bien, tu me permets d’embrayer sur la suite de ce que j’avais à vous dire.
Son pouce bute sur mon clitoris, caché sous la dentelle de mon tanga.
Ce toucher m’électrise, mes cuisses se referment sur son poignet avant que
je rejette la tête en arrière, à la vue de toute l’assemblée.
— À partir d’aujourd’hui, plus aucun homme n’est autorisé à poser l’œil sur cette femme. Si l’un de vous la regarde sans son ou mon accord, il sera exécuté.
Malgré la menace qu’il énonce, ses mouvements sur mon corps me font
disjoncter. Je ne cherche pas à retenir les gémissements que me provoquent
ses caresses impudiques. Je ne relève pas la folie de ses propos, trop
préoccupée par le plaisir reçu. Il pourrait me prendre en levrette, personne
n’oserait nous observer.
Malheureusement, il arrête ses effleurements, ce qui me fait grogner de
frustration. J’ouvre les paupières que j’avais closes, et remarque que seules
les poules des gars se risquent encore à jeter des coups d’œil mauvais dans
ma direction. Je n’aurais qu’un mot à dire pour qu’elles se fassent éviscérer
devant mes yeux ou mieux, je pourrais le faire moi-même sans craindre de quelconques représailles, toutefois, j’ai une meilleure idée pour réagir à
leurs attaques silencieuses.
Elles crèvent de jalousie de ne pas avoir été assez spéciales pour que
Nass les utilise pour autre chose que leur cul, et je me réjouis d’enfoncer le
couteau dans la plaie. Je pivote le visage vers la mâchoire de mon
partenaire que j’embrasse sensuellement. Sa paume, qui était revenue sur
ma cuisse nue, se contracte assez fermement pour que ce soit douloureux,
en réponse, je mordille l’os saillant de sa mandibule. Son autre main
m’agrippe l’arrière des cheveux pour me repousser et, dans le même temps,
fond sur mes lèvres. Nous offrons à celles qui l’observent un baiser
langoureux digne d’un vrai film porno. Nous sommes si convaincants que
nos grondements respectifs résonnent très vite, couvrant les bruits de
conversation alentour. À mon grand regret, il s’écarte de moi, heureusement
je suis toutefois réconfortée.
— Dans mon bureau, tout de suite.
Un rire sincère jaillit de ma bouche pendant que je me lève et prends la
direction de la sortie, en saluant d’un geste de la main le troupeau de
pétasses du coin de la pièce.
Une heure plus tard, nous déambulons dans les rues de la ville. J’ai
ouvert la fenêtre passager pour profiter du vent qui s’engouffre dans
l’habitacle et m’emmêle les cheveux. Je me sens libre, épanouie, plus
comblée qu’à n’importe quel moment de mon existence.
Peut-être que pour chasser mes fantômes j’accepterai l’offre de Nass et
partirai avec lui à la recherche de mes anciens violeurs, si tant et qu’ils en
restent encore en vie. Avec mon âme sœur près de moi, mon champ des
possibles est une immense vallée plate qui n’attend que moi pour être
foulée.
La seule ombre au tableau demeure cette grossesse dont il n’a toujours
pas connaissance. En plus de redouter sa réaction, j’ai aussi peur que cette
bulle dans laquelle je nage avec lui éclate et provoque la chute vertigineuse
de mon bonheur tout frais.
J’accompagne Nass qui s’arrête ici et là, pour parler aux gérants de bar
qui le toisent tous avec une crainte viscérale que leur conversation
n’arrange pas. Je suis l’objet de l’attention pendant les trois heures qui
suivent. Quand enfin il me dépose devant notre résidence, j’escompte que
nous rentrions ensemble puisqu’il est près d’une heure du matin, cependant
il n’en fait rien, donc je le questionne du regard. Il me répond qu’il a des
affaires à régler, et je râle en sortant du véhicule.
— Je ne t’attends pas de la nuit alors ?
— Je serai revenu avant que mon absence te pèse trop, me nargue-t-il.
— Je te déteste de m’abandonner après une soirée passée à me trimbaler comme ton trophée. Je pensais au moins pouvoir accaparer ton attention dans… notre lit.
Son rire sourd me frustre d’autant plus.
— Si tu savais où mon attention se porte chaque seconde de chaque putain de minute…
Sur ces mots qui me coupent le souffle, il relève la fenêtre que j’avais
ouverte et redémarre pour quitter la propriété.
D’un pas las, j’entre dans la demeure avant de me diriger vers
l’escalier, une perception étrange dans l’estomac. J’ai déjà monté quelques
marches lorsque j’entends un bruit inquiétant dans la salle de réception.
Mon cœur loupe un battement, je me fige.
— Nass ? hélé-je sans entrain puisqu’il est évident que ça ne peut pas être lui.
Bien entendu, personne ne me répond, et je n’ose effectuer un
mouvement supplémentaire. Je suis tentée de l’appeler, mais le temps qu’il arrive, mon sort sera de toute façon scellé si l’intrus est là pour attenter à
ma vie.
— Y a quelqu’un ?
J’ai conscience que la question est ridicule puisque, s’il y a bien
quelqu’un et qu’il a de mauvaises intentions, il ne risque pas de s’annoncer.
Moi aussi je lève les yeux au ciel face à cette réaction débile dans les films,
mais force est de constater que devant la peur, notre bon sens se fait la
malle.
Une arme. Il me faut une arme. Je fonce vers la cuisine d’un pas que
j’espère le plus discret possible. Qui a pu braver le système de sécurité de
cette maison ? C’est ridicule, malgré tout, je suis persuadée qu’un intrus
est ici. Je le sais.
Black Sea – Natasha Blume.
J’entre dans la pièce à la recherche d’un couteau quand soudain, un
flux d’adrénaline me terrasse. Mon cerveau disjoncte lorsqu’une main
gantée se referme sur mes lèvres et les écraser avec virulence. L’espace
d’un instant, je me statufie avant que mon âme de combattante ressurgisse
et se déchaîne sur l’inconnu. Malheureusement, je suis entravée si
rapidement que c’en est ridicule.
— Je vois que ma petite lionne se porte à merveille, minaude une voix qui calme aussitôt mes ardeurs
Mon soulagement est si intense que mes jambes flageolent. Ma
pression artérielle a tellement joué aux montagnes russes que je suis à deux
doigts de faire un malaise. Dimitri.
Sa poigne me relâche et, l’instant d’après, je suis à son cou. Notre
étreinte est presque violente.
— Tu n’es pas mort, soufflé-je contre sa nuque.
— Oh non, hors de question de t’abandonner si facilement, me taquine-t-il.
Nous nous séparons ce qui lui permet de me lancer un clin d’œil.
— Il m’était impossible de te joindre, Nass m’a retiré le téléphone que tu m’avais offert pour m’en donner un nouveau qui, bien sûr, n’avait pas tes coordonnées.
Il rigole, puis se dirige vers le frigo qu’il ouvre comme s’il était chez
lui.
— Pourquoi tu m’as fait une telle peur ? je reprends. Et comment as-tu fait pour entrer ?
Il décapsule une bière d’un geste adroit des doigts, puis la porte à ses
lèvres.
— Tu sais bien que je ne peux pas résister à la tentation d’effrayer une belle jeune femme.
Son attitude satirique m’avait manqué.
— Et j’entre ici comme dans un moulin, ma chérie. N’oublie pas qui je suis.
D’un mouvement de bras, il me propose une gorgée, les joues gonflées
de liquide, avant que sa pomme d’Adam se contracte pour qu’il avale. Je ne
me souvenais plus d’à quel point cet homme dégage un sex-appeal
hallucinant. Je refuse d’un signe de tête, puis m’adosse au plan de travail,
chamboulée par la peur qui a dévalé mon système sanguin.
— Ne te méprends pas, je suis ravie de te voir, dis-je d’un ton placide, mais que fais-tu ici, dans la maison de celui qui a tenté de te tuer ?
Encore son rire nasal qui m’insupporte quand il me prend pour une
idiote.
— Nass n’a pas tenté de me tuer, réplique-t-il. Sinon, je ne serais plus de ce monde. Mais je ne suis pas là pour lui, je suis là pour toi.
Je fronce les sourcils, le poussant à poursuivre.
— Tu n’es pas libre ici et tu ne le seras jamais. Reviens avec moi, je te jure qu’il ne pourra plus t’atteindre.
À cet instant, je me rends compte que Dimitri n’est pas au courant de
ce qui s’est déroulé suite à notre catastrophique tentative de vengeance, or
je n’ai pas du tout envie d’être celle qui lui annoncera que je me suis mariée
à son plus grand rival, pire encore, que ça me plaît plus que je l’aurais cru.
Je ne lui ai pas caché être amoureuse de son cousin, cependant, c’est autre
chose de devoir l’assumer pleinement maintenant que nous sommes seuls et
que personne ne peut me protéger de sa réaction.
— Je… commencé-je péniblement. Écoute, je dois te dire quelque chose.
Toute trace de taquinerie quitte ses traits, remplacée par un sérieux
mêlé à une hargne que je reconnais pour l’avoir discernée lorsque la
jalousie prenait le contrôle de son comportement. Malgré tout, Dimitri
n’aura pas l’occasion de m’entendre prononcer les paroles qui, je le sais,
provoqueront une rage sans commune mesure puisqu’un bruit de porte qui
se fracasse derrière nous me fait sursauter.
Là, c’est officiel, je vais mourir sur place. Mon cœur ne va pas
supporter la scène qui s’apprête à se jouer sous mes yeux. Déjà, mes veines
se tarissent d’un sang qui m’est pourtant précieux. Nass est entré, nous
reluquant l’un après l’autre de ses pupilles dont les iris bleutés ont été
avalés par une avalanche de ténèbres. Sa bestialité est plus apparente que
jamais, et les propos de Rina fusent dans ma mémoire. Il perd le contrôle de
lui-même dès que ça te concerne.
Un massacre que rien ni personne ne pourra juguler est en phase de
survenir. La fureur qui va s’abattre sur nous sera sans précédent. Sa
respiration anarchique mêlée à ses muscles hypertendus nous prouve que le
sociopathe n’a pas l’intention de revenir à la raison. La bête a pris le
pouvoir.
Je tente d’ouvrir la bouche, mais mon corps a perdu la faculté de
produire un son. Heureusement, Dimitri s’en charge pour moi.
— Nass, commence-t-il. Comme on se…
Je n’entends pas la fin de sa phrase, car un coup de feu vient percer la
fine membrane de mes tympans et fait éclater le silence telle une vulgaire
particule de vide. Aussitôt, l’arme de Dimitri répond à cette attaque depuis
le hall où il a couru se réfugier. Le gangster, en pilote automatique, avance
vers lui, dont le buste réapparaît en une fraction de seconde. C’était à
prévoir, en réaction, une nouvelle balle explose le meuble près de Nass.
Pourtant, ce dernier ne fait pas l’effort de se dissimuler, mais riposte par une
ribambelle de projectiles qui atterrissent Dieu sait où.
Ils vont se tuer sans qu’il n’y ai eu aucune, mise en garde, aucun
préambule. Nass a ouvert le feu avant même de tenter de comprendre ce
que nous faisions tous les deux, si proche l’un de l’autre. Quelqu’un de plus
va mourir pour m’avoir côtoyée de trop près, et c’est inacceptable.
J’aimerais agir, intervenir, toutefois, pour une raison mystique, mon
corps ne me répond plus. Je pensais avoir déjà vu Nass dans ses pires
retranchements, sauvage, au maximum de sa barbarie, cependant, il me
prouve que j’avais tort. Jamais il ne m’a fait si peur. Il continue de tirer en
m’ignorant, bien que les répliques de Dimitri nous frôlent. Mon mari n’est
pas le seul idiot à ne pas se protéger, puisque je suis moi aussi debout près
de l’îlot, spectatrice du futur double meurtre qui se joue devant moi.
— Arrête ça, putain, beugle soudain Dimitri. On va la tuer.
Là encore, comme s’il était sourd, aveugle ou qu’il avait perdu tout
sens de la réalité, le gangster expulse son chargeur pour le remplacer par un
autre, puis vise l’hypothétique cachette de son cousin pour asséner une
nouvelle rafle de munitions mortelles dans sa direction.
— Helena, reprend le mafieux. Mets-toi à terre, bordel de merde !
Il ne tire plus, attendant que j’obéisse à son ordre, et cela laisse le
champ libre à son rival pour avancer de plusieurs pas afin de le débusquer.
Il redémarre les rafales sans une once d’hésitation, la vie de Dimitri est sur
le point de s’achever. Je ferme les paupières, fort, avant d’abattre ma
dernière carte pour sauver celui que j’aime le plus, après son futur
meurtrier.
— Je suis enceinte, tonné-je. Je suis enceinte de toi.
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