Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 46
Nass
Nass, 13 ans
— Nass, debout, ordonne la voix patriarcale de Borya.
Mes paupières s’entrouvrent pour l’observer, droit comme un i dans
l’entrebâillement de la porte. On ne conteste pas les consignes du parrain,
alors je m’étire et sors du lit. Ça ne m’arrive jamais d’être réveillé par lui,
par ailleurs, Dim n’est pas à mes côtés. Où peut-il bien être ? Nous
dormons dans la même chambre. D’un regard inquiet, je balaie la pièce
avant de le porter sur l’homme qui pourrait lui avoir fait du mal.
— Où est Dimitri ? le questionné-je froidement.
— Justement, c’est ce que tu vas découvrir tout de suite. Viens.
Encore plus perplexe, j’enfile un bas de jogging ainsi qu’un t-shirt,
puis l’accompagne dans le dédale de couloirs qu’abrite le manoir.
Quand nous prenons la direction du jardin, mes sourcils froncés ne se
décontractent pas. Il y a trop d’informations aléatoires pour que j’en
comprenne le sens. Trop d’éléments étranges qui, mis bout à bout,
ressemblent à un immense puzzle. Le casse-tête me paraît irréalisable. Je
déteste devoir suivre Borya comme un chien. Vivement que je me barre d’ici. Le plus tôt sera le mieux. En attendant, je dois avouer que
l’apprentissage de la mafia est super et mon niveau s’améliore vite. Si je
patiente encore quelques années, je serai une vraie machine de guerre. Des
millions de projets pullulent dans ma tête, si mon tuteur pouvait lire dans
mes pensées, il me renierait sans doute sur-le-champ. C’est tout ce que je
demande…
Comment peut-il croire qu’il m’est possible d’apprécier un homme qui
a massacré ma famille et qui ne voit pas le potentiel de son propre neveu,
celui qui partage pourtant son sang ? OK, son père était un con, et
alors ? Dimitri est traité comme de la merde, cela alimente un peu plus la
haine que je voue à ce réseau. Je le vengerai, un jour très prochain. C’est
étrange, car la première règle que la mafia m’a apprise, c’est de ne jamais
sous-estimer personne, or, c’est justement ce que fait Borya avec Dim et
moi. Je compte donc lui prouver à quel point il aurait mieux fait
d’appliquer ce conseil pour lui-même. Je trouve cela très poétique.
Alors que nous arrivons sur la terrasse, je m’attends à être bousculé
par mon berger allemand, comme c’est le cas dès que je me réveille et pars
la voir. Pourtant, ce matin, Maika ne débarque pas en boulet de canon.
Pourquoi ma chienne ne vient pas à ma rencontre ? Mes muscles déjà
tendus deviennent douloureux.
Au moment où je suis le plus perplexe, l’extérieur m’offre une image
censée mettre fin à mes tourments. Au loin, j’aperçois deux masses au sol,
toutefois, je refuse d’interpréter ce que je visualise. Les poils brun foncé
sont typiques, je la reconnaîtrais entre mille. Mon visage ne témoigne
d’aucune émotion pendant que nous avançons et que les formes, les
contours, les couleurs se précisent. Elle n’est pas seule étendue sur l’herbe.
Mon cœur rate un battement, mon souffle devient court, anarchique. Une
douleur fulgurante me perce la poitrine. Mes yeux ne se brouillent pas de larmes, mais d’un milliard de points noirs qui menacent de me rendre
aveugle. Je marche comme un automate vers la dépouille que je ne suis plus
sûr de bien discerner à présent.
Finalement si. Je vois. Je sens aussi. La présence imposante de Borya
près de moi. Le sang. Le chien mouillé. L’odeur âcre de la mort. Et pire que
tout, l’effluve de la lessive de mon frère. De mon seul ami. Mon seul proche.
Ma seule famille. Ce n’est qu’après que mon cerveau accepte de traiter les
informations oculaires. La mare d’hémoglobine. Les entrailles de Maika
sur le sol. Sa rigidité cadavérique. Je suis entraîné depuis l’enfance,
néanmoins je n’ai pas souvenir d’avoir tant été tant mis à l’épreuve de ne
pas céder à mes émotions dévastatrices. Une souffrance sans commune
mesure s’empare de moi m’incitant à l’expier par n’importe quel biais. Je
voudrais hurler mon désespoir d’avoir perdu Maika. Je ne le fais pas.
J’aimerais regarder son meurtrier qui est bâillonné d’un scotch. Dimitri l’a
tuée. Massacrée pour être exact. Il a torturé l’être le plus pur de cette
maison de merde. Mes yeux se voilent, je n’entends plus aucun son. Ni les
paroles qu’assène Borya en envoyant un coup de pied dans la tempe de
mon cousin, ni les gémissements plaintifs de ce dernier. Je ne vois rien
d’autre que la masse froide qui repose près de l’arbre.
Bien que mon corps soit déconnecté de l’instant présent, ce n’est pas le
cas de mon monstre intérieur qui lui est bien éveillé. Mon regard se déporte
sur l’objet de sa faim dévorante. Le nez pété, Dimitri me supplie des yeux,
alors que le sang s’écoule de ses narines à toute vitesse. Aussi rapidement
que la haine dans mon organisme. Je n’esquisse aucun mouvement vers lui,
pourtant je peux discerner à son changement d’expression faciale que les
miennes lui communiquent qu’il est désormais dans le camp de ceux que je
me réjouirai d’égorger prochainement.
Oh, oui. Regarde-moi te transmettre les milliers d’idées qui émergent
dans ma caboche pour me venger. Tu ne dormiras plus sur tes deux oreilles,
car je serai toujours dans ton ombre, toujours là pour te faire vivre un enfer
dont tu n’as jamais soupçonné l’existence.
À nous deux, cousin.
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