Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Joyce Kitten · Chapitre 12 sur 59

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Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Chapitre 9

Helena

 

Stupéfaite, la boîte d’une valeur de près de 2000 dollars dans les mains,

j’observe Dimitri quitter l’espace sans un mot. Je me demande pour quelle

raison il me gâte autant. Enfin, peut-être n’a-t-il pas l’impression de le faire,

après tout, c’est sûrement une somme tout à fait dérisoire à ses yeux. Peu

importe, car même si je suis heureuse d’avoir de nouveau un moyen de

communication avec le monde extérieur, pour le moment, l’unique objet de

mes pensées est la personne qui accapare tout mon univers.

Dimitri a vu juste, j’ai envie de le faire payer. Je veux qu’il souffre

comme je souffre, si seulement c’est possible. J’ignore s’il m’aime, mais

une chose est sûre, son besoin de contrôle et de possession est réel. Ça, ce

n’est ni fictif, ni fantasmé par mes attentes déraisonnées, ce sont les faits.

C’est donc décidé, je me laisse entraîner dans le plan de Dimitri. S’il faut en

passer par là, ne serait-ce que pour l’agacer, je prends et je compte bien

incarner mon rôle à fond. Ma facette machiavélique se réveille, cherche à

récupérer sa place trop longtemps écrasée par celle de Nass. Ce soir, je veux

distinguer la rage l’obliger à basculer du mauvais côté, l’observer se faire

détruire par la bête qu’il a créée.

Je vais tellement jouer le jeu que même Dimitri se demandera si je ne

suis pas vraiment amoureuse de lui. Oh oui, tu vas souffrir, Nass Hall. Je t’appartenais comme n’importe laquelle de tes autres putes, c’est bien

cela ? C’est ce qu’on va voir…

Je souris sournoisement en m’allongeant sur le lit.

***

Le temps ne passe pas… l’écran de mon iPhone indique 20 h 32, mais

comme je n’ai aucune précision sur l’heure à laquelle Nass est censé arriver,

je ne fais que tourner en rond. Quitter ma chambre pour déambuler à mon

gré dans la demeure d’un mafieux me paraît être une mauvaise idée, quand

bien même j’y suis invitée. Sait-on jamais si l’un des gardes me loge une

balle dans le front par erreur…

Au moment où l’envie de me promener, au moins dans le jardin, me

motive, un déluge de pluie s’abat sur nous. La frustration me fait pester

alors que je me rallonge sur le matelas king size, frappée par son confort. Je

n’ai jamais profité du luxe de dormir dans une telle literie, or ma semaine

d’errance à Jackson vaut presque d’être accueillie par Dim. Les draps en

coton soyeux me caressent la peau et menacent de m’emmener dans les bras

de Morphée. Il est temps que je me requinque.

D’un bond, j’atterris hors du lit, pour me diriger vers la porte. Il y a du

ramdam derrière le mur. Je tends le cou pour tenter d’observer les hommes

qui parlent fort dans un dialecte russe que je ne saisis pas, et me fais

remarquer par les domestiques composés presque uniquement de femmes

sillonnant les lieux avec entrain. L’une d’elles arrive d’ailleurs vers moi,

avant de s’incliner poliment, puis de me saluer.

— Bonsoir, mademoiselle Spencer.

J’ai à peine le temps de murmurer une réponse qu’elle poursuit sa

route, les bras chargés de draps et de serviettes. Je m’apprête enfin à quitter

ma tanière pour m’aventurer sur cette nouvelle terre quand le bip de mon

téléphone me fait sursauter. Je virevolte vers l’appareil dont je ne connais pas encore les mélodies. Mes sourcils se froncent, suspicieux. Qui peut bien

m’écrire, j’ignore moi-même mon numéro. Une fois le mobile dans les

mains, mes lèvres s’étirent légèrement. Évidemment, Dimitri…

« Au lieu d’épier mes employés, prépare-toi ! »

Ma tête pivote de droite à gauche pour tenter de le débusquer, en vain.

Ceci dit, il n’a pas tort. Même si je ne sais pas du tout à quelle heure

arrivera mon ennemi n°1, il est temps d’entrer dans mon personnage. Mon

cœur me martèle la poitrine dès que je pense à sa future venue. Quelle va

être ma réaction quand mes pupilles se visseront sur le visage de l’homme

que je suis censée haïr, mais dont le manque me torpille de jour en jour ?

Le dressing est si grand que je stagne à plusieurs reprises devant les

tenues de créateur hors de prix. À force de fouiner, je finis par être happée

par l’une d’elles. Une robe souple en mousseline noire qui me tombe aux

mollets en s’évasant légèrement. Ma poitrine est comprimée, ce qui sublime

mon décolleté. Elle est sobre, mais élégante, sans être trop sexy. Tout ce

qu’il me faut pour ce repas avec Dimitri. Je m’active à chercher des

escarpins à coupler avec mon uniforme de femme fatale et jette mon dévolu

sur une paire de talons aiguilles transparents. Le résultat est somptueux.

Je trouve quand même assez ironique de sauter d’une tenue de sans

domicile fixe, à une robe à plusieurs milliers de dollars en à peine quelques

heures. La vie est riche de surprises… Elles sont généralement en ma

défaveur, alors je ne vais pas m’en plaindre.

Toutefois, j’affiche une moue dubitative quand mon observation

remonte jusqu’à ma crinière peignée n’importe comment, qui contraste avec

ma tenue. Au même moment, une jeune femme que je reconnais être une

employée, glisse la tête dans ma chambre.

— Mademoiselle ? Puis-je me permettre d’entrer ? m’interroge-t-

elle. Je suis là pour vous coiffer et vous maquiller si vous le souhaitez.

Eh bien, on dirait qu’encore une fois, la chance est de mon côté.

— Oui, bien entendu, confirmé-je. Vous tombez à pic, je me demandais

justement comment dompter cette… chevelure.

Son sourire complice fait étinceler ses beaux yeux marron, avant

qu’elle prenne place derrière moi et m’invite à m’asseoir.

Une heure plus tard, le résultat est bluffant. Je remercie la jeune femme

prénommée Stella, une Américaine au service des Ivankov depuis près de

deux ans. Sa famille étant criblée de dettes, celle-ci a décidé d’entrer dans

ce milieu dangereux pour toucher de l’argent au plus vite, afin d’aider ses

parents à subvenir aux besoins de ses cinq frères et sœurs. Autrefois

étudiante en coiffure, Stella a dû se résigner à stopper sa scolarité, et bien

qu’elle soit consciente de risquer la prison ou la mort, elle se convainc que

c’est la seule solution…

Au moment où ma coiffeuse d’un soir me retourne quelques questions,

nous sommes interrompues par plusieurs coups de feu qui déchire le silence

de la nuit qui vient à peine de tomber. Stella me regarde, interdite, les mains

sur le cœur. Je partage sa sidération, mais reprends rapidement mon sang-

froid. Je lui ordonne de s’enfermer dans ma salle de bain, pendant que je

fouille la pièce à la recherche de mon iPhone flambant neuf, mais que je ne

suis pas foutue de retrouver lorsque j’en ai besoin.

La voix de Dimitri qui s’élève au rez-de-chaussée m’interpelle.

Désireuse de ne pas décéder inutilement, je n’entrouvre pas la porte de ma

chambre qui, positionnée dans la mezzanine, me permettrait d’observer ce

qui se passe dans l’entrée, mais dévoilerait ma présence si l’ennemi y était

placé. Je me contente donc de plaquer l’oreille contre le bois du battant.

— Je vois que tu es aussi heureux que moi de ces retrouvailles, persifle

Dimitri.

Mon front se plisse, j’accole plus encore mon lobe auditif qui risque

d’y laisser son empreinte.

— Tu es venu chercher quelque chose peut-être ? continue-t-il.

— Va te faire foutre, sale fils de pute, gronde une voix qui me coupe

aussitôt la circulation sanguine.

Mes jambes perchées sur des talons n’y résistent pas. Je m’abaisse

lentement vers le sol, jusqu’à ce que mes fesses percutent un peu trop

durement le tapis moquetté.

Nass est là, à quelques mètres de moi, et je ne sais pas si je vais y

survivre.

 

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