Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 9
Helena
Stupéfaite, la boîte d’une valeur de près de 2000 dollars dans les mains,
j’observe Dimitri quitter l’espace sans un mot. Je me demande pour quelle
raison il me gâte autant. Enfin, peut-être n’a-t-il pas l’impression de le faire,
après tout, c’est sûrement une somme tout à fait dérisoire à ses yeux. Peu
importe, car même si je suis heureuse d’avoir de nouveau un moyen de
communication avec le monde extérieur, pour le moment, l’unique objet de
mes pensées est la personne qui accapare tout mon univers.
Dimitri a vu juste, j’ai envie de le faire payer. Je veux qu’il souffre
comme je souffre, si seulement c’est possible. J’ignore s’il m’aime, mais
une chose est sûre, son besoin de contrôle et de possession est réel. Ça, ce
n’est ni fictif, ni fantasmé par mes attentes déraisonnées, ce sont les faits.
C’est donc décidé, je me laisse entraîner dans le plan de Dimitri. S’il faut en
passer par là, ne serait-ce que pour l’agacer, je prends et je compte bien
incarner mon rôle à fond. Ma facette machiavélique se réveille, cherche à
récupérer sa place trop longtemps écrasée par celle de Nass. Ce soir, je veux
distinguer la rage l’obliger à basculer du mauvais côté, l’observer se faire
détruire par la bête qu’il a créée.
Je vais tellement jouer le jeu que même Dimitri se demandera si je ne
suis pas vraiment amoureuse de lui. Oh oui, tu vas souffrir, Nass Hall. Je t’appartenais comme n’importe laquelle de tes autres putes, c’est bien
cela ? C’est ce qu’on va voir…
Je souris sournoisement en m’allongeant sur le lit.
***
Le temps ne passe pas… l’écran de mon iPhone indique 20 h 32, mais
comme je n’ai aucune précision sur l’heure à laquelle Nass est censé arriver,
je ne fais que tourner en rond. Quitter ma chambre pour déambuler à mon
gré dans la demeure d’un mafieux me paraît être une mauvaise idée, quand
bien même j’y suis invitée. Sait-on jamais si l’un des gardes me loge une
balle dans le front par erreur…
Au moment où l’envie de me promener, au moins dans le jardin, me
motive, un déluge de pluie s’abat sur nous. La frustration me fait pester
alors que je me rallonge sur le matelas king size, frappée par son confort. Je
n’ai jamais profité du luxe de dormir dans une telle literie, or ma semaine
d’errance à Jackson vaut presque d’être accueillie par Dim. Les draps en
coton soyeux me caressent la peau et menacent de m’emmener dans les bras
de Morphée. Il est temps que je me requinque.
D’un bond, j’atterris hors du lit, pour me diriger vers la porte. Il y a du
ramdam derrière le mur. Je tends le cou pour tenter d’observer les hommes
qui parlent fort dans un dialecte russe que je ne saisis pas, et me fais
remarquer par les domestiques composés presque uniquement de femmes
sillonnant les lieux avec entrain. L’une d’elles arrive d’ailleurs vers moi,
avant de s’incliner poliment, puis de me saluer.
— Bonsoir, mademoiselle Spencer.
J’ai à peine le temps de murmurer une réponse qu’elle poursuit sa
route, les bras chargés de draps et de serviettes. Je m’apprête enfin à quitter
ma tanière pour m’aventurer sur cette nouvelle terre quand le bip de mon
téléphone me fait sursauter. Je virevolte vers l’appareil dont je ne connais pas encore les mélodies. Mes sourcils se froncent, suspicieux. Qui peut bien
m’écrire, j’ignore moi-même mon numéro. Une fois le mobile dans les
mains, mes lèvres s’étirent légèrement. Évidemment, Dimitri…
« Au lieu d’épier mes employés, prépare-toi ! »
Ma tête pivote de droite à gauche pour tenter de le débusquer, en vain.
Ceci dit, il n’a pas tort. Même si je ne sais pas du tout à quelle heure
arrivera mon ennemi n°1, il est temps d’entrer dans mon personnage. Mon
cœur me martèle la poitrine dès que je pense à sa future venue. Quelle va
être ma réaction quand mes pupilles se visseront sur le visage de l’homme
que je suis censée haïr, mais dont le manque me torpille de jour en jour ?
Le dressing est si grand que je stagne à plusieurs reprises devant les
tenues de créateur hors de prix. À force de fouiner, je finis par être happée
par l’une d’elles. Une robe souple en mousseline noire qui me tombe aux
mollets en s’évasant légèrement. Ma poitrine est comprimée, ce qui sublime
mon décolleté. Elle est sobre, mais élégante, sans être trop sexy. Tout ce
qu’il me faut pour ce repas avec Dimitri. Je m’active à chercher des
escarpins à coupler avec mon uniforme de femme fatale et jette mon dévolu
sur une paire de talons aiguilles transparents. Le résultat est somptueux.
Je trouve quand même assez ironique de sauter d’une tenue de sans
domicile fixe, à une robe à plusieurs milliers de dollars en à peine quelques
heures. La vie est riche de surprises… Elles sont généralement en ma
défaveur, alors je ne vais pas m’en plaindre.
Toutefois, j’affiche une moue dubitative quand mon observation
remonte jusqu’à ma crinière peignée n’importe comment, qui contraste avec
ma tenue. Au même moment, une jeune femme que je reconnais être une
employée, glisse la tête dans ma chambre.
— Mademoiselle ? Puis-je me permettre d’entrer ? m’interroge-t-
elle. Je suis là pour vous coiffer et vous maquiller si vous le souhaitez.
Eh bien, on dirait qu’encore une fois, la chance est de mon côté.
— Oui, bien entendu, confirmé-je. Vous tombez à pic, je me demandais
justement comment dompter cette… chevelure.
Son sourire complice fait étinceler ses beaux yeux marron, avant
qu’elle prenne place derrière moi et m’invite à m’asseoir.
Une heure plus tard, le résultat est bluffant. Je remercie la jeune femme
prénommée Stella, une Américaine au service des Ivankov depuis près de
deux ans. Sa famille étant criblée de dettes, celle-ci a décidé d’entrer dans
ce milieu dangereux pour toucher de l’argent au plus vite, afin d’aider ses
parents à subvenir aux besoins de ses cinq frères et sœurs. Autrefois
étudiante en coiffure, Stella a dû se résigner à stopper sa scolarité, et bien
qu’elle soit consciente de risquer la prison ou la mort, elle se convainc que
c’est la seule solution…
Au moment où ma coiffeuse d’un soir me retourne quelques questions,
nous sommes interrompues par plusieurs coups de feu qui déchire le silence
de la nuit qui vient à peine de tomber. Stella me regarde, interdite, les mains
sur le cœur. Je partage sa sidération, mais reprends rapidement mon sang-
froid. Je lui ordonne de s’enfermer dans ma salle de bain, pendant que je
fouille la pièce à la recherche de mon iPhone flambant neuf, mais que je ne
suis pas foutue de retrouver lorsque j’en ai besoin.
La voix de Dimitri qui s’élève au rez-de-chaussée m’interpelle.
Désireuse de ne pas décéder inutilement, je n’entrouvre pas la porte de ma
chambre qui, positionnée dans la mezzanine, me permettrait d’observer ce
qui se passe dans l’entrée, mais dévoilerait ma présence si l’ennemi y était
placé. Je me contente donc de plaquer l’oreille contre le bois du battant.
— Je vois que tu es aussi heureux que moi de ces retrouvailles, persifle
Dimitri.
Mon front se plisse, j’accole plus encore mon lobe auditif qui risque
d’y laisser son empreinte.
— Tu es venu chercher quelque chose peut-être ? continue-t-il.
— Va te faire foutre, sale fils de pute, gronde une voix qui me coupe
aussitôt la circulation sanguine.
Mes jambes perchées sur des talons n’y résistent pas. Je m’abaisse
lentement vers le sol, jusqu’à ce que mes fesses percutent un peu trop
durement le tapis moquetté.
Nass est là, à quelques mètres de moi, et je ne sais pas si je vais y
survivre.
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