Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Joyce Kitten · Chapitre 48 sur 59

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Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Chapitre 45

Dimitri

 

Overdose - Grandson

 

Pour dire vrai, il n’y a pas que de moi dont Nass était très proche.

D’autres êtres vivants avaient ce privilège. Les animaux. J’ignore pourquoi

ils avaient tant d’importance pour lui, mais c’était un fait établi. Il passait le

peu de son temps libre à s’occuper de la chienne de Borya, Maika, ou à

soigner les bêtes blessées du domaine. Je ne compte plus les fois où il a

ramené des chatons, des oiseaux ou encore des lapins dans notre chambre.

Petit, quand nous n’avions pas l’autorisation de dormir ensemble, je le

découvrais régulièrement en train de cacher une boîte sous son lit, pensant

qu’un adulte allait le surprendre. Cette lubie est l’unique tare qui rendait le

parrain nerveux à propos de son garçon adoptif. Il ne supportait pas cette

faiblesse ridicule. Le fils prodigue s’était pourtant pris d’énormes branlées

quand l’un des hommes le trouvait avec animal errant. Quant à moi, même

si je ne cherchais pas à les blesser volontairement, je n’ai jamais été un

amoureux de la faune sauvage.

Bien entendu, mon cousin n’a jamais accepté de se rendre à la chasse.

Je crois que c’est le seul ordre qu’il a refusé. Cela me galvanisait, car c’était

le moment où je pouvais enfin briller par ma présence, libéré du joug du

poulain chéri. Toutefois, bien que mes talents de prédateur étaient

remarquables pour mon jeune âge, cela n’a pas suffi à provoquer l’intérêt du chef de réseau. Nass a fini par comprendre qu’il était trop risqué pour lui

de continuer à jouer les protecteurs animaliers et s’est donc concentré sur

Maika, avec qui il a construit une interaction fusionnelle. La chienne lui

obéissait au doigt et à l’œil sous le regard morne de son réel propriétaire,

qui n’intervenait pas pour s’opposer à cette connexion particulière.

À présent, je réalise que mon besoin d’amour et d’attention filial a pesé

sur la balance dans la destruction de mon lien fraternel avec mon compère.

Si le temps était une machine dont les rouages pouvaient être inversés à tout

instant, je le ferais sans hésitation, quoi que cela puisse causer comme faille

spatio-temporelle. Si du haut de mes 32 ans, il m’était possible de parler au

jeune garçon de 12 qui s’apprêtait à bousiller la seule relation sincère de sa

vie, je lui hurlerais d’arrêter et d’encaisser l’humiliation du rejet des

adultes, puisqu’elle ne durerait pas. Je lui soufflerais qu’un jour il serait

majeur et, qu’à ce moment-là, plus personne ne s’y risquerait.

Malheureusement, c’est irréalisable. Je peux juste constater le sinistre effet

papillon qu’une décision prise il y a vingt ans a provoqué, et observer le

canon rutilant de l’arme de mon ancien frère prêt à expulser la mort sur son

sillage, alors que je n’ai presque plus envie de le stopper.

***

Dimitri, 12 ans.

 

J’y ai réfléchi toute la nuit et suis prêt à mettre mon plan en action.

Tout ceci n’est pas contre Nass, que j’aime sincèrement. Je me promets de

lui expliquer dès qu’il ne sera plus fâché. Si un jour il ne l’est plus…

Je veux juste rééquilibrer les choses, et que mon cousin soit un peu

moins adulé, afin de l’être plus en retour. Avec le temps, j’ai fini par penser

que c’était une bonne idée, puisque de toute façon Nass refuse tout ça. Il

rejette cet amour qu’on lui offre avec exubérance, et repousse leur affection alors que moi, j’en crève la bouche ouverte. Je suis convaincu qu’il me

remerciera de l’avoir extirpé des pattes trop collantes de Borya. Si le chien

disparaît, Nass accusera forcément le parrain puisqu’il le menace souvent

de mettre un terme à sa lubie ridicule. Suite à ça, je sais que mon cousin se

rebellera et deviendra ingérable.

À l’aube, je décide d’agir, pour mon propre bien, pour ne pas étouffer

par manque d’oxygène. Si je ne trouve pas une solution pour séparer Borya

de Nass, je n’y survivrai pas. Il n’y a rien de pire que d’être transparent ou

de n’être appelé que dans le but d’être roué de coups. Tant de fois j’ai tenté

de me contenter de Vlad, car lui me voit et m’apprécie à sa manière,

seulement, il le fait pour ma mère qu’il chérit plus que tout. Je ne suis

encore une fois qu’une ombre à travers le corps d’une autre, en

l’occurrence, le concernant, celui de ma génitrice. Mon oncle ne m’aime

pas pour ce que je suis, juste pour qui je suis.

Sur la pointe des pieds, le cœur tambourinant dans ma poitrine, je me

fraie un chemin hors de mon lit. Je jette un coup d’œil par-dessus mon

épaule pour apercevoir le visage de mon cousin assoupi. J’hésite un

instant, l’estomac révulsé de remords, mais finalement, je poursuis ma route

jusqu’au chenil où dort Maika. Quand elle me voit, sa queue remue, et la

chienne accourt dans ma direction. Je lui caresse le flanc avant de

chuchoter des ordres qu’elle effectue sans rechigner.

C’est comme ça que je l’emmène vers la terrasse, puis vers le fond du

terrain.

C’est comme ça que j’exécute mon plan, que je sacrifie cet animal pour

m’assurer un destin plus glorieux.

J’aimerais tant pouvoir lui expliquer, lui dire à quel point je regrette

d’en arriver là, mais elle ne comprendrait pas et puis, de toute façon, les

choses sont ce qu’elles sont. Rien ni personne ne me le pardonnera.

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