Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 25
Helena
In For It – Tory Lanez, RL Grime
Alors que notre jouxte visuelle n’en finit plus et que seules nos
respirations trahissent notre présence dans les lieux, Nass se redresse
brusquement. Je recule par réflexe, mais ne suis pas l’objet de sa
précipitation.
— Sur ce, ma puce, mon épouse a besoin de moi, déclare-t-il, avant de
tourner les talons.
Je ne relève pas à quel point « ma puce » et « mon épouse » dans
une même phrase sont scandaleusement paradoxal et le laisse partir. Enfin,
un soupir de soulagement m’échappe, enfin mes épaules s’affaissent, enfin
je peux faire tomber le masque, me retrouvant seule à cette table.
D’un regard, je balaie les membres des BM et mes yeux accrochent
ceux de Jay qu’encore une fois, je n’avais pas aperçu. On peut dire qu’il est
doué pour la discrétion. Ses billes noires me transpercent sans amabilité.
Perplexe, je n’ai pas le temps d’approfondir notre échange, que Dimitri
revient dans la pièce d’un pas vif, s’installe à mes côtés et m’observe
étrangement.
— Où est Nass ?
La pulpe de mes doigts triture la nappe avant que je ne souffle de
lassitude.
— Je n’en sais rien et, franchement, je m’en fous. Est-ce qu’on peut
manger rapidement et quitter cet endroit au plus vite ? Je n’aime pas la
tournure que prend cette soirée.
Je profite du corps imposant de Dimitri qui me cache de la vue des BM
pour vider mon verre de vin dans le sien. Il se contente de m’observer
trafiquer les apparences avant de me répondre.
— Quelle tournure ? L’annonce du mariage de Nass ? En parlant de
nouvelle inattendue, tu ne crois pas que ce serait le moment idéal pour lui
dévoiler le petit secret que tu dissimules dans ton utérus ?
Il chuchote la dernière phrase, pourtant le sang afflux à une vitesse
faramineuse dans mes pommettes. Mes entrailles me percutent le thorax
avant que j’appuie la main sur ses lèvres. Ce geste puéril provoque son
recul, puis il chasse mon avant-bras d’une tape, mais cela a au moins le
mérite de le dérider. Retrouver son expression moqueuse me procure un
réconfort dont je ne pensais pas manquer à ce point. Il arque un sourcil
interrogatif qui me fait glousser, mais notre complicité est interrompue par
le serveur qui apporte les entrées. Cependant, le propriétaire des lieux et
son… épouse brillent par leur absence. Cette situation non conventionnelle
est gênante.
— Monsieur Hall m’a autorisé à vous servir, explique l’employé. Il a
également demandé à Melle Sandler de monter à l’étage.
Je tique à mon réel nom de jeune fille, en me mordant les joues à cause
du trouble que cela me provoque. Mon nom d’emprunt n’aura pas fait long
feu, toutefois, je remarque qu’il ne m’en a jamais porté rigueur, du moins
pas encore.
— Hors de question, tranche Dimitri, en levant son verre pour le
terminer d’une traite.
Je l’observe à la dérobée, perturbée malgré tout par la requête du
propriétaire. Si Nass est effectivement avec Célia, quel intérêt de demander
à ce que je me rende à l’étage ? Cela doit avoir un sens dans sa partie
d’échecs. Je dois monter pour découvrir son déplacement sur l’échiquier.
Dimitri n’est ni mon père ni mon mari, alors je l’ignore et quitte la table, ce
qui provoque aussitôt sa réaction.
— Où tu vas ? gronde-t-il, soudain aussi impressionnant que lorsque
je l’ai vu s’adresser à ses hommes dans ses mauvais jours.
Je hausse les épaules en le toisant avec sérieux.
— Voir ce que ton cousin fabrique, parce que si tu penses qu’on pourra
sortir d’ici, sans qu’il ait joué avec nous, tu te fourvoies. Plus vite il aura eu
gain de cause, plus vite on rentrera à Chicago. Crois-moi, je ne demande
que ça.
Je n’attends pas qu’il réponde, je me dirige déjà vers la porte, en
entendant au loin Dimitri ordonner à l’un de ses hommes de me suivre. Je
ne conteste pas, suis même tranquillisée d’avoir un allié au cas où je suis en
train de foncer droit dans la gueule du loup. Ce que je fais précisément pour
finir…
L’ascension me rappelle des souvenirs d’un autre temps. Ce dernier
s’étiole, s’effrite pendant que je gravis les escaliers. Comme lors de cette
fameuse nuit, je suis suivie de près par un homme qui, cette fois, ne me veut
aucun mal, au contraire, il assure mes arrières.
Je réalise à quel point ma vie a changé en si peu de mois. Je dois faire
honneur à Dimitri, à son instruction, à ce que j’ai vécu après mon exil et qui
m’a rendue plus forte que je l’étais avant. Peu importe ce que je découvrirais à l’étage, peu importe le plan de Nass, je dois le contrarier, le
faire flancher, l’obliger à s’adapter, le forcer à me respecter !
Je ne suis pas à la moitié du chemin que déjà je transpire, mon cœur est
si agité que c’est à se demander s’il ne va pas me lâcher d’ici peu. Pourtant,
le pauvre n’est pas au bout de ses peines, les sons de gorge qui me
parviennent intensifient son escalade de souffrance. J’ai compris de quoi il
retournait avant même de tomber sur une porte entrouverte. J’avance
prudemment alors que mes talons ne produisent plus un seul bruit sur le sol
molletonné d’une moquette fine. Le halo de lumière qui s’échappe d’une
pièce, où à l’évidence deux personnes sont occupées, m’attire contre ma
volonté.
C’est là que je le vois, après que mes pieds m’ont portée, après que
toute l’eau des glaciers s’est effondrée sur moi. C’est à ce moment que mes
prunelles croisent celles ivres d’excitation de Nass dont l’épouse, à quatre
pattes, lui prodigue ce qui semble être la meilleure pipe de sa vie. Même si
je ne le veux pas, le parallèle avec ses réactions lorsque nous étions en plein
acte sexuel s’impose à mon souvenir. Je fixe l’ébat qui se déroule sous mes
yeux qui se tétanisent dans ceux de mon ex-bourreau.
La jolie brune prend un malin plaisir à m’éviscérer vivante, pendant
qu’elle lèche avec une sensualité exacerbée le gland de son mari. J’ai
conscience qu’elle ne le fait pas dans le but de me faire souffrir puisqu’elle
ne m’a pas remarquée. Seul Nass me sait présente, alors que ses billes
azurées s’ancrent si profondément en moi qu’il m’est presque possible de
les sentir m’envahir à l’image de filaments mortels prenant possession de
mon être. Il rejette la tête en arrière sans interrompre notre lien, suffoquant
d’une extase dont je ne suis pas à l’initiative. Mais au moment où il imagine
me détruire, m’immoler d’une souffrance insupportable, je ne lui offre que
mon indifférence et ma froideur, m’autorisant même à entrer dans la pièce. Pour achever mon apparition, je claque la porte derrière moi, mettant le
garde hors d’état d’intervenir par la même occasion.
Célia s’arrête et se retourne brusquement, surprise, limite apeurée.
Quand elle me découvre là, la colère broie ses traits et elle interroge Nass
du regard. Ce dernier lui prête brièvement son attention avant de la reporter
sur moi. Ses iris brillent d’une malice sans fond. Ma réaction lui plaît et je
refoule un grognement de frustration. Je jure devant Dieu qu’il ne verra pas
une once du tumulte intérieur qui me vaporise.
— Continue, ordonne-t-il sèchement à son épouse.
La jeune mariée hésite, mais il lui agrippe les cheveux pour la diriger
de nouveau vers son phallus dressé. Elle reprend, mais si ses mots ne le
disent pas, son corps contracté exprime toute la révulsion qu’elle éprouve à
cet instant. L’érotisme du moment a disparu pour laisser place à un acte
purement sexuel, limite pervers. Toutefois, cela n’a pas l’air de déranger le
principal concerné qui, sans arrêter de me sonder, pousse de violents coups
de boutoir dans la mâchoire de sa partenaire. Mon masque de froideur est à
l’opposé de la lave qui se faufile dans mon réseau sanguin, transformant en
cendres la moindre veine parcourue. C’est si douloureux d’assister à cette
scène que je dois sans cesse me rappeler pour quelle raison je me l’inflige.
Ses pupilles brillent d’un nouvel éclat depuis que je suis présente,
d’ailleurs, ça ne fait pas deux minutes que nous nous observons qu’il est
déjà au bord de la jouissance. Comme pour confirmer mes dires, il pousse
un râle de plaisir guttural avant d’entourer le visage de la jeune femme de
ses mains, la forçant à accueillir sa semence en bouche.
Alors qu’il imagine sûrement que cette scène va soit me gêner, soit
m’outrer, je me contente d’applaudir avant de lui adresser mon sourire le
plus cinglant, pendant que la pauvre Célia tousse et crache sur le sol, les
paumes sur son estomac qu’elle doit mourir d’envie de vider.
— Charmante manière de traiter son épouse, Nass. Je ne manquerais
pas de donner quelques-unes de mes exigences en la matière à Dimitri.
Bien qu’il tente de le cacher, ses contractures me prouvent que je
touche au bon endroit, alors j’insiste.
— Finalement, je ne peux que te remercier de m’avoir sortie de ta vie.
Je n’ose imaginer l’existence que tu m’aurais offerte.
Son air triomphant s’étiole, et une haine viscérale prend place sur son
visage. Ses muscles tendent sa veste de costume qui, je m’en rends compte
à présent, est boutonnée. Je ne l’ai vu jamais habillé de cette façon,
normalement sa chemise apparaît toujours, mais je n’ai pas le temps de me
questionner plus à ce sujet, car il réplique, et pas de la moins forte des
manières.
— T’imagines-tu un instant que j’aurais pu t’épouser, toi ? crache-t-il
d’un ton trop acerbe pour être honnête. Le déchet ambulant de Memphis,
juste bonne à racoler au coin des rues et à se faire ramasser par le premier
venu ? Une chance que le premier venu ait été Dimitri. Ça doit te changer
d’avoir le cul propre plus d’une fois par semaine. Qui pourrait avoir envie
de toi, hormis pour se vider les couilles ?
Malgré leur violence, ses mots ne m’atteignent pas, redoublent même
mon sourire victorieux. Il faut croire que j’ai tapé dans le mille.
Je hausse les sourcils d’un air de défi, puis tourne les talons avec
calme. Je marche tranquillement et rejoins la salle à manger avec
l’assurance que le roi Nass n’est plus aussi intouchable qu’il le souhaiterait.
Dimitri est debout, à faire les cent pas. Quand il me voit revenir, il
m’inspecte de la tête aux pieds, se demandant sûrement si j’ai été victime
de violences physiques ou sexuelles.
— Il ne s’est rien passé d’extraordinaire, le rassuré-je. Je peux juste te
dire que cette manche, c’est moi qui l’aie remportée.
Il plisse le front sous ma réplique énigmatique, mais je ne prends pas la
peine d’en dire plus et quand bien même je le voudrais, je n’en aurais pas
l’opportunité puisque Nass débarque, à moitié débraillé, ce qui ne lui
ressemble pas du tout. Son pantalon est froissé et un bout de sa chemise est
en dehors de sa ceinture. Seule sa veste de costume reste en place,
camouflant toujours l’intégralité de sa chemise. Ses cheveux sont décoiffés,
signe qu’il y a passé la main à plusieurs reprises ou que Célia s’est battue
avec lui juste après mon départ.
La musculature de Dimitri se contracte sitôt son cousin de nouveau
face à nous. Leur haine réciproque m’inquiète, car il n’est pas prévu que ce
repas tourne en bain de sang. Loin de l’avoir détendu, la fellation à l’air
d’avoir au contraire transformé notre hôte, qui va bientôt assister à ma
réponse à son attaque. Je compte bien profiter du pouvoir que Dimitri
m’octroie par sa seule présence à mes côtés. Je ne vis plus dans un
appartement miteux, sous le joug d’un gérant de supérette névrosé, comme
me l’a si justement fait remarquer Nass. Maintenant, j’ai des armes pour
riposter, j’ai hâte de les utiliser.
OceanofPDF.com