Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 47
Nass
— Je suis enceinte. Je suis enceinte de toi, Nass.
La détonation de sa phrase explose, au moment où ma main armée
tremble pour la première fois devant un ennemi. Et pas n’importe lequel. Je
commets l’erreur de baisser ma garde une microseconde, secoué par cette
annonce. Évidemment, Dimitri en profite pour m’envoyer dans le bras un
crochet d’une telle puissance que je lâche le flingue qui valdingue à travers
la pièce. Aussitôt, son canon vient se plaquer contre mon front. Il ne tirera
pas. Sinon, ce serait déjà fait. Par contre, vu le manque d’étonnement dans
ses pupilles, lui était au courant…
Mes pulsations cardiaques se désaccordent pendant que ma colère
prend un autre tournant. Avec la même rapidité que mon adversaire, je lui
décoche un coup de boule qui lui explose le nez. Il grogne, mais n’abaisse
pas son arme, plus malin que je l’ai été il y a quelques instants.
— Arrêtez, s’il vous plaît, souffle Helena avec lassitude.
Je ne la regarde pas, mais elle serait occupée à se vernir les doigts de la
main que ça ne me surprendrait pas, vu la désinvolture dont elle fait preuve pour nous séparer. On la croirait habituée à nos frasques de violence. Je
suppose que c’est le cas.
— Tu devrais parler avec ta femme, elle a des choses à t’apprendre
apparemment, murmure Dimitri d’une voix déformée par sa cloison natale
déviée. Mais je te répète ce que je viens de lui dire. Si elle souhaite rentrer
avec moi ensuite, je la ramène et je te conseille de ne pas t’y opposer si tu
ne veux pas que j’enclenche les réelles hostilités.
Une guerre, voilà de quoi il me menace. Une vraie. C’est-à-dire que la
mafia russe me tombera dessus. Même s’il n’en est pas loin, il n’est pas
encore le dirigeant du réseau. Je ne vois ni Vlad, encore moins Borya,
autoriser ça, surtout pour une femme. Il bluffe.
— Tu ne m’en crois pas capable, si j’en juge ton petit sourire en coin,
mais essaie de m’empêcher de la récupérer et tu verras.
— Ferme ta gueule et dégage de ma maison.
Il braque son regard sur mon épouse, je me contiens pour ne pas lui
fracasser le crâne contre le sol. Je dois retenir mes ardeurs, car bien qu’il
tente un coup de poker, il a forcément quelques cartes à son avantage dont
j’ignore la force. Nous sommes de la même trempe. Je dois anticiper le pire
pour me préparer au mieux à sa future attaque.
— Dé-ga-ge.
Un sourire malicieux aux lèvres qui dégoulinent de sang, il abdique en
abaissant son arme pour prendre la direction de la cuisine, puis de la sortie.
Je m’appuie sur le mur des deux paumes, puis penche la tête vers le sol
pour faire redescendre la tension qui va obligatoirement déborder sur
l’unique autre personne présente. Je vais la tuer. Plus que jamais, j’ai envie
de poser les mains autour de son cou frêle et de le serrer jusqu’à sentir ses
cervicales craqueler. Je veux la broyer. Détruire en même temps que ses os,
la relation qu’elle a tissée avec mon cousin et qu’elle n’a pas avec moi. Ils étaient seuls dans cette pièce, sous mon propre toit. Comment a-t-elle osé ?
Je me dirige vers mon arme, la tête toujours baissée. Quand je la ramasse,
ma part sombre hurle de percer son corps sublime de tout mon chargeur.
Son sang doit couler pour abreuver ma soif de vengeance. J’exige qu’elle
souffre autant que moi lorsque je les ai vus sur les caméras de surveillance.
Je veux qu’elle ait le même pic d’adrénaline que le mien, au volant de ma
Porsche qui flirtait avec les 200 km pour revenir sur mes pas et les séparer
de la meilleure manière que je connaisse : la mort.
Je l’aurais fait. Rien ni personne n’aurait pu me raisonner. Si elle ne
peut pas être entièrement à moi, si elle ne m’appartient pas, corps et âme,
alors elle ne sera à personne d’autre. Mais elle a lancé la riposte. Une
riposte composée de lettres plus puissantes qu’une bombe nucléaire. Trois
petits mots qui ont foutu un bordel monstre dans mes tripes. Une phrase que
je n’aurais pas pensé entendre un jour, puisqu’en temps normal, je ne
l’aurais pas permis.
Elle est enceinte. Elle porte ma descendance.
Je fixe l’arme censée résoudre un milliard de problèmes, mais qui
pourtant me semble inutilisable au moment où j’en ai le plus besoin. Le
silence qui nous enveloppe m’aide à me concentrer, à faire le vide. Mon
épouse me connaît mieux que je le pensais. Elle sait comment agir face à
ma férocité. Mon inhumanité a trouvé écho dans la sienne, et nos deux
parties obscures se parlent dans un dialecte qui leur est propre.
— Depuis quand ? craché-je finalement en daignant plonger mes iris
dans les siens.
— Quatre mois, répond-elle calmement.
D’un rapide calcul, je remonte le temps et saisis qu’elle a dû tomber
enceinte peu avant que je la bannisse. Au moment où elle m’a avoué ses
sentiments. Ce soir où j’ai assassiné une cinquantaine de personnes par pure folie passionnelle. Elle devait déjà porter mon enfant quand elle se
trémoussait dans les bras de ce salopard, alors rien que pour ça, je ne
regrette pas une seconde ce que j’ai fait.
— Dimitri le savait ?
Ma voix trahit ma fureur sous-jacente. À sa place, je mentirais.
— Oui, avoue-t-elle d’un ton assuré.
— Je vais le tuer, Helena, annoncé-je en secouant la tête d’un air
affligé. Je vais le rejoindre et lui tirer une balle dans le crâne, en provoquant
par la même occasion une guerre sans précédent.
Sur ces mots, je me dirige vers la sortie, le cerveau complètement
déconnecté de la réalité. Il est temps. L’un de nous deux doit survivre à la
mort de l’autre. Un corps s’interpose. Des mains se posent sur mon torse,
me causant une brûlure sur l’épiderme qui déclenche une réaction de rejet
immédiat. Au moment où je lève le poing pour frapper, sa présence me
revient, et je discerne le visage d’Helena face à moi. Aussitôt, l’intense
sensation de dégoût disparaît au profit d’une autre bien plus agréable,
qu’elle seule est capable de générer. Je hais plus que tout le pouvoir qu’elle
exerce sur moi. J’aimerais détruire le plaisir que je ressens à son contact,
sauf que je n’ai aucune idée de la façon de procéder pour réaliser ce
miracle. Néanmoins, je vire ses mains d’un geste du bras, puis reprends ma
route vers ma future victime. Elle ne lâche pas l’affaire, et agrippe ma
chemise, ce qui ne me ralentit pas une seconde.
— S’il te plaît, ne fais pas ça. Nous n’avons jamais couché ensemble
lorsque je vivais chez lui. Je te le jure.
— Rien à foutre, dis-je en quittant la cuisine, ma jolie brune sur les
talons.
— Arrête, Nass, je t’en supplie. Je ferai n’importe quoi. Tout ce que tu
veux, mais ne le tues pas.
Je m’immobilise et entends à son soupir qu’elle en est soulagée.
Toutefois, quand je me retourne, son apaisement s’évapore comme une eau
sous 90 degrés.
Avec une lenteur calculée, je lui tends mon arme.
— Tout ce que je veux, n’est-ce pas ?
Son regard empreint d’incompréhension et d’angoisse fait enfler ma
queue.
— Tue-le. Va dehors et tue-le.
Son visage se secoue frénétiquement pendant que ses yeux
s’écarquillent.
— Non, non, tout, mais pas ça.
— Tu te dégonfles ? susurré-je en la poussant vers le mur le plus
proche.
Complètement déboussolée, elle recule, ce qu’elle n’avait pas fait
depuis longtemps. Quand son dos heurte la cloison, sa respiration
s’intensifie.
— Tu croyais quoi ? Que j’allais te proposer de me sucer la bite en
échange de la vie de Dimitri ? Tu pensais que ça suffirait à éteindre le
putain d’incendie que vous avez allumé ?
Mes lèvres se rapprochent de la peau tendre de son cou. J’inspire à
plein nez son odeur unique qui m’enivre.
— Imagines-tu avoir ce pouvoir ? Crois-tu que ta petite chatte ou ta
jolie bouche puisse me détourner de mes pulsions animales ? D’ailleurs,
Dimitri ne sera pas le seul à payer pour tout ça. Fais-moi confiance, ma
chérie.
Mais alors que j’appuie le révolver contre l’abdomen qui protège mon
gosse, la porte d’entrée s’ouvre derrière nous. Je pivote le canon vers
l’intrus.
— Nass, putain c’est quoi ce bordel ? s’insurge Vlad que je ne suis
pas surpris de voir. Baisse ton arme, merde, et explique-moi pourquoi une
guerre est sur le point d’éclater et de faire cramer nos deux réseaux.
Il me tient également en joug. Le Russe est furieux, mais pas autant
que moi.
— Va te faire foutre, je n’ai rien à te dire. Ramène ta raclure de neveu
ici, s’il ne veut pas que je lui explose le crâne devant tous ses hommes.
Vlad n’a pas besoin de répondre à mes attentes puisque le principal
concerné entre à son tour, son 9 mm au poing. Alors que je l’imite, mon
oncle s’interpose, le visage déformé par une haine que je ne lui ai jamais
vue. Tant d’armes dressées, tant d’individus redoutables dans une même
pièce dont deux contre moi. Ma bite n’en finit plus de durcir. J’ai rarement
été si excité. La vengeance et l’adrénaline sont les plus puissantes drogues
du monde.
— Ty ne zainteresovan v etom Nass, ya ne shuchu.[14]
— Otoydite, yesli ne khotite, chtoby pulya pronzila vashe telo do
popadaniya.[15]
— Mais putain vous étiez comme des frères et regardez-vous
maintenant, prêt à vous descendre pour une gonzesse.
Mon œillade mauvaise se plante dans ses iris.
— Ça n’a rien à voir avec elle. Helena est juste le point final de toute
cette histoire. Il va crever aujourd’hui pour payer sa dette.
— Mais de quelle dette tu parles ? interroge-t-il avec une véhémence
digne de son rang.
— Celle de Maika, crache Dimitri.
Parfait. Il n’a rien oublié de la genèse de notre haine commune. Ma
chienne à qui il a ôté la vie avec cruauté, déclarant par cet acte sa position
d’ennemi. Il était loin d’imaginer à quel point ma rancune serait tenace. Je ne pouvais pas le tuer plus jeune à cause de mon entourage, mais à présent,
je me contrefous de m’opposer à eux. S’ils veulent déclencher les hostilités
pour la perte de l’un de leurs dirigeants, qu’ils le fassent. Je saurai être à la
hauteur de ce nouveau combat.
Cependant, je grimace. Un flash des mots d’Helena court-circuite mes
pensées pour me rappeler que la vie de ma progéniture est en jeu et, pendant
un quart de seconde, j’hésite, avant de me reprendre puis de chasser cette
faiblesse de ma conscience.
— Qui c’est ça, Maika ? réplique Vlad, un air perplexe sur le visage.
— La chienne de Borya que Nass considérait comme sienne et que
j’ai… tuée.
Ma respiration se soulève, et mon index se contracte dangereusement
sur la détente. Mais alors que c’est totalement inadapté à la situation, Vlad
explose d’un rire dédaigneux.
— Ah oui, je me souviens de cette histoire. Ne me faites pas croire que
tout vient de là ?
Comme ni moi ni son autre neveu ne répondons, le sourire de Vlad
s’affaisse pour se transformer en un rictus de sidération.
— Bozhe moy, eto nevozmozhno.[16]
Le mafieux baisse son arme qu’il range dans son holster en observant
le sol à ses pieds. D’une main, il se frotte le visage.
— Ce n’est pas Dimitri qui a tué le chien.
Qu’il aille se faire foutre avec ses bobards à deux balles. J’étais là, j’ai
vu la hache pleine de sang encore tiède entre les doigts de Dimitri. Les traits
hagards de ce dernier, sidéré que je surprenne sa trahison. J’étais présent.
Lui, non.
— Ta gueu…
— C’était Borya, me coupe-t-il
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