Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 36
Nass
Omens – UNSECRET, Neoni
Je me marre sous le jet d’eau en l’entendant pester des paroles
incompréhensibles dans ma chambre. Mais tout à coup, elles sont bien plus
distinctes puisque le son me parvient juste dans le dos.
— Je ne t’épouserai pas, gronde-t-elle. T’es devenu complètement fou
ou quoi ?
Lentement, je pivote vers elle, ruisselant de gel douche que je frotte
énergiquement en la toisant.
— Je ne pensais pas avoir besoin de te préciser que tu n’as pas le choix.
— Et moi, je ne pensais pas avoir besoin de te préciser que pour qu’un
mariage soit validé, il faut que les deux parties répondent « oui ».
Nous y voilà. Je jette le front sous l’eau qui m’éclabousse, puis rince le
savon de mon cuir chevelu.
Mon visage ruisselle encore alors qu’un sourire carnassier m’étire les
lèvres avec la même énergie que ma gaule qui se réveille. Cette ardeur
sexuelle qui me parcourt à cause d’elle m’agace autant qu’elle m’embrase.
Helena possède un contrôle sur cette partie de moi qui ne réagit plus que sous ses ordres, et c’est inacceptable. Je serais tenté d’en baiser une autre,
juste pour me prouver qu’elle n’est pas la seule à me faire cet effet, si je ne
savais pas cette technique vaine, pour l’avoir déjà expérimentée par le
passé. Emy pourrait en témoigner si elle était toujours en vie. Je chasse mes
pensées qui restent toutefois visibles… Ma fiancée baisse les yeux une
demi-seconde vers mon entrejambe et les relève, l’expression
indéchiffrable, comme si elle n’était ni gênée ni excitée.
Ah, bien sûr, ce mariage qui la contrarie…
— Tu diras oui, tranché-je d’un ton qui ne consent aucune contestation.
Ses sourcils se haussent, avant qu’un rictus dédaigneux torde son joli
minois.
— Ah, oui ?
— Tiens, tu vois… maintenant que les répétitions sont faites, retourne
dans ta chambre, on t’apportera de quoi te préparer.
Sa main fend l’air, franchit la barrière de la pluie tiède qui continue sa
déferlante, pour venir se poser sur mon cou. Elle met toute sa force pour me
repousser contre la faïence, mouillant sa nuisette satinée. Je laisse sa poigne
tenter de m’écraser la trachée, mais ses ongles dans ma peau sonnent
comme un délicieux supplice. Son visage s’approche tout près du mien, ses
lèvres atterrissent sur ma bouche, puis elle m’embrasse avec une rage non
dissimulée.
— Je-ne-t-épouserai-pas, articule-t-elle à deux centimètres de ma
mâchoire.
D’un geste du coude, je la renverse sur le côté, pour la rattraper aussitôt
qu’elle chute. J’entrave ses bras d’une poigne puissante, mais contrôlée, et
la plaque brutalement.
— Tu le feras pour les mêmes raisons que tu n’es pas retournée avec
Dimitri. Il y aurait trop de morts en jeu, tu le sais aussi bien que moi.
Le tissu qui la couvrait ne cache plus rien de sa nudité, c’est pourquoi
quand elle éclate de rire, j’ai une vue plongeante sur sa poitrine qui se
balance, me narguant de ne pas l’avoir en bouche. Je me fais violence pour
ne pas déraper et esquiver cette conversation capitale pour la suite des
évènements.
— Je ne sais pas pour quelle raison je suis étonnée. Mais je te plains.
Tu vas te marier à nouveau, et sur ces deux fois, les épouses ont été
menacées pour accepter de s’unir à toi. Triste constat.
À mon tour de ricaner.
— Essaies-tu de me blesser dans mon orgueil ? Je vais te confier un
truc : je n’en ai rien à branler que ni toi ni Célia n’ayez eu envie de ces
mariages. Les moyens ne comptent pas pour obtenir ce que je veux et
aujourd’hui ce que je veux, c’est toi, bébé.
Je susurre ma dernière phrase avec une sournoiserie qui achève de la
faire disjoncter. Mes phalanges caressent la peau mouillée de son visage qui
se tord sous la rage. Elle repousse ma main d’une tape, avant de s’échapper
de mon emprise et de quitter la chambre, en claquant la porte.
***
Il s’est passé plus de deux heures avant que l’homme de loi sonne au
portail. Aussitôt, j’enjoins qu’on aille lui ouvrir, puis le fouiller. Je cache
mon impatience, mais les signaux facials de mon agacement me trahissent.
Je hurle des ordres à tout bout de champ et ma cravate me semble tout à
coup trop serrée. Rien ne doit perturber la signature de ce précieux contrat
glissé dans la mallette de mon « invité ».
Plusieurs de mes employées féminines s’occupent de la future mariée
et veillent surtout à ce qu’elle ne s’échappe pas. Pas encore. Dès qu’elle se
nommera Hall, elle ne sera de toute façon plus jamais libre. Peu importe où elle ira, peu importe ce qu’elle fera, mon nom la suivra comme son ombre
pour la rapatrier près de moi quand je le souhaiterai.
Le téléphone greffé à la main, je vérifie régulièrement que tout est sous
contrôle du côté de la demoiselle.
— Monsieur Hall, me salue le maire corrompu.
— Monsieur Stanfort. J’espère que tous les documents sont bien prêts
et officiels cette fois-ci.
Ses paupières clignent un peu trop vite, il n’est pas dupe, mon mariage
falsifié avec Célia ne remonte qu’à deux semaines. Même si j’avais requis
un contrat facilement annulable, il doit se poser des tonnes de questions sur
ce nouvel ordre. Mais il n’est pas assez idiot pour les énoncer ou contester
ma requête singulière.
— Bien sûr, il s’agit d’un document tout à fait réglementaire. Dès que
vous et la… future épouse l’aurez signé, vous serez officiellement mariés,
et seule une demande de divorce pourra le rompre.
— Parfait, je conclus. Jay, escorte notre ami jusqu’au salon privé.
Les deux hommes prennent la direction de ma salle de réception, alors
que je me rends vers l’unique source de mes préoccupations.
J’entre sans m’annoncer et tombe sur le dos découvert d’Helena, dont
la robe remonte jusqu’aux épaules. L’étole fine lui comprime les hanches,
puis s’évase près des mollets. Sublime. Telle que je l’imaginais. Elle se
tourne pour me faire face, et sa beauté contraste avec son air sombre. Je
dois contracter la mâchoire plusieurs fois pour ne pas exprimer à haute voix
mes pensées libidineuses. Une chose est certaine, notre nuit de noces sera
sauvage, et l’idée de devoir attendre jusque-là me ferait presque mal
physiquement.
— Je suis à ton goût ? siffle-t-elle en avançant vers moi. Je te dirais
bien que voir la mariée avant la cérémonie porte malheur, mais… en fait, c’est exactement ce que j’espère.
— Oh, mais si c’est ce que tu souhaites, je suis sûr que je peux exaucer
tes prières.
Mon œillade assassine la fait frémir une seconde. Mes employées
baissent la tête, en faisant semblant de s’atteler à des tâches urgentes avant
de quitter la pièce sans un regard dans notre direction. Elles ont plus de
jugeote que leur future maîtresse.
Je m’approche d’elle jusqu’à la frôler de mon mètre 90. Elle est si
petite comparée à moi que c’en est presque ridicule. J’admire sa force pour
m’avoir défié tant de fois, même si c’était plus stupide que courageux. On
pourrait penser qu’elle a puisé cette bravoure parce qu’elle me sous-
estimait, ou qu’elle ne m’avait jamais vu à l’œuvre, or… je ne lui ai jamais
rien caché de ma folie. Bien au contraire.
Nos torses se touchent, provoquant l’accélération de sa respiration et le
rougissement de ses jolies pommettes. Le coin de ma lèvre s’étire.
— Tu aimerais me détester, n’est-ce pas ? murmuré-je. Tu voudrais
signer ce papier avec la certitude que tu le fais, non pas parce que tu en as
envie, mais parce que tu y es contrainte sous peine de perdre tes proches.
— C’est pour cette raison que je vais le faire.
— T-t-t, la coupé-je en secouant le visage. Toi et moi savons que tu
n’es pas si réfractaire à ce mariage. Je ne l’invente pas. Tu m’as toi-même
avoué ton amour pour moi.
— C’était il y a bien longt…
— Ah oui, pardon, c’est vrai qu’entre-temps, tu as rencontré Dimitri.
L’amour de ta vie, ricané-je au moment où son regard se fait plus aliéné que
jamais.
Son souffle devient plus profond, pour des raisons bien différentes d’il
y a quelques minutes. Toute trace de désir a disparu de ses billes vertes, je m’en réjouis.
— Dis-le-moi, je reprends d’un ton plus brutal que je l’aurais cru. Dis-
moi que tu l’aimes et j’annule tout. Regarde-moi dans les yeux et jure-moi
que c’est lui que tu veux épouser.
La jolie brune ouvre les lèvres, aspire un air dont elle doit manquer,
cependant aucun son distinct ne sort de sa bouche pulpeuse, aucune syllabe
n’est formée, aucune réponse n’est donnée.
J’éclate de rire, en tournant les talons.
— C’est lui que j’aime. C’est Dimitri que je veux épouser, tonne-t-elle
d’une voix rageuse tandis que je m’éloigne déjà.
— Trop tard, ma puce. Trop tard.
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