Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Joyce Kitten · Chapitre 39 sur 59

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Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Chapitre 36

Nass

 

Omens – UNSECRET, Neoni

 

Je me marre sous le jet d’eau en l’entendant pester des paroles

incompréhensibles dans ma chambre. Mais tout à coup, elles sont bien plus

distinctes puisque le son me parvient juste dans le dos.

— Je ne t’épouserai pas, gronde-t-elle. T’es devenu complètement fou

ou quoi ?

Lentement, je pivote vers elle, ruisselant de gel douche que je frotte

énergiquement en la toisant.

— Je ne pensais pas avoir besoin de te préciser que tu n’as pas le choix.

— Et moi, je ne pensais pas avoir besoin de te préciser que pour qu’un

mariage soit validé, il faut que les deux parties répondent « oui ».

Nous y voilà. Je jette le front sous l’eau qui m’éclabousse, puis rince le

savon de mon cuir chevelu.

Mon visage ruisselle encore alors qu’un sourire carnassier m’étire les

lèvres avec la même énergie que ma gaule qui se réveille. Cette ardeur

sexuelle qui me parcourt à cause d’elle m’agace autant qu’elle m’embrase.

Helena possède un contrôle sur cette partie de moi qui ne réagit plus que sous ses ordres, et c’est inacceptable. Je serais tenté d’en baiser une autre,

juste pour me prouver qu’elle n’est pas la seule à me faire cet effet, si je ne

savais pas cette technique vaine, pour l’avoir déjà expérimentée par le

passé. Emy pourrait en témoigner si elle était toujours en vie. Je chasse mes

pensées qui restent toutefois visibles… Ma fiancée baisse les yeux une

demi-seconde vers mon entrejambe et les relève, l’expression

indéchiffrable, comme si elle n’était ni gênée ni excitée.

Ah, bien sûr, ce mariage qui la contrarie… 

— Tu diras oui, tranché-je d’un ton qui ne consent aucune contestation.

Ses sourcils se haussent, avant qu’un rictus dédaigneux torde son joli

minois.

— Ah, oui ?

— Tiens, tu vois… maintenant que les répétitions sont faites, retourne

dans ta chambre, on t’apportera de quoi te préparer.

Sa main fend l’air, franchit la barrière de la pluie tiède qui continue sa

déferlante, pour venir se poser sur mon cou. Elle met toute sa force pour me

repousser contre la faïence, mouillant sa nuisette satinée. Je laisse sa poigne

tenter de m’écraser la trachée, mais ses ongles dans ma peau sonnent

comme un délicieux supplice. Son visage s’approche tout près du mien, ses

lèvres atterrissent sur ma bouche, puis elle m’embrasse avec une rage non

dissimulée.

— Je-ne-t-épouserai-pas, articule-t-elle à deux centimètres de ma

mâchoire.

D’un geste du coude, je la renverse sur le côté, pour la rattraper aussitôt

qu’elle chute. J’entrave ses bras d’une poigne puissante, mais contrôlée, et

la plaque brutalement.

— Tu le feras pour les mêmes raisons que tu n’es pas retournée avec

Dimitri. Il y aurait trop de morts en jeu, tu le sais aussi bien que moi.

Le tissu qui la couvrait ne cache plus rien de sa nudité, c’est pourquoi

quand elle éclate de rire, j’ai une vue plongeante sur sa poitrine qui se

balance, me narguant de ne pas l’avoir en bouche. Je me fais violence pour

ne pas déraper et esquiver cette conversation capitale pour la suite des

évènements.

— Je ne sais pas pour quelle raison je suis étonnée. Mais je te plains.

Tu vas te marier à nouveau, et sur ces deux fois, les épouses ont été

menacées pour accepter de s’unir à toi. Triste constat.

À mon tour de ricaner.

— Essaies-tu de me blesser dans mon orgueil ? Je vais te confier un

truc : je n’en ai rien à branler que ni toi ni Célia n’ayez eu envie de ces

mariages. Les moyens ne comptent pas pour obtenir ce que je veux et

aujourd’hui ce que je veux, c’est toi, bébé.

Je susurre ma dernière phrase avec une sournoiserie qui achève de la

faire disjoncter. Mes phalanges caressent la peau mouillée de son visage qui

se tord sous la rage. Elle repousse ma main d’une tape, avant de s’échapper

de mon emprise et de quitter la chambre, en claquant la porte.

***

Il s’est passé plus de deux heures avant que l’homme de loi sonne au

portail. Aussitôt, j’enjoins qu’on aille lui ouvrir, puis le fouiller. Je cache

mon impatience, mais les signaux facials de mon agacement me trahissent.

Je hurle des ordres à tout bout de champ et ma cravate me semble tout à

coup trop serrée. Rien ne doit perturber la signature de ce précieux contrat

glissé dans la mallette de mon « invité ».

Plusieurs de mes employées féminines s’occupent de la future mariée

et veillent surtout à ce qu’elle ne s’échappe pas. Pas encore. Dès qu’elle se

nommera Hall, elle ne sera de toute façon plus jamais libre. Peu importe où elle ira, peu importe ce qu’elle fera, mon nom la suivra comme son ombre

pour la rapatrier près de moi quand je le souhaiterai.

Le téléphone greffé à la main, je vérifie régulièrement que tout est sous

contrôle du côté de la demoiselle.

— Monsieur Hall, me salue le maire corrompu.

— Monsieur Stanfort. J’espère que tous les documents sont bien prêts

et officiels cette fois-ci.

Ses paupières clignent un peu trop vite, il n’est pas dupe, mon mariage

falsifié avec Célia ne remonte qu’à deux semaines. Même si j’avais requis

un contrat facilement annulable, il doit se poser des tonnes de questions sur

ce nouvel ordre. Mais il n’est pas assez idiot pour les énoncer ou contester

ma requête singulière.

— Bien sûr, il s’agit d’un document tout à fait réglementaire. Dès que

vous et la… future épouse l’aurez signé, vous serez officiellement mariés,

et seule une demande de divorce pourra le rompre.

— Parfait, je conclus. Jay, escorte notre ami jusqu’au salon privé.

Les deux hommes prennent la direction de ma salle de réception, alors

que je me rends vers l’unique source de mes préoccupations.

J’entre sans m’annoncer et tombe sur le dos découvert d’Helena, dont

la robe remonte jusqu’aux épaules. L’étole fine lui comprime les hanches,

puis s’évase près des mollets. Sublime. Telle que je l’imaginais. Elle se

tourne pour me faire face, et sa beauté contraste avec son air sombre. Je

dois contracter la mâchoire plusieurs fois pour ne pas exprimer à haute voix

mes pensées libidineuses. Une chose est certaine, notre nuit de noces sera

sauvage, et l’idée de devoir attendre jusque-là me ferait presque mal

physiquement.

— Je suis à ton goût ? siffle-t-elle en avançant vers moi. Je te dirais

bien que voir la mariée avant la cérémonie porte malheur, mais… en fait, c’est exactement ce que j’espère.

— Oh, mais si c’est ce que tu souhaites, je suis sûr que je peux exaucer

tes prières.

Mon œillade assassine la fait frémir une seconde. Mes employées

baissent la tête, en faisant semblant de s’atteler à des tâches urgentes avant

de quitter la pièce sans un regard dans notre direction. Elles ont plus de

jugeote que leur future maîtresse.

Je m’approche d’elle jusqu’à la frôler de mon mètre 90. Elle est si

petite comparée à moi que c’en est presque ridicule. J’admire sa force pour

m’avoir défié tant de fois, même si c’était plus stupide que courageux. On

pourrait penser qu’elle a puisé cette bravoure parce qu’elle me sous-

estimait, ou qu’elle ne m’avait jamais vu à l’œuvre, or… je ne lui ai jamais

rien caché de ma folie. Bien au contraire.

Nos torses se touchent, provoquant l’accélération de sa respiration et le

rougissement de ses jolies pommettes. Le coin de ma lèvre s’étire.

— Tu aimerais me détester, n’est-ce pas ? murmuré-je. Tu voudrais

signer ce papier avec la certitude que tu le fais, non pas parce que tu en as

envie, mais parce que tu y es contrainte sous peine de perdre tes proches.

— C’est pour cette raison que je vais le faire.

— T-t-t, la coupé-je en secouant le visage. Toi et moi savons que tu

n’es pas si réfractaire à ce mariage. Je ne l’invente pas. Tu m’as toi-même

avoué ton amour pour moi.

— C’était il y a bien longt…

— Ah oui, pardon, c’est vrai qu’entre-temps, tu as rencontré Dimitri.

L’amour de ta vie, ricané-je au moment où son regard se fait plus aliéné que

jamais.

Son souffle devient plus profond, pour des raisons bien différentes d’il

y a quelques minutes. Toute trace de désir a disparu de ses billes vertes, je m’en réjouis.

— Dis-le-moi, je reprends d’un ton plus brutal que je l’aurais cru. Dis-

moi que tu l’aimes et j’annule tout. Regarde-moi dans les yeux et jure-moi

que c’est lui que tu veux épouser.

La jolie brune ouvre les lèvres, aspire un air dont elle doit manquer,

cependant aucun son distinct ne sort de sa bouche pulpeuse, aucune syllabe

n’est formée, aucune réponse n’est donnée.

J’éclate de rire, en tournant les talons.

— C’est lui que j’aime. C’est Dimitri que je veux épouser, tonne-t-elle

d’une voix rageuse tandis que je m’éloigne déjà.

— Trop tard, ma puce. Trop tard. 

 

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