Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Joyce Kitten · Chapitre 17 sur 59

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Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Chapitre 14

Helena

 

Je suis impressionnée par le nombre d’armes que comptabilise

l’armurerie de Dimitri et reste pantoise au milieu de tous ces objets

meurtriers. L’un de ses hommes a frappé à ma porte très tôt ce matin pour

m’emmener vers le centre de tir situé au fond du domaine. J’ai

particulièrement mal dormi, persuadée que Dimitri ou Vlad se faufileraient

dans mon lit. C’est d’ailleurs un miracle qu’aucun des deux ne soit

effectivement venu. J’avais récupéré mon couteau avant que l’une des

employées me raccompagne. Je n’aurais pas hésité à les égorger comme des

moutons s’ils l’avaient fait. Je n’en serais sûrement pas sortie en vie, mais

je me serais au moins défendue avec dignité.

Mickaël me tend un révolver assez léger, d’un modèle qui m’est

inconnu, puis me demande de le suivre. Je m’étonne qu’il me fasse

suffisamment confiance pour me tourner le dos alors que je suis armée,

avant de comprendre que je ne suis qu’une idiote, quand nous arrivons et

qu’il me le reprend pour insérer le chargeur. Les premiers essais sont

catastrophiques, mais grisants. L’homme tente de m’expliquer dans un

américain peu clair comment viser et tirer sans dévier de la trajectoire. Je

m’amuse comme une folle, même si mon mannequin n’en ressort avec

aucune égratignure.

— Bonjour tout le monde, interrompt une voix sensuelle que je

reconnaîtrais entre mille. Houlala, impressionnant, Helena, un peu plus et je

jurerais que tu bosses en sous-marin pour la CIA.

Son ton caustique m’oblige à rire sous cape.

— Si j’étais une indic de la CIA, je te signale que je feindrais justement

de ne pas savoir tirer, répliqué-je en relevant les sourcils.

— Tu marques un point, admet-il en s’approchant de nous, je ferais

peut-être bien d’être plus méfiant.

Je lui adresse un doigt d’honneur avant qu’il s’arme à son tour, un

sourire en coin, et me rejoigne.

— Allez, je te montre parce que t’as l’air d’avoir un professeur à chier,

dit-il en zieutant son adjoint, qui bombe le torse avant de reculer de

quelques pas.

Son bras armé se lève face à ma cible.

— La première étape, c’est le positionnement. Tu dois avoir un

mouvement libre, sans être déséquilibrée.

Je l’imite et place mes pieds de la même manière que lui.

— C’est ça, maintenant stabilise le flingue avec ton autre main, tu n’as

pas encore les compétences pour le faire d’une seule.

Je m’exécute, soucieuse d’enfin réussir à toucher mon objectif.

— Parfait, aligne la mire avant et ferme ton œil non dominant. Non,

non, vise un peu plus bas que le point d’impact désiré.

Je tire. Le coup sonne fort, comme les précédents. Heureusement que

nous sommes à l’extérieur pour éviter que l’écho se répercute dans nos

tympans. J’abaisse le révolver pour constater que j’ai, en effet, touché

l’extrémité de l’épaule du modèle. C’était in extremis, mais j’y suis arrivée.

Un sourire de fierté étire mes lèvres rougies par la joie.

— Félicitation, ma jolie.

J’ai à peine le temps de réaliser que Dimitri tire un coup franc sur mon

mannequin dont la tête pivote brusquement, un trou en plein front. Juste

après, je sens un large corps me frôler le dos, ma respiration se bloque.

— T’es particulièrement sexy avec une arme dans la main, me susurre-

t-il contre l’oreille.

Mes poils se hérissent, j’en frémis. Je tente de le repousser, mais me

heurte à un torse solide et compact comme de la pierre. Je refuse d’avancer

et de témoigner de la gêne qui me contracte, n’ayant pas à me soumettre de

la sorte. C’est à lui de reculer.

— N’oublie pas qu’elle est toujours entre mes mains, sifflé-je.

Loin de l’effrayer, ma dernière phrase a seulement le mérite de le faire

se rapprocher plus près, jusqu’à ce que son érection bute contre mes

lombaires.

— Arrête, tu vas m’exciter encore plus.

Furibonde, je pivote pour me tenir face à lui et appuyer avec fermeté

contre ses pectoraux, de ma paume disponible. Toutefois, là encore, rien ne

se passe, la montagne de muscles étant tout à fait hermétique à ma force, à

l’inverse, il vient me comprimer la taille pour me serrer contre lui. Sa

bouche s’empare de la mienne, violemment. Anticipant sans doute ma

réaction, l’une de ses mains quitte mes reins pour emprisonner mon poignet

dont le flingue pend toujours, de l’autre, il m’écrase la nuque. Je gémis de

rage entre ses lèvres, cherche à le mordre, ce qui ne fait qu’intensifier sa

prise contre mes cervicales. Malgré mes efforts, rien n’y fait, je reste

prisonnière sous l’œil indifférent de Mickaël.

Sa langue entreprend de briser la barrière de ma bouche et c’est à ce

moment que je décide de tenter le coup le plus lâche qui soit, pourtant

diablement efficace : le lancer de genou dans les testicules. Aussitôt, il me

libère, soufflant de douleur. Il ramène ses mains sur son entrejambe blessé avant que je le tienne en joue, grisée par ma victoire. Je me sens si forte, le

canon braqué sur sa poitrine. Cependant, je n’avais pas anticipé l’équipe de

haute sécurité à la botte du Russe. Sans que je m’en aperçoive, une dizaine

de flingues est pointée dans ma direction. Contre toute attente, Dimitri, qui

grimace toujours, lève la main pour ordonner à ses hommes de baisser leurs

armes.

Ses pupilles viennent heurter les miennes, mélangées entre rage et

amusement. Décidément, cet homme est l’opposé de son cousin. J’admets

que ce côté espiègle en toute situation est divertissant, voire presque

rassurant. Malgré la dangerosité qui émane de lui, il garde une facette

solaire très attirante.

— Tire, ma jolie ! Qu’est-ce que t’attends ?

Je l’observe, le visage si fermé et hautain que je suis persuadée de ne

plus me ressembler. Il ne connaît pas la Helena meurtrière, ce secret étant

l’un de mes biens les plus précieux. Il me teste comme si j’en étais

incapable, car pour lui, je représente juste une jeune femme un peu paumée,

malmenée entre gangsters et mafioso. Il est vrai que je suis tombée sous le

joug de la mauvaise personne et que cela m’a affaiblie, malgré tout, je suis

loin d’avoir abandonné l’autre partie de moi-même.

J’écrase le révolver contre son pectoral, augmentant la tension des

hommes présents. Je ricane en imaginant qu’ils rêvent tous d’appuyer sur la

gâchette pour mettre un terme à ma petite comédie.

— Regardez-moi ça, elle rigole ! Mais on dirait que ça te plaît.

— Surprise ! Regrettes-tu le défi que tu viens de me lancer

dorénavant ? le nargué-je. Je t’avais pourtant prévenu hier, Dimitri.

Touche-moi encore contre ma volonté et je jure de trouver le moyen de te

broyer les couilles avec tant de hargne que tu devras te contenter de te faire

lécher le trou du cul pour espérer bander.

Il éclate d’un rire si grave que j’ai un léger réflexe de recul. Rien ne

calme ma rage d’avoir, de nouveau, été le pantin d’un être maléfique plus

sournois que moi. Je bous de n’être capable d’aucune rébellion tant je suis

faible physiquement.

— Vous entendez ça, les gars ? s’exclame-t-il en pivotant vers ses

hommes. Ne l’emmerdez pas, parce que vous risquez de finir eunuque.

Je baisse le bras, bien que j’ai conscience que s’il l’avait souhaité,

j’aurais été mise hors d’état de nuire en moins de temps qu’il en faut pour le

dire. Je dépose mon arme sur le sol, puis tourne les talons pour retourner

dans la résidence. À partir de maintenant, il peut bien aller se faire foutre

pour que je sympathise avec lui. Alors que je dépasse les mafieux qui me

lorgnent d’un air mauvais, j’entends la voix de mon ennemi du jour

s’exclamer :

— J’ai vraiment hâte que tu me lèches le cul, ma jolie !

Mes jambes me portent jusqu’à ma chambre, pressée de m’éloigner

d’eux. Je ne peux plus rester sous ce toit. Après ce qui s’est passé, ce serait

ridicule. Si hier, l’envie de dormir en sécurité et au chaud s’est emparée de

moi, ce n’est plus le cas. Tant pis, je me débrouillerai, comme je l’ai

toujours fait. C’est la troisième fois qu’il prend ce que bon lui semble.

Comment vivre dans une maison où, à tout instant, son propriétaire peut se

glisser dans mon lit sous l’indifférence des autres êtres humains présents ?

Au fond d’un des placards, je dégote un sac de plage que je fourre du strict

nécessaire. Je ne sais pas dans quelle ville je me trouve et surtout où je vais

pouvoir me réfugier. De plus, pour finir, la perspective de repasser des nuits

dehors ralentit mes mouvements. Cependant, il le faut, je ne peux pas

continuer à me faire malmener par le mafieux dès que ça lui chante.

Mon paquetage terminé, je m’élance dans les escaliers en colimaçon,

direction l’immense porte d’entrée. Mais alors que je l’atteins, les deux mastodontes qui l’encadrent se rejoignent, formant un bloc m’empêchant

d’accéder à la poignée. J’arque un sourcil, les interrogeant du regard.

Aucun d’eux ne moufte.

— Laissez-moi passer, à quoi vous jouez ? m’offusqué-je.

Quand je comprends que je n’obtiendrai aucune réponse, je grogne,

puis fais demi-tour pour me diriger vers la baie vitrée, cependant là-bas, le

scénario se répète, je suis contrainte de rester dans la maison. Putain, où se

trouve le connard aux commandes ?

— Où est Dimitri ? éructé-je.

— Au stand de tir.

Ma rage est si vibrante que je peux discerner mon sang pulser contre

mes tempes.

— Laissez-moi passer, je vais l’y retrouver.

Les deux hommes s’écartent, mais c’est inutile de profiter de cette

permission pour tenter de rejoindre le portail contre leur volonté, quand

bien même j’y parviendrais, personne ne l’ouvrira. Je n’ai plus qu’à aller

demander des explications à la seule personne pouvant intervenir.

Je cours plus que je marche, mon sac ballottant contre mes flancs. Je le

distingue rapidement, concentré à tirer avec un fusil d’assaut. Le bruit en

rafales me rappelle de très mauvais souvenirs et aussitôt des images

d’effusion de sang, de boîtes crâniennes explosées, de corps entassés se

superposent à la pelouse entretenue à la perfection que je traverse. Je

ralentis le mouvement alors que mon cœur accélère d’une angoisse sourde

qui me surprend par son intensité.

Je m’arrête à quelques mètres du tireur, subjugué par ce que j’observe.

La kalachnikov repousse sans cesse son épaule, alors que son équilibre, lui,

reste parfait. Les cheveux lâchés, et habillé d’un simple t-shirt noir couplé à

un bas de jogging mettant en valeur ses cuisses musclées, il a l’attitude d’un homme qui sait le charme qu’il possède. Je trouve bizarre qu’il ne soit pas

marié, c’est une évidence qu’il doit plaire à un tas de femmes.

J’arrive à faire taire les souvenirs de cette soirée où Nass a semé la

mort à cause de moi, pour me concentrer sur ma future quête. Partir d’ici,

au moment où je le souhaite, comme il me l’avait promis. Pourtant, je n’ose

pas l’interrompre et aucun des putain de toutous à sa botte ne lui indique

que je suis là. Je les vois se marrer, attendant que j’aie le courage de stopper

la machine de guerre en plein exercice. Comme si le ciel entendait mes

appels silencieux, le chargeur de Dimitri se vide, ce qui me permet

d’obtenir la fenêtre d’action qu’il me fallait. Pendant qu’il décapsule, je

l’interpelle enfin.

— Dimitri, commencé-je d’une voix que j’espère suffisamment

autoritaire. Pourquoi tes gardes m’empêchent de sortir ? C’est forcément

l’un de tes ordres.

Il me regarde une demi-seconde avant de se reconcentrer sur le

ravitaillement de son fusil d’assaut.

— Mais pourquoi donc aurais-tu envie de partir d’ici, mon petit

cœur ? raille-t-il.

Son attention encore rivée vers sa nouvelle cible, il replace le fusil

contre son épaule et n’attend pas ma réponse avant d’exploser le pauvre

mannequin d’une rafale. Mon agacement monte d’un cran.

— OHHHH ! tonné-je sous la mélodie du métal.

Non sans lever les yeux au ciel, il finit enfin par baisser son arme pour

me faire face.

— C’est quoi ce délire ? Tu m’avais promis que je serais libre de

partir quand je le voudrais.

Un sourire sincère étire ses lèvres et dévoile l’émail de sa dentition

parfaite.

— Si tu m’as cru, t’es bien plus naïve que je le pensais.

Un vague glacée se fracasse sur mon crâne, me faisant chuter de

plusieurs étages. Je suis prisonnière et me suis jetée dans la gueule du loup

sans aucune défense. Il n’a pas totalement tort, je suis aussi crédule que

stupide. Tentant de faire bonne figure, j’insiste.

— Autant que lorsque tu m’as assuré que tu ne me toucherais plus sans

mon accord, je suppose ? le piqué-je alors que son rictus tressaille. Tu

avais prévu ton coup depuis le début, c’est ça ? Tu te trompes

dangereusement si tu crois que je vais rester ici sagement sans chercher à

me défendre.

— Te défendre de qui au juste ? Est-ce que quelqu’un t’a fait du mal

jusqu’ici ?

Son ton se veut soudain brutal et menaçant. Il s’approche de moi, le

visage durci.

— Tu penses vraiment que tu pourrais en dire autant si t’étais encore en

train de zoner comme une clodo dans les quartiers pourris ?

A-t-il conscience des mots qu’il prononce ? Oui, en effet, j’aurais pu

vivre pire et ai même failli l’expérimenter dans les rues de Jackson, mais lui

aussi m’a agressée sexuellement.

— Bien sûr que je t’ai ramenée là par intérêt, et viens pas me dire que

tu ne t’en doutais pas. Ça t’a bien arrangé d’en profiter, alors tu vas garder

ton cul près de moi, jusqu’à ce que mes projets soient bouclés.

Nous nous toisons avec une colère qu’aucun de nous deux ne peut se

vanter de surpasser. J’évite de poser des questions qui resteront sans

réponses, par exemple la nature de ses « projets ». Ces derniers ont un

lien avec Nass de toute évidence. Je me retourne brusquement, pour

reprendre la direction de la maison, vexée et désabusée de m’être faite

piégée une énième fois.

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