Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 14
Helena
Je suis impressionnée par le nombre d’armes que comptabilise
l’armurerie de Dimitri et reste pantoise au milieu de tous ces objets
meurtriers. L’un de ses hommes a frappé à ma porte très tôt ce matin pour
m’emmener vers le centre de tir situé au fond du domaine. J’ai
particulièrement mal dormi, persuadée que Dimitri ou Vlad se faufileraient
dans mon lit. C’est d’ailleurs un miracle qu’aucun des deux ne soit
effectivement venu. J’avais récupéré mon couteau avant que l’une des
employées me raccompagne. Je n’aurais pas hésité à les égorger comme des
moutons s’ils l’avaient fait. Je n’en serais sûrement pas sortie en vie, mais
je me serais au moins défendue avec dignité.
Mickaël me tend un révolver assez léger, d’un modèle qui m’est
inconnu, puis me demande de le suivre. Je m’étonne qu’il me fasse
suffisamment confiance pour me tourner le dos alors que je suis armée,
avant de comprendre que je ne suis qu’une idiote, quand nous arrivons et
qu’il me le reprend pour insérer le chargeur. Les premiers essais sont
catastrophiques, mais grisants. L’homme tente de m’expliquer dans un
américain peu clair comment viser et tirer sans dévier de la trajectoire. Je
m’amuse comme une folle, même si mon mannequin n’en ressort avec
aucune égratignure.
— Bonjour tout le monde, interrompt une voix sensuelle que je
reconnaîtrais entre mille. Houlala, impressionnant, Helena, un peu plus et je
jurerais que tu bosses en sous-marin pour la CIA.
Son ton caustique m’oblige à rire sous cape.
— Si j’étais une indic de la CIA, je te signale que je feindrais justement
de ne pas savoir tirer, répliqué-je en relevant les sourcils.
— Tu marques un point, admet-il en s’approchant de nous, je ferais
peut-être bien d’être plus méfiant.
Je lui adresse un doigt d’honneur avant qu’il s’arme à son tour, un
sourire en coin, et me rejoigne.
— Allez, je te montre parce que t’as l’air d’avoir un professeur à chier,
dit-il en zieutant son adjoint, qui bombe le torse avant de reculer de
quelques pas.
Son bras armé se lève face à ma cible.
— La première étape, c’est le positionnement. Tu dois avoir un
mouvement libre, sans être déséquilibrée.
Je l’imite et place mes pieds de la même manière que lui.
— C’est ça, maintenant stabilise le flingue avec ton autre main, tu n’as
pas encore les compétences pour le faire d’une seule.
Je m’exécute, soucieuse d’enfin réussir à toucher mon objectif.
— Parfait, aligne la mire avant et ferme ton œil non dominant. Non,
non, vise un peu plus bas que le point d’impact désiré.
Je tire. Le coup sonne fort, comme les précédents. Heureusement que
nous sommes à l’extérieur pour éviter que l’écho se répercute dans nos
tympans. J’abaisse le révolver pour constater que j’ai, en effet, touché
l’extrémité de l’épaule du modèle. C’était in extremis, mais j’y suis arrivée.
Un sourire de fierté étire mes lèvres rougies par la joie.
— Félicitation, ma jolie.
J’ai à peine le temps de réaliser que Dimitri tire un coup franc sur mon
mannequin dont la tête pivote brusquement, un trou en plein front. Juste
après, je sens un large corps me frôler le dos, ma respiration se bloque.
— T’es particulièrement sexy avec une arme dans la main, me susurre-
t-il contre l’oreille.
Mes poils se hérissent, j’en frémis. Je tente de le repousser, mais me
heurte à un torse solide et compact comme de la pierre. Je refuse d’avancer
et de témoigner de la gêne qui me contracte, n’ayant pas à me soumettre de
la sorte. C’est à lui de reculer.
— N’oublie pas qu’elle est toujours entre mes mains, sifflé-je.
Loin de l’effrayer, ma dernière phrase a seulement le mérite de le faire
se rapprocher plus près, jusqu’à ce que son érection bute contre mes
lombaires.
— Arrête, tu vas m’exciter encore plus.
Furibonde, je pivote pour me tenir face à lui et appuyer avec fermeté
contre ses pectoraux, de ma paume disponible. Toutefois, là encore, rien ne
se passe, la montagne de muscles étant tout à fait hermétique à ma force, à
l’inverse, il vient me comprimer la taille pour me serrer contre lui. Sa
bouche s’empare de la mienne, violemment. Anticipant sans doute ma
réaction, l’une de ses mains quitte mes reins pour emprisonner mon poignet
dont le flingue pend toujours, de l’autre, il m’écrase la nuque. Je gémis de
rage entre ses lèvres, cherche à le mordre, ce qui ne fait qu’intensifier sa
prise contre mes cervicales. Malgré mes efforts, rien n’y fait, je reste
prisonnière sous l’œil indifférent de Mickaël.
Sa langue entreprend de briser la barrière de ma bouche et c’est à ce
moment que je décide de tenter le coup le plus lâche qui soit, pourtant
diablement efficace : le lancer de genou dans les testicules. Aussitôt, il me
libère, soufflant de douleur. Il ramène ses mains sur son entrejambe blessé avant que je le tienne en joue, grisée par ma victoire. Je me sens si forte, le
canon braqué sur sa poitrine. Cependant, je n’avais pas anticipé l’équipe de
haute sécurité à la botte du Russe. Sans que je m’en aperçoive, une dizaine
de flingues est pointée dans ma direction. Contre toute attente, Dimitri, qui
grimace toujours, lève la main pour ordonner à ses hommes de baisser leurs
armes.
Ses pupilles viennent heurter les miennes, mélangées entre rage et
amusement. Décidément, cet homme est l’opposé de son cousin. J’admets
que ce côté espiègle en toute situation est divertissant, voire presque
rassurant. Malgré la dangerosité qui émane de lui, il garde une facette
solaire très attirante.
— Tire, ma jolie ! Qu’est-ce que t’attends ?
Je l’observe, le visage si fermé et hautain que je suis persuadée de ne
plus me ressembler. Il ne connaît pas la Helena meurtrière, ce secret étant
l’un de mes biens les plus précieux. Il me teste comme si j’en étais
incapable, car pour lui, je représente juste une jeune femme un peu paumée,
malmenée entre gangsters et mafioso. Il est vrai que je suis tombée sous le
joug de la mauvaise personne et que cela m’a affaiblie, malgré tout, je suis
loin d’avoir abandonné l’autre partie de moi-même.
J’écrase le révolver contre son pectoral, augmentant la tension des
hommes présents. Je ricane en imaginant qu’ils rêvent tous d’appuyer sur la
gâchette pour mettre un terme à ma petite comédie.
— Regardez-moi ça, elle rigole ! Mais on dirait que ça te plaît.
— Surprise ! Regrettes-tu le défi que tu viens de me lancer
dorénavant ? le nargué-je. Je t’avais pourtant prévenu hier, Dimitri.
Touche-moi encore contre ma volonté et je jure de trouver le moyen de te
broyer les couilles avec tant de hargne que tu devras te contenter de te faire
lécher le trou du cul pour espérer bander.
Il éclate d’un rire si grave que j’ai un léger réflexe de recul. Rien ne
calme ma rage d’avoir, de nouveau, été le pantin d’un être maléfique plus
sournois que moi. Je bous de n’être capable d’aucune rébellion tant je suis
faible physiquement.
— Vous entendez ça, les gars ? s’exclame-t-il en pivotant vers ses
hommes. Ne l’emmerdez pas, parce que vous risquez de finir eunuque.
Je baisse le bras, bien que j’ai conscience que s’il l’avait souhaité,
j’aurais été mise hors d’état de nuire en moins de temps qu’il en faut pour le
dire. Je dépose mon arme sur le sol, puis tourne les talons pour retourner
dans la résidence. À partir de maintenant, il peut bien aller se faire foutre
pour que je sympathise avec lui. Alors que je dépasse les mafieux qui me
lorgnent d’un air mauvais, j’entends la voix de mon ennemi du jour
s’exclamer :
— J’ai vraiment hâte que tu me lèches le cul, ma jolie !
Mes jambes me portent jusqu’à ma chambre, pressée de m’éloigner
d’eux. Je ne peux plus rester sous ce toit. Après ce qui s’est passé, ce serait
ridicule. Si hier, l’envie de dormir en sécurité et au chaud s’est emparée de
moi, ce n’est plus le cas. Tant pis, je me débrouillerai, comme je l’ai
toujours fait. C’est la troisième fois qu’il prend ce que bon lui semble.
Comment vivre dans une maison où, à tout instant, son propriétaire peut se
glisser dans mon lit sous l’indifférence des autres êtres humains présents ?
Au fond d’un des placards, je dégote un sac de plage que je fourre du strict
nécessaire. Je ne sais pas dans quelle ville je me trouve et surtout où je vais
pouvoir me réfugier. De plus, pour finir, la perspective de repasser des nuits
dehors ralentit mes mouvements. Cependant, il le faut, je ne peux pas
continuer à me faire malmener par le mafieux dès que ça lui chante.
Mon paquetage terminé, je m’élance dans les escaliers en colimaçon,
direction l’immense porte d’entrée. Mais alors que je l’atteins, les deux mastodontes qui l’encadrent se rejoignent, formant un bloc m’empêchant
d’accéder à la poignée. J’arque un sourcil, les interrogeant du regard.
Aucun d’eux ne moufte.
— Laissez-moi passer, à quoi vous jouez ? m’offusqué-je.
Quand je comprends que je n’obtiendrai aucune réponse, je grogne,
puis fais demi-tour pour me diriger vers la baie vitrée, cependant là-bas, le
scénario se répète, je suis contrainte de rester dans la maison. Putain, où se
trouve le connard aux commandes ?
— Où est Dimitri ? éructé-je.
— Au stand de tir.
Ma rage est si vibrante que je peux discerner mon sang pulser contre
mes tempes.
— Laissez-moi passer, je vais l’y retrouver.
Les deux hommes s’écartent, mais c’est inutile de profiter de cette
permission pour tenter de rejoindre le portail contre leur volonté, quand
bien même j’y parviendrais, personne ne l’ouvrira. Je n’ai plus qu’à aller
demander des explications à la seule personne pouvant intervenir.
Je cours plus que je marche, mon sac ballottant contre mes flancs. Je le
distingue rapidement, concentré à tirer avec un fusil d’assaut. Le bruit en
rafales me rappelle de très mauvais souvenirs et aussitôt des images
d’effusion de sang, de boîtes crâniennes explosées, de corps entassés se
superposent à la pelouse entretenue à la perfection que je traverse. Je
ralentis le mouvement alors que mon cœur accélère d’une angoisse sourde
qui me surprend par son intensité.
Je m’arrête à quelques mètres du tireur, subjugué par ce que j’observe.
La kalachnikov repousse sans cesse son épaule, alors que son équilibre, lui,
reste parfait. Les cheveux lâchés, et habillé d’un simple t-shirt noir couplé à
un bas de jogging mettant en valeur ses cuisses musclées, il a l’attitude d’un homme qui sait le charme qu’il possède. Je trouve bizarre qu’il ne soit pas
marié, c’est une évidence qu’il doit plaire à un tas de femmes.
J’arrive à faire taire les souvenirs de cette soirée où Nass a semé la
mort à cause de moi, pour me concentrer sur ma future quête. Partir d’ici,
au moment où je le souhaite, comme il me l’avait promis. Pourtant, je n’ose
pas l’interrompre et aucun des putain de toutous à sa botte ne lui indique
que je suis là. Je les vois se marrer, attendant que j’aie le courage de stopper
la machine de guerre en plein exercice. Comme si le ciel entendait mes
appels silencieux, le chargeur de Dimitri se vide, ce qui me permet
d’obtenir la fenêtre d’action qu’il me fallait. Pendant qu’il décapsule, je
l’interpelle enfin.
— Dimitri, commencé-je d’une voix que j’espère suffisamment
autoritaire. Pourquoi tes gardes m’empêchent de sortir ? C’est forcément
l’un de tes ordres.
Il me regarde une demi-seconde avant de se reconcentrer sur le
ravitaillement de son fusil d’assaut.
— Mais pourquoi donc aurais-tu envie de partir d’ici, mon petit
cœur ? raille-t-il.
Son attention encore rivée vers sa nouvelle cible, il replace le fusil
contre son épaule et n’attend pas ma réponse avant d’exploser le pauvre
mannequin d’une rafale. Mon agacement monte d’un cran.
— OHHHH ! tonné-je sous la mélodie du métal.
Non sans lever les yeux au ciel, il finit enfin par baisser son arme pour
me faire face.
— C’est quoi ce délire ? Tu m’avais promis que je serais libre de
partir quand je le voudrais.
Un sourire sincère étire ses lèvres et dévoile l’émail de sa dentition
parfaite.
— Si tu m’as cru, t’es bien plus naïve que je le pensais.
Un vague glacée se fracasse sur mon crâne, me faisant chuter de
plusieurs étages. Je suis prisonnière et me suis jetée dans la gueule du loup
sans aucune défense. Il n’a pas totalement tort, je suis aussi crédule que
stupide. Tentant de faire bonne figure, j’insiste.
— Autant que lorsque tu m’as assuré que tu ne me toucherais plus sans
mon accord, je suppose ? le piqué-je alors que son rictus tressaille. Tu
avais prévu ton coup depuis le début, c’est ça ? Tu te trompes
dangereusement si tu crois que je vais rester ici sagement sans chercher à
me défendre.
— Te défendre de qui au juste ? Est-ce que quelqu’un t’a fait du mal
jusqu’ici ?
Son ton se veut soudain brutal et menaçant. Il s’approche de moi, le
visage durci.
— Tu penses vraiment que tu pourrais en dire autant si t’étais encore en
train de zoner comme une clodo dans les quartiers pourris ?
A-t-il conscience des mots qu’il prononce ? Oui, en effet, j’aurais pu
vivre pire et ai même failli l’expérimenter dans les rues de Jackson, mais lui
aussi m’a agressée sexuellement.
— Bien sûr que je t’ai ramenée là par intérêt, et viens pas me dire que
tu ne t’en doutais pas. Ça t’a bien arrangé d’en profiter, alors tu vas garder
ton cul près de moi, jusqu’à ce que mes projets soient bouclés.
Nous nous toisons avec une colère qu’aucun de nous deux ne peut se
vanter de surpasser. J’évite de poser des questions qui resteront sans
réponses, par exemple la nature de ses « projets ». Ces derniers ont un
lien avec Nass de toute évidence. Je me retourne brusquement, pour
reprendre la direction de la maison, vexée et désabusée de m’être faite
piégée une énième fois.
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