Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Joyce Kitten · Chapitre 52 sur 59

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Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Chapitre 49

Helena

 

Spiders - Rainne

 

La force avec laquelle il frappe la porte de ses poings m’électrolyse.

Qu’il se brise les os sur le bois, c’est tout ce qu’il mérite. Un sourire en coin

cruel, je m’installe sur mon lit en ignorant ses menaces et ses sollicitations.

— Ouvre cette porte ! rugit-il, pour la troisième fois.

Alors que je clique sur une application de mon smartphone censé

m’offrir un semblant de distraction, je sursaute et ce dernier m’échappe des

mains avant de tomber au sol. Nass vient exploser le cadran d’un coup de

pied. Je regarde, ébahie, la poignée éventrée de sa serrure, puis sors

précipitamment du lit pour tenter de me réfugier dans la salle de bain, en

vain. De sa poigne, il me cramponne le cuir chevelu, et un lancinement

atroce me parcourt le crâne.

— Va te faire foutre, l’insulté-je en le frappant de mes coudes.

D’un revers, il m’expulse sur le matelas. Aussitôt, je rampe pour

échapper à sa future emprise, sauf que là encore, je suis stoppée dans ma

lancée. Il m’agrippe la taille pour me tirer en arrière, avant de me forcer à

me retourner pour être dominée par sa posture menaçante. Mes poignets

sont entravés à l’aide de ses paumes, et la force qu’il y met me décourage

de tenter de m’y soustraire. Nos lèvres ne sont qu’à quelques millimètres, alors que son poids repose presque entièrement sur moi. Mon souffle se

bloque dans ma poitrine pour ne pas réveiller la chaleur qui m’inonde le

bassin. 

— Regarde ce que tu me fais faire putain, siffle-t-il.

— Ce que moi je te fais faire ? m’offusqué-je en éclatant d’un rire sans joie. Tu rigoles, j’espère ? C’est quoi cette histoire de gouverneur ?

J’escompte qu’il se confonde en excuses et me sorte une explication

rassurante, cependant, il se contente de hausser les sourcils.

— Un détail que tu n’as pas besoin de savoir, puisque de toute façon, tu ne m’échapperas plus.

Son sourire cruel camoufle à peine les lourds sous-entendus dont ses

paroles regorgent.

— Tu as osé me cacher l’existence de ta grossesse alors que tu l’as révélée à Dimitri ?

Ses doigts pressent un peu plus fort mes articulations me faisant

grimacer.

— Tu m’aurais tuée.

Son front se plisse, néanmoins il ne desserre pas sa poigne, et je

manque de lui hurler de me relâcher tant la souffrance devient

insupportable. Je sais qu’il se satisfait de mon supplice, alors cela me donne

la volonté de ne pas céder.

— De quoi tu parles ? questionne-t-il d’un ton acerbe.

— Je ne voulais pas prendre le risque que tu règles le problème de ce

nouveau-né à ta façon.

— Tu t’imagines que je pourrais tuer mon propre bébé ?

— Sans hésitation.

À ces mots, son visage se métamorphose comme si je lui avais craché

dessus. Il me relâche brusquement avant de se relever.

— Alors dégage. Casse-toi, ordonne-t-il.

Perplexe face à cette attitude que je n’avais pas anticipée, les poignets

encore écartés au-dessus du crâne, je ne bouge pas. Comme je ne suis pas

assez réactive à son goût, il m’agrippe l’avant-bras pour me faire obéir de

force.

— Dès demain, tu auras les papiers du divorce.

Ses yeux sont fous, noirs comme le néant, mués par l’acrimonie et la…

douleur ? Ce sujet à l’air sensible, et j’étais loin, très loin d’imaginer à

quel point. Je tente rapidement d’assembler les éléments de son passé. Le

meurtre de ses parents. Son kidnapping. La tuerie du village. Son enfance

chaotique. Le petit garçon qu’il était et qui a été torturé à de nombreuses

reprises. Et alors, je comprends. Trop tard.

— C’est toi qui m’as dit que les gosses n’étaient pas épargnés par tes pratiques, tenté-je de me justifier. Tu m’as fait entendre que ton réseau comptait plus que tout et que tu ne permettrais à personne de créer des failles en toi. Un enfant serait une cible idéale. Avec lui, on pourrait facilement te menacer et te soumettre. Je pensais que tu… que tu ne laisserais pas cela arriver.

Ma voix se hache alors que je mets d’instinct les paumes contre mon

abdomen. Ce geste ne lui échappe pas, mais très vite il revient harponner

mes iris. Sa respiration est saccadée et la jointure de ses poings est blanche

à force de les contracter. Il ne réplique pas, confirmant mes propos par son

silence.

— Ne me dis pas que si l’une de tes prostituées était tombée enceinte, tu ne l’aurais pas tuée. Je te connais suffisamment pour savoir que si.

— Ça, ça ne risquait pas d’arriver, puisque je ne baisais jamais sans capote avant toi, feule-t-il. C’est toi ma pire faiblesse, pas le bébé, toi. J’aurais dû t’exécuter au même titre que ta copine et ne pas te laisser entrer dans mon existence. La voilà, ma plus grosse erreur.

— Il n’est pas trop tard pour y remédier, le provoqué-je en tentant de camoufler les dommages que ses mots suscitent en moi.

Ses iris menaçants me harponnent tandis qu’il ne répond rien, comme

s’il pesait le pour et le contre. Quand il s’approche de moi, je regrette

immédiatement mes propos. Je recule, et chute sur le matelas. Il avance

encore jusqu’à me surplomber de tout son haut. Son regard orageux glisse

sur mes traits avant de descendre vers mon bas-ventre. Quelques instants

après, il amorce plusieurs pas en arrière, se retourne, puis quitte la pièce à

vive allure.

***

Notre discussion passe et repasse dans ma tête, bien qu’il soit parti

depuis près d’une heure. Je l’ai blessé, c’est une évidence. Pour la première

fois depuis notre rencontre, je crois avoir réussi à l’atteindre. C’est idiot,

mais je ne peux m’empêcher de culpabiliser et, à plus d’une reprise, je dois

me faire violence pour ne pas monter le rejoindre dans son lit. Cependant, je

n’ai pas toutes les réponses. Qui est ce gouverneur et surtout, pourquoi suis-

je en lien avec lui ?

Quand j’étais seule avec Dimitri, juste avant que Nass débarque, il m’a

déposé un papier au creux de la main avec ses coordonnées notées dessus.

Depuis une demi-heure, j’observe les numéros, tentée de le contacter, même

si la peur de me faire rejeter me décourage. Je ne connais pas son état

d’esprit, mais si j’en juge à la réaction qu’il a eue lorsqu’il a appris que

Nass et moi-même étions mariés, je ne suis pas persuadée que l’accueil sera

chaleureux. Au bout de la dixième fois à pianoter les coordonnées sur mon

écran puis les effacer, j’appuie sur la touche appel. Il faut que j’en sache

plus, et Nass restera muet comme une tombe, surtout après notre dispute. La

tonalité m’oppresse, mon palpitant frôle la tachycardie. Mes mains

deviennent moites pendant cette attente interminable.

— Allo ?

Entendre sa voix suave me bloque, et un blanc gênant s’installe.

— Qui est-ce ? insiste-t-il clairement agacé.

— C’est moi. C’est Helena, bredouillé-je.

À nouveau, le silence prend place, je crains qu’il raccroche.

— Madame Hall en personne ? ironise-t-il froidement. Qu’est-ce que tu veux ?

Je grimace, consciente que m’expliquer prendrait des heures. Je lui

laisse le droit de me haïr pour ça.

— Je n’ai pas eu le choix, tu le connais mieux que moi. Ne me rends pas responsable de ça.

— Bref, me coupe-t-il. Pourquoi tu m’appelles ?

Je serre les dents, peinée qu’il n’essaie même pas de comprendre. Dans

un souffle, je lui demande des informations sur la bombe qu’il a lancée

avant de déguerpir.

— Ton cher mari ne t’a rien dit ? balance-t-il en ricanant faussement. Tu devrais lui expliquer que la communication est le socle de la vie commune, et que les cachotteries en sont la gangrène.

— S’il te plaît, Dimitri…

— Tu n’étais qu’une monnaie d’échange. Tu devais lui permettre de récupérer un accord avec le gouverneur pour que ce dernier le protège et le disculpe de tous ses futurs crimes.

Mon estomac se révulse, j’ai l’impression que le sol tremble. Voilà la

raison de ma survie. Je n’ai jamais réussi à mettre le doigt sur ce qu’il

attendait de moi, si je l’avais fait, j’aurais été capable de tout faire capoter

et me libérer de lui par la même occasion. Je n’avais rien de spécial

initialement, sauf peut-être ma beauté qui lui a donné l’idée de se servir de

moi comme d’un prix.

— Maintenant qu’il t’a épousée, continue-t-il. Les hostilités avec le gouvernement vont officiellement être lancées. J’ai hâte.

— Tu veux dire qu’ils vont démanteler le gang ?

— Ils vont tenter en tout cas. Le risque est grand, mais le politicien ne pourra pas laisser passer un manque de respect pareil. Son honneur est en jeu à présent.

Mon cerveau carbure à mille à l’heure. J’ai toutes les raisons du monde

de souhaiter que ce monsieur y arrive, pourtant quelque chose me turlupine.

— Il était d’accord pour que Nass lui octroie une femme non consentante ? C’était leur deal à tous les deux, n’est-ce pas ?

Il éclate de rire, comprenant sûrement le sens de ma question.

— D’après mes infos, le politicien a un petit penchant pour la soumission des demoiselles. Il les aime même plutôt… jeunes.

Un électrochoc me brûle l’intégralité des muscles.

— Comment ça ?

— C’est un pédophile doublé d’un violeur. Crois-moi, il trempe dans tous les business de la ville, car il peut se servir dans les différents trafics qui l’intéressent. Nass ne touche pas aux traites d’enfants, mais d’autres le font pour lui, alors ce fils de pute en profite à loisir.

Cette fois, je vais vomir. Je me retiens in extremis tandis que mon

dédoublement de personnalité commence. Le sang boue dans mes veines,

bientôt remplacé par de la lave en fusion. L’éruption de rage que je contiens

depuis tant d’années explose comme un raz de marée destructeur.

— Des trafics d’enfants ? répété-je d’une voix blanche.

— Oui, ma chérie. Et s’il parvient à démanteler les BM, ce succès lui assurera sa réélection. Tout bénef pour le pédo.

Je réalise à cet instant à quel point mon rôle est important.

Dimitri est encore en ligne, toutefois, je n’arrive plus à articuler. Je

peine même à réfléchir tant l’évidence prend place dans ma conscience. Les

larmes au bord des yeux, je pose pour la énième fois, une main tremblante

sur mon nombril. Il y a, à certains moments, des causes qui nécessitent de

lourds sacrifices.

Je le comprends, et quand je raccroche, je sais qu’il est impératif que

Nass respecte sa part du marché, d’autant que Dimitri a fait amende

honorable en l’avertissant. Je crois avoir un moyen de tout arranger, sur

tous les plans. Je vais me rendre chez le gouverneur pour devenir sa future

proie.

 

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