Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 23
Helena
Nass est parti depuis longtemps et je suis encore dans mon lit dont les
draps sont chiffonnés d’avoir été malmenés par notre corps à corps
dévastateur. Son odeur est partout dans l’air pendant que je fixe le plafond,
plongée dans la pénombre. Les bris de verre toujours reliés à l’encadrement
de la fenêtre tintent grâce au vent qui s’engouffre dans la pièce et me
caresse la peau au passage.
Si j’avais couché avec Dimitri, ses mains ne se seraient jamais
desserrées de ma gorge, je l’ai vu dans son regard, mais au lieu de
m’effrayer, cela me fait réfléchir. Un lent sourire s’étire sur mes lèvres
encore rouges et bouffies de la violence de l’attaque de mon partenaire. Je
ne peux nier la bouffée d’oxygène qui m’a comme ranimée. Je ne peux
ignorer non plus la vitalité qui s’infiltre dans mes veines et revigore tous
mes membres. Ce moment avec Nass m’a galvanisée, or je crains déjà la
descente de ce shoot de drogue dont je n’ai géré ni la dose ni la substance.
Oh oui, la chute va être vertigineuse. Dans peu de temps, je souffrirai le
martyre pour en réclamer à nouveau. En attendant, j’ai des plans et même si
ma grossesse me perturbe, je dois l’occulter pour l’instant.
Je me demande comment aurait réagi Nass si je lui avais avoué porter
son enfant, alors qu’il m’avait questionnée sur ma contraception. À l’époque, je m’étais insurgée qu’il m’imagine tentée de tomber enceinte de
lui. À ce souvenir, la honte m’envahit. Toutefois, il était irréaliste d’être
rigoureuse sur ma prise de pilule avec tout ce que je vivais près de lui. S’il
n’y a pas songé lui-même, il est tout aussi responsable que moi de cette
situation. J’occulte ces pensées qui n’ont pas lieu d’être, car je refuse qu’il
l’apprenne. Je vais mettre un terme à cette complication quand je le
pourrais.
Quelqu’un ouvre la porte à la volée et Dimitri me trouve donc à moitié
couverte de la couette, dans un décor apocalyptique. Ses phalanges
blanchissent tant il contracte les poings quand son regard noir passe de la
fenêtre en morceaux à mes cuisses nues. Je ne fais aucun effort pour me
préserver, il m’a déjà vue dénudée plus d’une fois, et mon esprit est ailleurs.
Toutefois, quand j’y prends attention, je remarque sa tenue de combat
semblable à celle de Nass, ainsi que ses nombreuses blessures au visage et
aux mains. On dirait que la bataille a été rude pour les deux parties. Je
tressaille en reconnaissant la machette glissée dans une boucle de sa
ceinture. Cette même arme qui a décapité un gars devant la piscine. Nass
n’était pas le tueur, c’était Dimitri. Cette information me glace le sang, en
même temps qu’elle me rassure. Je ne risquais rien finalement.
— Alors vous avez bien couché ensemble, siffle-t-il.
À mon tour de le toiser avec hostilité.
— Oui, approuvé-je d’un ton irrité. Tu veux des détails ou ton
imagination te suffira ? En plus, la prochaine fois que tu organises une
bataille dans ton domicile, soit tu me laisses participer, soit tu évites de me
placer dans une pièce facilement accessible, avec aucun moyen de défense.
Je n’attends pas qu’il réponde, je sors du lit puis me dirige vers la salle
de bain que je ferme à double tour. Le silence m’informe qu’il consent à
cette fin de conversation brutale, alors je me précipite dans la douche que j’allume pour m’y glisser avant que l’eau atteigne un degré de chaleur
tolérable. Le froid m’aide à me ressaisir pour effacer les sensations encore
trop présentes sur ma peau, que j’astique avec un dynamisme trop zélé. Peu
de temps après, je suis propre, mais rouge, voire écorchée à certains
endroits. Le front contre la mosaïque de la faïence, je tente de me reprendre,
mais trop d’émotions m’ont bousculée aujourd’hui. Comment accepter le
fait que je suis enceinte et dans le même temps d’avoir recouché avec le
père de l’enfant, un père aussi cruel que monstrueux, un père qui nous
mènera droit vers la damnation.
Quand je reviens dans la chambre, bien sûr Dimitri n’est plus là. Je me
rallonge sur le matelas qui garde les traces olfactives de Nass et, contre
toute attente, m’endors comme une masse malgré le vent qui s’infiltre dans
l’endroit devenu vulnérable. Depuis mon exil, je n’ai plus accès aux
narcoleptiques. Si j’ai passé plusieurs nuits blanches pendant ma
désintoxication, paradoxalement, je retrouve un sommeil plus profond. Mes
sommes restent entrecoupées de cauchemars dont certains ont le visage de
Jasmine, d’autres de Lisa ou encore du garagiste. Mon subconscient
cherche par tous les moyens à faire taire les sentiments qui sont nés pour
Nass et, depuis mon éloignement, j’en sentais les effets. Ce soir, je n’en ai
plus la certitude…
Le lendemain, je crains de descendre de mon refuge, qui n’en est plus
un depuis qu’il lui manque une fenêtre, pour voir l’état de la maison ainsi
que des potentiels cadavres non débarrassés. Mais étrangement tout est
clean. Au lieu de me rassurer, cela m’interroge. Qui a nettoyé et où sont
passés les morts ? Je réprime un frisson de dégoût. Si on ne distinguait pas
les impacts de balle dans les murs, mêlés à la pelouse saccagée, on pourrait
penser que c’est une matinée comme une autre. Quand j’entre dans la
cuisine, Dimitri s’étonne de m’y croiser.
— Qu’est-ce que tu fais ici ?
Je hausse les sourcils.
— Ici dans la cuisine ou ici chez toi ? Car si c’est la deuxième option,
je te rappelle que c’est toi qui m’y as invitée.
Mon hôte ignore ma taquinerie et ouvre un placard pour en sortir une
tasse.
— La grossesse t’aide à retrouver l’appétit à ce que je vois, marmonne-
t-il avant de quitter la pièce, son café en main, sous mon air dépité.
Une fois restaurée, je me dirige vers le jardin pour profiter de
l’atmosphère extérieure, mais elle est toujours empreinte d’odeurs de
poudre et de sang. Une présence dans mon dos me fait pivoter, sur le qui-
vive, mais il ne s’agit que de Dimitri qui évite mon regard. Son expression
rude est tout aussi austère qu’hier soir.
— Le repas chez Nass aura lieu ce soir, je t’ai fait livrer une tenue, elle
doit se trouver dans ta chambre. Tâche d’être convaincante en tant que
fiancée, car si tu l’ignores encore, les enjeux ont dépassé la simple
vengeance.
Je plisse le front sous cette phrase énigmatique, mais il est déjà reparti
avant que je puisse lui demander plus d’explications. Quand je retourne à
l’étage, effectivement une magnifique robe argentée, faite de strass et de
sequins, et dont la couture est fendue sur le côté, m’attend. Les escarpins
hors de prix qui l’accompagnent m’obligent à ciller.
Le message est clair, la prochaine soirée revêt une importance toute
particulière.
Le rejet de Dimitri me peine sincèrement. Tout en soufflant de dépit, je
m’empare d’une tasse de café, puis me dirige vers la machine expresso à
mon tour. L’appareil est vide, Dimitri a dû utiliser la dernière, or je n’ai
aucune idée d’où se trouve le stock de secours.
Pressée de m’abreuver de ma dose de caféine, je pars à la recherche de
la précieuse substance et pour ce faire, ouvre tous les tiroirs que je trouve
sans jamais trouver ce qui m’intéresse.
Au dernier placard, persuadée que je vais devoir me passer de ma
boisson matinale, je tombe enfin sur les recharges Nespresso.
Malheureusement ces dernières sont presque inaccessibles tant elles sont
reculées dans leur espace. Sur la pointe des pieds, je tends la main avant de
donner une impulsion pour les attraper. Je ne sais pas si mon geste est trop
brusque, en tout cas le fond du meuble craque et la plainte s’écroule sur mes
doigts.
Gênée de l’avoir abimée, je m’empare d’une chaise pour m’y hisser
afin de mieux apercevoir l’état des dégâts. J’essaie de replacer la plaque du
mobilier et c’est à ce moment que mon attention se porte sur un détail. Mes
yeux se plissent pour tenter de mieux discerner ce que je devine être cachée
dans une espèce de double fond.
Je comprends très vite à quoi cela correspond. Une grimace de dégoût
traverse mes traits quand j’étudie plus longuement ce que contient la
cachette.
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