Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 34
Nass
Le temps est comme suspendu depuis que j’ai éjaculé. Les paumes
aplaties contre mon bureau, le visage baissé, je m’interroge sur la suite à
mener. Helena s’est approprié ma chemise inutilisable pour se glisser
dedans, le tissu la couvrant jusqu’à mi-cuisses. Ses jambes restent
accessibles à l’œil nu, alors j’ai dû me détourner de cette vision pour ne pas
repartir dans mes travers sexuels, et récupérer un semblant de sang-froid.
— Je vais demander à Juan de te ramener chez moi.
Mon bras droit, qui a permis à Helena de quitter le club le soir de
l’attaque des D16, a subi les conséquences de sa négligence. Son orbite
fêlée par mon coup de poing lui a fait perdre un œil, néanmoins, j’estime
que c’est peu cher payé comparé au sort des clients du Palacio. Je lui ai
laissé le choix de se retirer des BM suite à son handicap. S’il avait accepté,
je l’aurais exécuté sur-le-champ. Hors de question d’avoir un hypothétique
ennemi dans les rues, encore moins un qui nous connaît si bien. Toutefois,
Juan a juré vouloir continuer à servir le gang, pour le prouver il a sorti son
couteau suisse avant de graver BM sur le dos de son autre main. Le même que j’aurais dû apposer. J’ai haussé les sourcils, puis tourné les talons,
satisfait.
— Nass ? insiste-t-elle. Concernant le mariage, tu n’es pas sérieux,
n’est-ce pas ?
J’entends dans son ton qu’elle s’attend à ce que je la rassure, que je
ricane et lui avoue qu’évidemment, je cherchais juste à la provoquer.
Dommage…
— Je ne l’ai jamais autant été. Tu seras ma femme dès demain.
Le silence qui s’installe me force à me retourner pour contempler ma
fiancée. Elle paraît encore plus minuscule dans ma chemise, enveloppée
dans les effluves de mon parfum. Sa fausse fragilité a failli m’avoir. Je l’ai
sous-estimée à plus d’une reprise.
— Tu es déjà marié, siffle-t-elle, ses prunelles comme deux pierres
volcaniques.
Si nous venons de partager un moment intime, il n’en reste pas la
moindre miette sur son visage. Toute trace de désir a disparu, ne subsistant
que sa révolte qui m’avait tant manquée.
— Tu aurais dû lire les clauses du contrat de mariage, mon ange, la
nargué-je en lui jetant un clin d’œil. Apparemment, j’ai beaucoup de choses
à t’apprendre.
Mon ricanement ne trouve aucun allié, pourtant je jouis presque aussi
fort de voir ses traits se décomposer que d’avoir rempli sa cavité buccale de
mon sperme.
— De quoi tu parles ? finit-elle par me questionner alors que cette
phrase lui arrache la bouche.
— Il était stipulé sur le contrat que je serais uni par les liens du mariage
à Mlle Célia Lavarini, jusqu’à ce que je récupère ce qui m’appartenait.
Mes sourcils se haussent, victorieux, pendant que les siens se froncent
sous l’incompréhension ou la colère. Je ne saurais dire.
— Ce qui m’appartenait, c’est-à-dire : toi !
Ses yeux s’arquent, pendant qu’elle me témoigne tout le dédain que je
lui anime.
— Et tu vas me faire croire que Célia a signé ça ?
— Il faut dire que j’ai su être… convaincant.
Aussitôt, le mépris laisse la place à l’inquiétude.
— Que lui as-tu fait ?
Je me marre un peu plus fort.
— Eh bien, avoir des gosses est parfois une force et parfois… c’est une
faiblesse.
Aucun besoin de préciser à quoi je fais allusion, elle inspire, choquée,
la bouche grande ouverte.
— Tu as menacé de tuer ses enfants, lâche-t-elle dans un souffle.
— Aux grands maux, les grands remèdes, je me défends. Il me fallait
une épouse pour te rendre jalouse, ma chérie. Sans ça, tu n’aurais pas
cherché à faire de même en utilisant Dimitri et ainsi de suite, je n’ai pas
besoin de te remémorer qui a remporté la partie. Tu l’as très bien rappelé, il
n’y a pas cinq minutes.
S’il était humainement possible de provoquer un incendie par la simple
pensée, j’imagine que c’est exactement ce que ferait mon interlocutrice.
— Si ça peut te réconforter, Célia a retrouvé son bébé de six mois,
après que tu as décidé de ne pas rejoindre Dimitri. Sans le savoir, tu as
sauvé deux vies pour le prix d’une. Tu vois, je suis bien plus clément que tu
peux le croire.
— C’est aussi ce que tu te dis pour la tuerie au Palacio ? « Aux
grands maux, les grands remèdes » ? Tu as assassiné une vingtaine de personnes, juste parce que je dansais…
— Dans les bras d’un mec, je l’interromps en sentant une énergie
beaucoup trop sombre envahir ma conscience.
— Arrête ! hurle-t-elle plus furieuse que jamais. Tu venais de me dire
que je n’étais qu’une pute à tes yeux, une parmi tant d’autres. Tu n’as pas le
droit de me le reprocher et tu n’avais aucun droit non plus de t’en prendre à
toutes ces personnes, ni de me bannir de ma ville pour ensuite me récupérer
de force comme une vulgaire poupée. Tu n’es qu’un enfant trop capricieux
qui refuse de céder son jouet qu’il a pourtant martyrisé et abandonné dans
un coin.
Elle cesse de parler, haletante, les cornées embuées à cause d’une
indignation qui doit la pousser dans ses retranchements. Ma respiration s’est
saccadée au même rythme que les traits de mon faciès se sont assombris.
Mes épaules se tendent, mes mains sont prises de tremblements. Il faut
qu’elle parte.
En ouvrant la porte, je tombe face à Juan qui attendait la consigne
d’intervenir.
— Ramène-la chez moi, ordonné-je d’un ton glacial. Qu’elle soit
surveillée comme le lait sur le feu. Attention, Juan, si lui arrive le moindre
truc, je te fais torturer et bouffer par mes clébards.
Il opine du menton et, sans qu’il ait le temps d’entrer pour escorter sa
mission, cette dernière est déjà à ses côtés. Elle le dépasse, et sa tenue
légère me saute à la vue maintenant que l’intégralité du club peut la voir. Je
reçois aussi sec une gifle de jalousie qui ranime la partie la plus sombre de
moi-même.
— Que tout le monde baisse les yeux, hurlé-je si férocement qu’Helena
sursaute, avant de pivoter vers moi avec un tel élan qu’elle manque de
tomber.
Immédiatement, les visages se rivent au sol, pendant que je surveille la
moindre réaction des individus. Mon regard sauvage balaie la pièce comme
un forcené.
— Juan, dépêche-toi, bordel de merde !
Aussitôt, mon sbire se reprend et l’escorte jusqu’à la sortie, mettant fin
à la tension qui fourmille dans mes membres comme de la lave fabriquée
par l’œillade meurtrière de ma partenaire.
Le reste de la soirée consiste essentiellement à gérer des affaires qui me
passent à côté. Je délègue plus que je le fais d’ordinaire, car une chose
m’obsède : Helena. Je n’ai pas confiance en elle et surtout, je suis conscient
de ses capacités. Elle n’a aucune raison de fuir puisque je me suis assuré
qu’elle n’ait pas un seul endroit dans lequel se réfugier, mais je m’en méfie
comme de la peste.
Je décroche mon téléphone pour composer le numéro de Juan.
— Comment va-t-elle ?
— Nickel, boss. Je crois qu’elle dort.
— Vérifie.
— Vous voulez…, vous me demandez d’entrer dans sa chambre ?
— Grouille-toi, grogné-je.
J’entends la poignée s’abaisser, preuve qu’il exécute mes ordres. Mon
pouls s’intensifie et les secondes qui passent sont à deux doigts de me faire
disjoncter.
— Elle est bien endormie.
— Très bien, ne la quitte pas des yeux. Je veux qu’elle soit là demain
matin. Elle aura tout le loisir de partir ensuite.
La communication prend fin l’instant d’après. Une fois qu’elle sera
mariée avec moi, je ferai en sorte que l’information circule à une vitesse
faramineuse. Après ça, il lui sera impossible d’espérer m’échapper. Cette information réjouira la tonne d’ennemis qui n’attend que ma chute, mais je
ferai d’elle une force. Ma force. Ils n’imaginent pas à quel point notre duo
deviendra redoutable. Mon épouse ne sera ni atteignable ni abattable. J’en
fais la promesse.
Régulièrement, j’envoie des textos à mon bras droit afin de m’assurer
que tout est sous contrôle de son côté. Jay m’observe du coin de l’œil, ce
qui me donne envie de lui crever le sien. Il se rend compte qu’Helena est à
présent un élément important, or, rien que de me souvenir de lui
l’embrassant à pleine bouche me révulse. J’ai confiance en Jay, je sais qu’en
faisant d’elle mon épouse officielle, le respect mêlé à la crainte qu’il me
voue se superposera sur elle. Il serait fou de tenter quoi que ce soit sur la
femme de son chef, et mon meilleur homme est loin de l’être.
— Pars, si t’as besoin. Je suis là pour gérer, me propose-t-il.
— Le gouverneur ne va pas tarder à frapper, je lui réponds, occultant
son offre. Notre accord ne tiendra pas si je ne peux pas lui céder Helena
pour le faire chanter ensuite.
— Je sais, mais les flics flippent trop. La moitié de leurs familles est
sous contrat. Au moindre pet de travers, leurs gamins se retrouveront
orphelins. Même le politicien ne peut rien contre la peur de perdre ses
proches.
Ses propos résonnent dans ma tête, mais ne font pas mouche. Il est vrai
qu’un paquet de policiers ont été trouvés dépecés dans des coins de rue, si
bien que la terreur règne en maître. Toutefois, je suis bien placé pour savoir
que la rébellion ne met pas longtemps à se former et qu’il n’y a pas plus
nocif que l’espoir. Au moindre faux pas de ma part, ils frapperont. Je dois
tout anticiper, et pour cela, l’immunité totale signée de la main du
gouverneur m’est indispensable.
Je me lève d’un bond du fauteuil situé dans le carré, puis en sors
rapidement. Certaines clientes cherchent à happer mon regard en dansant
avec sensualité sur mon passage. Malheureusement, si la rumeur disant que
je n’ai jamais cédé aux avances de l’une d’elles était exacte, dorénavant,
avec la femme qui m’attend dans ma demeure, celle qui me fera craquer
n’est pas née.
— Jay, reste sur tes gardes et appelle-moi en cas de besoin.
Sur ces mots, je quitte le club, pressé de finaliser les derniers détails de
mon futur second mariage.
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