Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 1
Borya Ivankov
Nov. 1989
Deux jours que nous sommes sur place et que mes hommes ont ratissé
Belgrade, à la recherche de ce fumier de Nikolic. Il pensait nous faire un
pied de nez en s’attaquant à mon armement, mais les traîtres sévissent dans
les deux camps, or cette fois, nous avons été les plus rapides à avoir les
informations. L’offensive a été sanglante, brève. Personne n’a eu le loisir de
nous échapper. Femmes, enfants, tous ont été exterminés par mes gars, et ce
putain de fils de pute a préféré se terrer plutôt que les protéger avec
honneur. Pour ça, il paiera doublement. J’exècre la faiblesse. En pensant à
ce lâche qui a sacrifié les siens, je crache sur le sol.
Je demeure sur mes gardes. C’est l’un des plus précieux conseils que je
pourrais transmettre à ma descendance. Rester proche de ses ennemis. Ne
jamais les perdre de vue ni baisser l’attention.
Je suis là, dans le quartier qui vient de témoigner de la barbarie qui
nous représente sinistrement. Je marche d’un pas assuré dans les ruelles
étroites, désormais souillées du sang des dommages collatéraux. Il n’y a
aucun survivant. Je continue de longer les cadavres qui me laissent
totalement indifférent, je les remarque à peine, ni eux ni les impacts qui ont
coloré les murs crépis, à l’instar d’un artiste contemporain.
Mes hommes m’encerclent, armés jusqu’aux dents. Rompant ce silence
mortifère de temps à autre par des tirs de sommation. Bien sûr que je suis
maudit, que les milliers d’âmes qui viennent de rejoindre le Créateur me
hanteront jusqu’à l’éternité, mais mon passage sur terre ne servira qu’à faire
honneur à la famille et à accroître la puissance de la mafia russe dont j’ai
hérité à l’âge de 17 ans.
Jamais avant moi, notre réseau n’a connu un tel essor. Dorénavant,
nous gérons presque toutes les facettes de notre pays. Le gouvernement
nous est entièrement soumis et nous n’avons jamais été aussi riches et
prospères. Ma cruauté, ma folie ne sont pas étrangères à cette réussite. En
cas d’opposition du peuple, je n’hésiterai pas à tuer chaque concitoyen de
Russie jusqu’au dernier.
Je n’ai pas encore d’enfant, toutefois ça viendra rapidement. Mon fils
ou ma fille seront les héritiers de l’empire que je leur offrirai sur un plateau
d’argent. Je n’ai pas de problème à avoir une descendance féminine. Elle
sera éduquée comme une guerrière et aura l’avantage de se faire sous-
estimer par ses ennemis. Il n’y a rien de mieux que de pouvoir attaquer
lorsque l’adversaire ne s’y attend pas. Oh oui, peu m’importe son sexe,
cette progéniture sera une véritable machine à tuer, je l’élèverai à mon
image.
— Je ne vois personne, m’interrompt Vlad, mon frère. Ils sont
forcément partis. Viens, on rentre.
Je m’apprête à tourner les talons en entraînant mes hommes dans mon
sillage quand j’entends une voix d’enfant pleurnicher dans l’une des
maisons à la porte arrachée. Y aurait-il des survivants, finalement ? Je me
dirige vers les sanglots, suivi de près par ma garde rapprochée. Mes
Brunello Cucinelli claquent contre le pavé jusqu’à ce que je pénètre dans la
bicoque.
En effet, un petit garçon d’à peine cinq ans se trouve près du cadavre
de sa mère éventrée dont il tient encore la main, prostré à même le sol. Je
distingue le père avachi contre un canapé, l’arrière du crâne explosé. Ils se
sont battus pour protéger leur fils, comme en témoignent les nombreux
meubles saccagés, couplés aux coups sur les bras et le visage de la
génitrice.
Lorsqu’il nous voit, l’enfant se relève et nous accable d’un regard
acerbe. Il serre ses mini-poings, puis les pointe devant lui en lançant de
drôles de feulements. Il va sans dire que son père avait dû commencer à lui
apprendre les rudiments du combat. Il ne s’éloigne pas de sa figure
d’attachement quand bien même celle-ci ne pourra jamais plus lui répondre.
Le petit cherche à la protéger. Cette vision m’arrache un rictus.
L’un de mes sbires s’avance, décroche son arme à feu, avant de viser la
tête du garçon. Je l’arrête de l’index. Aussitôt, celui-ci baisse le bras.
— Qu’est-ce que tu fais ? me fustige Vlad. Finis-en avec le gamin. Ce
serait inhumain de le laisser crever ici, tout seul. Faut qu’on se barre, ils
pourraient revenir plus nombreux.
Je hausse les sourcils d’ironie en l’entendant parler d’inhumanité. Si
une once d’humanité coulait encore dans nos veines, il est clair que nous
n’en serions pas là aujourd’hui. Cependant, mon frère a raison, je pourrais
abréger la future agonie d’un enfant laissé à l’abandon dans un village
exterminé.
Pourtant, quelque chose en lui m’interpelle. Je continue à détailler ce
poupon aux traits sublimes. Ses grands yeux bleu foncé me scrutent avec
une haine déroutante pour un si jeune âge. Qui étaient ses parents pour lui
transmettre une telle rage de vaincre ?
Ce qui est intéressant, c’est que jamais personne de ma vie entière n’a
osé m’affronter de la sorte, or contre toute attente, j’en serais presque séduit. Mon choix est fait. D’un claquement de doigts et d’un ton sans
appel, j’ordonne que l’on récupère l’enfant pour le ramener en Russie. Sans
broncher, deux des gars s’approchent du petit qui s’agite comme un vrai
démon. Il crache même sur Boris, l’un de mes plus proches serviteurs qui,
furieux, lève le poing pour l’abattre sur son minois.
— OST ![1]
Mon visage s’est métamorphosé sous la rage. Cela a l’effet escompté.
Mon subalterne déglutit de la peur qui s’est insinuée sur ses traits. Le minot
aussi a arrêté de se débattre.
Je pointe l’index sur Boris, et mon timbre suffit à instaurer la crainte
nécessaire.
— Prikosnis'k nemu, i ty mertv[2].
Il acquiesce du menton, les traits inexpressifs. Aucune émotion ne doit
tressaillir d’eux. Je leur demande une rigueur extrême et une soumission
totale.
Je tourne les talons, les cris du gamin dans le dos.
OceanofPDF.com