Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 53
Dimitri
Dimitri, 3 heures avant.
Notre regard mutuel a changé. C’est ce qui me saute aux yeux quand je
rentre, quand bien même son canon est dirigé sur ma personne, comme très
souvent dès qu’on se trouve l’un avec l’autre.
Comme s’il lisait dans mes pensées, il l’abaisse avant de me rejoindre.
— J’ai le plan de sa villa, m’annonce-t-il.
J’arque un sourcil.
— Eh bien, je présume que j’avais raison de me douter que tu mijotais
quelque chose contre Wilton.
— C’est pour ça que tu le surveillais, n’est-ce pas ? Tu voulais faire
foirer mes projets.
J’inhale une longue taffe de la clope que j’ai allumée juste avant de
débarquer, et prends mon temps pour recracher la fumée, réfléchissant à ce
que je vais répondre.
— En effet, cousin. La perche était trop belle. Quel meilleur moyen
pour te détruire que de s’attaquer aux BM ?
— En t’en prenant à Helena ! Mais je suppose que c’était la suite du
plan, questionne-t-il d’une voix blanche dans laquelle aucune de ses
pensées ne perce.
— Plutôt le premier, en fait. Cependant, je dois avouer que tu sais bien
les choisir. Elle est trop intelligente, trop maligne pour toi et moi. Aucun de
nous ne la mérite, ricané-je.
— Promis, j’y songerai quand je la prendrai en levrette.
Mes dents se dévoilent pendant que je secoue lentement la tête. Nos
jouxtes verbales m’avaient plus manquées que je l’imaginais. Notre feeling
n’a pas disparu. Je le sens encore là, tout près, alors que lui aussi affiche
un sourire narquois.
— On peut être là-bas dans vingt minutes si je pousse le moteur,
reprend-il en empruntant la direction du parvis. On peaufinera notre plan
d’attaque sur la route. Dis à tes hommes de dégager, ils ne nous seront
d’aucune utilité, car plus on sera, plus on aura de risques de se faire
remarquer.
Nous arrivons, phares éteints, au moment où mon équipe vient de se
retrancher. Nous les surprenons, telles des ombres, se diriger vers leur SUV.
Seul mon sniper est resté en place pour nous informer en temps réel de la
situation d’Helena. La hauteur du mur est impressionnante, nous avons
donc besoin d’un harpon pour l’escalader. Nous redescendons de l’autre
côté dans un silence parfait, malheureusement, un garde situé trop près de
nous croise mon regard. Avec une douceur maîtrisée à la perfection, Nass
lui fracture les cervicales, le cadavre retombe mollement à ses pieds sans
avoir eu l’opportunité d’exprimer sa surprise. Notre discrétion est
primordiale pour tuer suffisamment d’hommes avant que l’assaut soit lancé
et que le bruit alerte le gouverneur. Helena nous a prévenus qu’elle se
débrouillerait pour faire ouvrir les fenêtres afin qu’on s’y engouffre.
Pendant que nous progressons, je comprends pourquoi la jeune femme
a tenu à ce que nous accomplissions cette mission tous les deux. Nous
sommes aussi doués l’un que l’autre, et nos compétences font de notre duo une arme nucléaire. Je n’aurais jamais imaginé, il y a encore quelques
jours, commanditer une offensive à l’aide de mon cousin.
Nous nous séparons. Je prends l’aile gauche pendant qu’il s’occupe de
la droite. Des gardes sont postés aux extrémités. Nos 9 mm sont pourvus de
silencieux, mais même ce dispositif ferait trop de bruit. Ce ne sont pas des
gosses sortis de l’école du FBI, eux aussi sont redoutables. Ils ne protègent
pas le gouverneur d’un État pour rien. Si nous sommes remarqués et qu’ils
sont trop nombreux, nous risquons la catastrophe. C’est pour cette raison
que je m’empare de mon cran d’arrêt avant d’en égorger un tout en lui
comprimant la bouche dans le but que ses gargouillements d’agonie ne
soient pas perceptibles. Son sang ruisselle sur mon torse, néanmoins,
j’attends qu’il cesse de gigoter pour le repousser. Je peste en observant
mon haut noir trempé d’hémoglobine. Au loin, Nass me lance un signe,
confirmant que la voix est libre de son côté également. J’avance
subtilement, mais suis stoppé dans mon élan en entendant le talkie-walkie
du mort résonner derrière moi.
— Kevin, tout se passe bien pour toi ?
Je rebrousse chemin puis récupère l’objet à la taille de ma victime.
— Ouais, nickel.
Silence. Quelques grésillements, mais aucune réponse en retour. Fait
chier, ça pue.
— Reçu, finit par répliquer l’interlocuteur.
Pas de temps à perdre, je dois rejoindre Nass à l’arrière, et
rapidement.
Tout à coup, un peu plus loin, des exclamations d’homme se font
entendre. Et merde ! Ça s’agite et le boîtier derrière moi m’apprend ce que
j’ignorais.
— Philippe, viens à l’aile 3, Daniel et Jack ont été tués, beugle son
collègue. Magne-toi le cul.
Philippe ne vous rejoindra jamais les mecs, mais moi, je suis dispo. À
tout de suite.
Quand j’arrive, les agents galopent dans tous les sens, arme au poing.
Plus le choix. Je dégaine mon flingue, puis vise l’un des individus. En plein
dans le mille. L’homme s’écroule, un trou à l’arrière du crâne.
Malheureusement, mon coup de feu a révélé ma position, alors aussitôt des
ordres sont hurlés et une ribambelle de gardes courent dans ma direction.
Je me concentre, m’ancre au sol avant de viser. Un, deux, trois, quatre. Ils
tombent comme des mouches, mais les survivants ne perdent pas le rythme.
On me tire dessus, j’évite les projectiles en me camouflant derrière un
arbre. Ils sont trop nombreux. Je n’ai aucune échappatoire et pas le temps
de remplir mon chargeur.
— Merde, attention, ça fuse à l’arrière, ils sont plusieurs, ces enculés,
hurle l’un des leurs. Couvrez-vous.
Je profite de la distraction pour me décaler du tronc afin de continuer
à tirer. Cependant, comme je manque de visibilité, mes missives ratent leurs
cibles. Bien entendu, je suis cerné en moins de temps qu’il en faut pour le
dire. Si je tente d’attaquer, je me prendrai une balle en pleine tronche avant
de les atteindre, je n’ai pas d’autre choix que de baisser mon arme.
Toutefois, je suis étonné de n’en voir que deux m’approcher, les yeux
révulsés de terreur et de fureur.
— On en a un, gueule l’un de mes adversaires dans son talkie-walkie
pendant que son collègue m’envoie un crochet du droit dans l’estomac.
Je grogne, mais encaisse.
— Espèce d’enculé, on va vous faire la peau à toi et tes potes, me
crache-t-il alors que je lui adresse un sourire victorieux qui décuple sa rage.
En réplique, il essaie de m’en coller un deuxième, mais j’esquive avant
de frapper mon crâne contre son nez. Les mains pressées sur sa cloison
nasale qui pisse le sang, il rugit en m’affublant de tous les noms d’oiseaux
américains qu’il connaît. L’autre, que je soupçonne être plus novice,
bascule le regard de son collègue à moi d’un air paniqué. Il ne sait pas
comment réagir, alors il tente un nouvel appel sur sa radio qui est restée
silencieuse la première fois.
— Je répète, on en a chopé un. Il nous faut des renforts, Tom est blessé.
— Ferme-la, siffle « nez pété » en se redressant et en reniflant dans
un vacarme sonore répugnant. On n’a pas besoin d’aide.
Sur ces mots, il pointe son flingue dans ma direction, mais avant qu’il
ait le temps d’appuyer sur la détente, il reçoit une flopée de balles qui lui
fait exploser le visage. Dans un bruit mat, le corps choit comme une poupée
de chiffon.
Nass.
Le novice couine en reculant, le regard vissé sur le cadavre. Ni une ni
deux, je relève mon arme pour tirer sans sommation. Une bonne chose de
faite, je peux respirer. Il me faut une clope…
— Grouille-toi, chuchote le gangster. Ils ont forcément prévenu les
forces de l’ordre.
Encore une fois, si on m’avait dit que le leader des BM me sauverait la
peau, je me serais esclaffé à cœur joie. Sans un mot de plus, je le suis, et
nous nous dirigeons vers le salon du propriétaire. Grâce au plan de Nass,
nous trouvons rapidement les fenêtres correspondant à la pièce. Pour
l’instant, la baie vitrée est encore fermée, mais au moment où nous
approchons quelqu’un l’ouvre juste après que nous nous sommes camouflés. D’un coup d’œil à mon allié, je confirme que le signal est lancé.
Toutefois, dans mon oreillette, mon sniper me dérange.
— Ça dégénère là-dedans, m’informe-t-il.
— Comment ça ? murmuré-je, ce qui n’échappe pas à Nass qui se
retourne à moitié.
— Je crois qu’il va la violer, il vient de la gifler et s’apprête à la
fouetter. Je fais quoi ?
Je répète les propos au criminel dont les traits se métamorphosent. Je
reconnais cette expression. Elle était présente le jour où il a découvert
Maika…
— Je lui ordonne de tirer ou pas ?
Contre toute attente, il secoue la tête.
— Non, laisse-la gérer. Elle est forte, elle saura se débrouiller. C’est sa
vengeance après tout.
Je confirme d’un signe du menton.
— Attends mes directives, je réponds à mon gars.
Dans la foulée, alors que je sens Nass tendu comme un ressort, nous
nous engouffrons dans la pièce, vidée de toute présence humaine à
l’exception des deux protagonistes. Le regard émeraude de la bombe en
sous-vêtements se glisse brièvement dans nos prunelles, et ma poitrine se
comprime sous l’excitation qui naît dans mon bas-ventre.
Positionnée à califourchon sur lui, la belle brune est en pleine phase de
séduction sur Wilton. Elle a réussi à reprendre la situation en main. Cela
doit demander un effort herculéen à Nass de ne pas intervenir, mais fidèle à
lui-même, et à sa maîtrise que j’ai toujours jalousée, il se planque derrière
l’un des murs, pendant que je l’imite, attendant le bon moment.
— Je vais te massacrer, petite pute. Tu vas souffrir comme jamais. Je
laisserai toute la ville t’enculer et te baiser par tous les trous.
— Je peux commencer ?
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