Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 27
Nass
Born Ready – Zayde Wolf
Au moment où je peux ressentir la chair de mon ennemi juré craqueler
et s’étirer sous mes doigts, quand je sens son sang s’étaler sur ma main, je
pourrais rugir de plaisir. Mon programme s’est déroulé comme sur des
roulettes, avec une telle facilité que c’est à se demander si Dimitri et moi
avons eu la même formation. Le projet était terriblement efficace, je
suppose que c’est grâce à cela qu’il a si bien fonctionné. Au moment où les
hommes de Dim ont égorgé l’un des miens pour s’emparer d’Helena, je me
suis mis à élaborer un plan redoutable pour la récupérer, alors que j’avais
pourtant ordonné son expulsion. Je reviendrai sur cette autocontradiction
plus tard, car pour le moment, je me contente de savourer l’intensité de
l’allégresse que représente une victoire par K.O. technique. Je n’ai pas joué
franc jeu, mais ce n’est un secret pour personne, je n’ai aucune parole. Que
Dimitri ait sauté sur l’occasion d’obtenir n’importe quelle soumission de
ma part avec un si grand entrain me ferait presque souffler d’exaspération.
Je comprends pourquoi mon « père » ne lui portait que peu d’intérêt. Ceci dit, je reconnais qu’il sait se battre. Je vais avoir des séquelles de notre
corps à corps. Peu importe.
D’un coup d’œil, je vérifie qu’Helena est toujours près de nous et que
personne ne s’approche d’elle. Ses traits consternés sont mêlés d’horreur et
d’inquiétude. Une crainte qui me donne envie d’esquiver un nouveau geste
qui éventrerait ce connard qu’elle a l’air d’apprécier. Je n’ai pas pour projet
de tuer Dimitri, sinon ce serait déjà fait. Je ne peux pas me le permettre, car
avoir Borya à dos n’aiderait pas à l’ascension de mes affaires. Il me fallait
juste l’anéantir, si possible devant sa petite protégée.
Pour ce faire, il m’a suffi de laisser croire à Helena qu’elle pouvait
déplacer ses pions à sa guise. Je savais que lorsqu’elle me trouverait avec
Célia, elle rendrait coup pour coup. Il était évident qu’en redescendant, elle
utiliserait mon cousin à ses fins et que ce dernier, trop heureux de
m’atteindre, se réjouirait de répondre à ses avances. Toutefois, deux choses
m’ont déconcentrée et auraient pu foirer mes projets. La première est que je
ne m’attendais pas à ce que la jolie brune fasse preuve d’un si grand self-
control en me découvrant en plein ébat. Qu’elle entre et se fasse repérer par
Célia n’était pas non plus au programme, et si mon épouse avait décidé de
me quitter sur-le-champ, la vengeance d’Helena aurait pu se contenter au
fait de briser mon « couple ». De plus, la voir aussi près pendant qu’une
autre femme me suçait a failli me faire craquer. In extremis, je me suis
retenu de ne pas envoyer ma partenaire d’un coup de pied pour faire place à
celle qui m’envoûte dès qu’elle se trouve à proximité.
J’ai rencontré ma seconde problématique quand elle a agi comme je
l’espérais en se jetant sur son allié. Si au départ, son attitude pendant le
massage m’a plus excité qu’énervé, lorsqu’elle s’est accrochée à ses lèvres
et qu’ensuite, il l’a fait grimper sur lui, un ouragan destructeur a pris vie
dans mes entrailles. Cette frénésie meurtrière presque inédite m’a transformé en une bête capable du pire. Je n’avais pas ressenti cette énergie
nuisible depuis que je l’ai trouvée en train de danser dans les bras d’un
autre. Cependant, ma réaction trop impulsive aurait pu gravement me porter
défaut. Il me fallait l’accord de Dimitri pour un combat à la « loyale », il
devait l’accepter pour que nos gars ne se mêlent pas à la bagarre et risquent
de nous tuer tous les trois. Si mon cousin avait lancé les hostilités avant que
je puisse lui faire mon offre, nous serions en ce moment sur un champ de
bataille où peu auraient survécu.
Helena a été blessée par ma faute, mais cela a détourné l’attention de
Dimitri assez longtemps pour que j’aie les moyens d’intervenir avant lui. Là
encore, il m’a juste fallu appuyer sur les bons boutons psychologiques de
ma cible. Quoi de mieux pour appâter un poisson que de lui soumettre son
repas favori au bout de l’hameçon ? Comme je le présageais, Dimitri s’est
jeté dessus en avalant tout rond l’embout métallique, qui va bientôt devoir
ressortir de son estomac, en arrachant tout ce qu’il trouvera sur son passage.
Lui proposer, en cas de victoire, de remporter un ascendant sur moi
était la clef de tout, il était impossible qu’il ne tente pas sa chance, l’unique.
Là était tout l’enjeu, le pass vers mes objectifs. Et nous y voilà, pendant que
je le toise et que lui se vide de son sang. Pas de panique, j’ai frappé dans un
endroit stratégique, d’ailleurs, il en a conscience. Son regard hargneux
suinte la défaite, mais pas la peur de mourir. Toutefois, il est temps de sortir
ma carte maîtresse, l’as de ma manche, car sans celle-ci, je vais me faire
exécuter par les hommes qui me tiennent en joug, qui hurlent déjà à leur
patron de leur donner l’ordre de tirer. Comme je le sais à deux doigts
d’accepter, je dois le convaincre de garder bouche close. Je laisse le couteau
en place dans la plaie pour le prémunir de se vider à l’instar d’un cochon
d’abattoir, avant de déboutonner avec lenteur le haut de mon costume. Mes hommes restent calmes, répondant aux instructions que je leur ai données,
même si Jay fulmine de ne pas pouvoir intervenir.
— Si j’étais vous, messieurs, je ne tirerais pas.
Ils continuent de beugler comme des oies, les yeux rougis par la fureur.
Ils ne savent pas encore ce que je leur réserve, donc je ne peux empêcher un
sourire d’étirer mes lèvres. Pourtant, quand les boutons de ma chemise
subissent le même sort que ceux de ma veste, aussitôt le silence fait place.
J’éclate d’un rire diabolique, un rire transpirant de danger et de menaces
sourdes. Sur mon torse s’étend un bijou de technologie destiné au grand
terrorisme que j’ai réussi à obtenir grâce à un réseau bien huilé. En effet, ce
gilet explosif fait fureur parmi mes invités qui, subitement, abaissent leurs
armes.
— Je savais qu’on allait s’entendre…
Dimitri, que la lame doit faire souffrir le martyre, mais grâce à qui il ne
s’évanouit pas, pourrait me tuer de ses billes translucides. Il a compris qu’il
avait perdu, absolument tout perdu. Non seulement les clefs de son réseau,
mais surtout et par-dessus tout, le pouvoir de m’assujettir.
— S’il faut le préciser, commencé-je, le gilet est relié à mon système
cardiaque, si ce dernier s’arrête ou ralentit de manière trop brutale, le
dispositif explosera dans la seconde. Je vous conseille donc, si vous tenez à
la vie, de ranger vos armes et de laisser votre patron gérer seul ses
problèmes, comme un grand garçon.
Je n’ai pas besoin de regarder Helena pour savoir que son attitude doit
être calquée sur celles des Russes. Je l’espère tout du moins. Son tour
viendra, pour le moment, il me faut la récupérer et malheureusement pour
elle, ça m’a tout l’air d’être en bonne voie.
— Qu’est-ce que tu veux, espèce de salopard ? crache la voix éraillée
de Dimitri.
— Enculer Helena à sec, mais bon, ça, c’est pour plus tard, me marré-
je en dégustant la lueur d’animosité en entendant mes mots. Premièrement,
un marché est un marché, je vais m’approprier 20 % supplémentaire sur les
ventes d’armes et d’alcool.
Je fouille dans mes poches à la recherche d’un cigare, quand bien
même, je les déteste. Il se dit qu’en présence de la mafia, c’est comme qui
dirait du « savoir-vivre ». Et puis, je suis de bonne humeur, donc je cède
aux conventions. Mes fossettes se creusent un peu plus alors que je l’allume
pour le tendre à mon cousin qui l’accepte sans rechigner. La fumée exhalée
ne le fait pas tousser, malgré son sale état. J’exprime une moue
impressionnée avant de continuer à donner mes conditions.
— Deuxièmement, vous allez partir d’ici sans faire d’histoire et sans
qu’un seul coup de feu soit tiré. Sans quoi, nous nous rejoindrons tous en
enfer.
Dim ne réagit pas, la mâchoire si contractée que je m’attends à
l’entendre hurler qu’on m’abatte sur-le-champ. Néanmoins, il a conscience
que cet acte de folie signerait sa propre mort, donc il n’en fait rien, se
contentant de cracher à mes pieds une sorte de glaire ensanglantée. C’est de
bonne guerre.
— Que vas-tu faire d’elle ? réplique-t-il finalement dans un murmure.
Je suppose que, là encore, tu vas te comporter comme un traître et ne pas
respecter ta promesse de la laisser décider ?
À cet instant, je juge qu’il est temps de reporter mon attention sur
l’objet de mes désirs les plus sombres. Ses iris émeraude me transpercent de
milliers d’aiguilles venimeuses. Il est évident que si le choix lui est accordé,
elle partira sans un regard en arrière.
— C’est bien mal me connaître, ironisé-je. Helena, mon ange, tu es
libre de choisir. Tu peux décider de rester près de moi ou bien de t’en aller avec Dimitri. Sache, malgré tout, que si tu optes pour la seconde solution, je
récupérerai l’objet saillant qui m’appartient et qui se trouve actuellement
dans le flanc de ton fiancé.
Son teint blêmit aussi sec, et je me félicite qu’elle soit suffisamment
intelligente pour comprendre mes allusions sans que je sois obligé de les
préciser.
— Si tu fais ça, il mourra ! me répond-elle d’une voix placide.
— Ah, écoute, je ne suis quand même pas responsable de la faiblesse
du corps humain. Mais en effet, il se peut qu’il se vide de son sang avant
même d’être traîné jusqu’à sa voiture. À toi de voir.
— Espèce d’enfoiré, siffle Dimitri. Je te jure que tu me le paieras,
Nass.
Mon sourire s’estompe pendant que je m’abaisse pour lui faire face.
— Que ça te serve de leçon, murmuré-je d’une voix si sourde que
certains de ses hommes tressaillent. Prends-moi encore une fois quelque
chose qui m’appartient et je t’éventrerai comme un putain de porc.
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