Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 6
Nass
Quelques minutes avant le décollage, Juan m’a appris que Stéphane
avait été retrouvé décapité sur le bord de la nationale. Depuis, je hurle des
ordres à droite à gauche. Mon téléphone ne se dévisse pas de mon oreille.
La mission de mon détective devait rester secrète, mais maintenant, près de
deux cents hommes sont sur les traces d’Helena. S’ils ne la récupèrent pas
dans les deux prochaines heures, j’en embauche trois cents de plus avant
d’exterminer les deux cents premiers.
Non seulement elle a disparu, mais en plus, ils ont tué l’un de mes
membres. C’est une véritable déclaration de guerre que je me réjouis
d’accepter. La foudre qui s’abattra sur eux à la minute où j’apprendrai leur
identité s’annonce inédite. Des pensées sanglantes se pressent dans mes
méninges, réanimant la sève qui me maintient en vie depuis l’enfance,
depuis que je suis devenu le pantin du meurtrier le plus actif de la planète.
Oh, oui, je me souviens de cette matinée où les hommes d’Ivankov ont
assailli mon quartier. Je me rappelle ma mère me cachant in extremis dans
le placard. Du bruit fracassant de leur lutte acharnée. De l’odeur de ses
boyaux étalés sur le sol de la cuisine. Tout est là, dans ma mémoire. Les deux corps sans vie, affalés dans la flaque que leurs sangs mélangés ont
créée sur le carrelage. Comme si j’étais né ce jour-là, je n’ai aucun souvenir
antécédent. Le visage de ma mère, la voix de mon géniteur ? Rien, le noir
total.
Pour survivre, je me suis formé, ai suivi toutes les directives de mon
père adoptif, bourreau de mes parents biologiques. Je l’ai accepté, le
comprends même. Les affaires sont les affaires. Je pourrais être moi-même
à l’origine de l’ouverture d’un orphelinat avec le nombre d’enfants que j’ai
laissés sur le carreau. Il m’a élevé comme un guerrier, une machine de
destruction sans sentiment. Si j’en suis là aujourd’hui, c’est grâce à lui et,
pour cela, je lui serai éternellement reconnaissant. Cependant, je n’ai jamais
ressenti à son égard que respect et crainte. À son grand dam, aucune
émotion filiale n’a émergé. J’étais courtois, docile, attentif aux ordres
donnés et à la rigueur de mes apprentissages, mais aucunement affectueux
ou aimant.
Je ne le considère pas comme un parent, même si je portais son nom de
famille. Je me suis renommé en arrivant aux États-Unis pour préserver ma
réelle identité, et celui d’emprunt me convient bien mieux que l’autre.
L’enfant dont les proches lui ont été sauvagement arrachés se tient toujours
là, enfoui en moi, les poings levés vers son futur mentor. Celui qui se refuse
à pardonner, à admettre l’inacceptable. Lui restera fidèle à sa vraie famille,
jusqu’à la mort.
Je dois me rendre sur place au plus vite, mais je fulmine d’avance
d’être injoignable le temps du vol. La dégradation de mon self-control
m’énerve plus encore. Dès qu’il s’agit d’elle, ma raison se fait la malle, or
si je ne me maîtrise pas très vite, les dommages collatéraux risquent d’être
désastreux, parce que, soyons honnêtes, la mort de Stéphane ne me chagrine
que légèrement comparée à la perspective de perdre de vue Helena.
Le trajet se déroule mal. J’envoie chier les hôtesses qui tentent de me
servir comme je le souhaite normalement, et je menace à plusieurs reprises
d’exploser le crâne du pilote à l’atterrissage s’il ne pousse pas les moteurs.
Rapidement, plus personne ne moufte, ce qui me permet de réfléchir à mon
plan d’attaque, car il y en aura un, peu importe ce que j’apprendrai dans la
soirée.
Une chose demeure certaine, il vaut mieux pour la brunette qu’elle ne
soit pas mêlée à tout ça…
OceanofPDF.com