Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Joyce Kitten · Chapitre 41 sur 59

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Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Chapitre 38

Helena

 

Prudemment, je m’approche alors que les larmes d’un rare bonheur

dévalent mes pommettes.

— Sooty, mais… comment es-tu arrivé là ?

Mon animal ronronne en me voyant avancer, puis déroule le flanc pour

me laisser le caresser. Il est bien portant, toujours aussi grassouillet et

aucune blessure n’est à déplorer. C’est à n’y rien comprendre. Ni une, ni

deux, je rebrousse chemin pour foncer vers le bureau de Nass. Toutefois, au

moment d’entrer, la poignée me résiste. Je grogne de frustration.

Seule dans cette aile de la maison, je ne distingue aucun de ses sbires

dans le coin.

— Nass ? hélé-je. Nass, où es-tu ? J’ai besoin de te parler.

Ma voix résonne dans l’écho de cette grande demeure, pourtant je reste

l’unique personne à me tenir compagnie. À ce moment-là, je fulmine contre

moi-même de ne pas avoir pensé à lui réclamer un téléphone portable.

Mais, comme si le ciel répondait à mes prières, une sonnerie retentit dans le

calme de l’habitation. Je me dirige vers l’origine du bruit avant de tomber

sur une cuisine typiquement américaine dont l’immense îlot central attire

mon attention. Sur le granit se trouve un iPhone flambant neuf qui expulse une mélodie criarde. Prenant l’objet avec précautions, je peux lire sur

l’écran : Nass. Sans plus réfléchir, je décroche.

— Allo ?

— Tu voulais me parler ?

Mes sourcils se froncent.

— Comment le sais-tu ?

— Il y a une centaine de caméras et plus encore de micros concentrés

dans toutes les pièces… le système me prévient dès qu’un mouvement ou

une parole est détecté en mon absence.

Je mets quelques secondes à assimiler les informations qu’il me donne,

avant de m’indigner.

— Tu veux dire qu’il y a des objectifs et des micros dans ma

chambre ?

— C’est devenu mon endroit préféré depuis peu.

Comme ce n’est pas le sujet, je passe outre pour rebondir sur celui qui

m’intéresse réellement.

— Je viens de trouver mon chat, celui qui vivait… qui vivait avec moi.

Comment est-ce possible ?

Je l’entends ricaner au bout de la ligne.

— Considère que c’est mon deuxième cadeau de mariage. Le troisième

est le téléphone que tu tiens à l’oreille en ce moment même.

— Mais comment l’as-tu retr…

— Ce soir, nous dînerons ensemble. Sois présente pour vingt heures.

La communication est coupée avant que j’aie le temps de répliquer.

Cependant, je suis trop joyeuse d’avoir récupéré Sooty pour m’en

formaliser.

Je trottine dans sa direction avec la crainte que tout cela ne soit qu’un

mirage et, qu’à mon retour, le lit soit vide. Mais non, la boule de poil angora au pelage noir et blanc est toujours apparente. Le museau de l’animal se

relève, alerte au bruit que je fais en entrant.

Je passe l’après-midi dans un état proche d’une émotion dont je ne

comprends pas la source. Je suis presque heureuse. J’ai été mariée de force

à l’homme qui m’a torturée pendant des mois, pourtant je mange au bord de

la piscine, profitant des premiers rayons de soleil suffisamment radieux

pour me permettre d’enfiler un des maillots de bain que j’ai déniché dans

mon dressing sur mesure.

Les choses entre nous ont changé depuis qu’il m’a obligée à quitter la

ville. Mon retour n’est en rien conforme à ce que je m’étais imaginé, il ne

me considère plus comme la jeune femme que j’étais en arrivant la

première fois dans son club. Pendant que je sirote mon verre en observant

l’eau ondoyer, mon cerveau exécute une rétroprojection des souvenirs de

tout ce que j’ai vécu à ses côtés. Si maintenant j’ai autant de pouvoir qu’il

veut me le faire croire, il est temps que je l’applique.

***

C’est vêtue d’une légère robe rouge carmin en soie véritable que je

rejoins la salle de réception à l’heure du dîner. J’ai détaché mes cheveux et

les ai ondulés, je tenais à être jolie, voire parfaite. Nass est déjà là, et mes

sourcils me touchent presque le sommet du crâne quand je considère sa

tenue. Il porte un jean noir, couplé d’un t-shirt à manches longues de la

même couleur. Je ne l’ai jamais vu habillé comme ça et je crois ne l’avoir

jamais trouvé si beau qu’à cet instant. Le tissu moule son corps parfait, ses

mains puissantes posées sur le rebord de la table qu’il quitte pour avancer

vers moi d’une démarche prédatrice m’inspirant plus qu’elles le devraient.

Attirée comme un aimant, je m’approche sans rien contrôler. Son

parfum me frappe de plein fouet quand il est à proximité de mon visage, et tous les signaux d’alerte de ma conscience s’éteignent pour ne laisser qu’un

désir vorace, violent, intrusif se saisir de chaque molécule de mon être.

— Installe-toi.

— Je croyais que plus personne n’avait à me donner de directives ? lui

fais-je remarquer.

— Considère que j’aurais toujours un passe-droit.

— Ce n’est pas ce que tu m’as dit tout à l’heure, le contré-je en levant

les yeux au ciel.

Je m’assieds malgré tout face à sa chaise, à l’identique position de

notre dernier repas avec Dimitri.

Penser à lui m’envoie un immonde relent de honte dans l’œsophage.

Comment est-ce possible que je n’aie même pas songé à prendre de ses

nouvelles ? La culpabilité me coupe les jambes, heureusement que je suis

déjà assise, car mes chevilles auraient pu flancher pendant ce coup en traître

de ma mémoire qui ne s’active qu’au moment inopportun. Je n’ai plus que

cette question aux lèvres, mais si je la pose de but en blanc, mon

interlocuteur risque d’avoir une réaction inattendue.

— Tu souhaites boire quelque chose ? propose Nass.

— Je veux bien un jus de pamplemousse.

Il arque un sourcil avant de réclamer au même employé que la dernière

fois de lui rapporter ma commande et un verre de whisky.

— Maintenant qu’on est ensemble, peux-tu me dire pourquoi mon chat

se trouve ici ? demandé-je d’une voix sincèrement reconnaissante.

— Il était sur les lieux quand mes gars sont allés débarrasser ton ancien

appartement.

— Comment ça débarrasser ?

— Ils ont eu l’ordre de tout récupérer et de les entreposer dans un de

nos containers.

— Je ne comprends pas, si tu voulais m’expulser de Memphis, je

n’étais pas censée les retrouver.

— Va savoir, réplique-t-il d’une voix blanche. Peut-être que j’ai des

dons de médiumnité.

Il fronce les sourcils dans l’attente d’une nouvelle interrogation, mais

j’attends qu’il continue de lui-même.

— Jay m’a indiqué qu’un chat était présent et je lui ai demandé de le

ramener ici.

Je pose les coudes sur le bois de la table, me permettant de rapprocher

mon buste, soudain très intéressée.

— Mais pourquoi ? insisté-je provoquant son œillade noire. Je veux

dire, merci, mais je t’avoue que j’ai dû mal à te reconnaître sur cette

décision.

— Pourquoi ? Tu m’imaginais torturer des chiots et des chatons dans

ma cave quand la pleine lune pointait le bout de son nez ?

Je manque de rire, mon sourire me trahit.

— Je n’ai aucun plaisir à faire souffrir les animaux. L’être humain est

bien l’unique race à mériter de connaître mes talents et mes compétences.

Je frissonne aux souvenirs que ses propos me renvoient.

— Les enfants aussi, n’est-ce pas ?

Je prie pour qu’il m’assure que non, qu’évidemment, eux sont

épargnés, mais il ne dit rien, pire, son regard ne laisse transparaître aucune

de ses émotions. Seules ses mains se joignent entre elles dans le but qu’il y

pose le menton.

— Les enfants sont des êtres humains, non ? Alors, tu as ta réponse.

Sa réplique m’envoie un uppercut en plein estomac, aussitôt j’ai envie

de rendre son contenu sur le sol en marbre. Au lieu de quoi, je prends à mon tour une expression tout à fait neutre. Le serveur apporte les boissons, me

permettant de chasser la boule de peine qui s’est formée dans ma gorge.

— Il y a des questions qui restent inexpliquées et qui m’interpellent.

Maintenant que je suis ton épouse, j’espère que tu pourras y répondre

sincèrement.

Il se redresse, puis colle le dos contre le dossier de sa chaise,

visiblement intrigué.

— Je t’écoute.

— Comment as-tu su que je prévoyais de m’enfuir quand j’ai voulu

acheter une voiture ? C’est insensé, j’aurais pu en acquérir une pour

n’importe quelle raison.

Il expulse un rire nasal en buvant une gorgée du liquide ambré.

— De la même façon que j’ai su que tu cherchais à me parler tout à

l’heure. Tu étais une potentielle source de problèmes, ayant assisté à des

meurtres que j’avais proférés. Je devais être sûr que tu n’appelles pas les

flics. D’ailleurs, je suis étonné que tu ne l’aies jamais fait.

Il joue de ses sourcils en m’adressant un sourire charmeur, les bras

affalés sur les accoudoirs de sa chaise.

— Donc là encore, tu as installé des caméras et des micros partout ?

Tu voyais quand j’étais nue, quand je dorm…

— Quand tu te masturbais aussi, susurre-t-il, un air vicelard fixé sur les

traits.

— Espèce de sale…

— Fais attention. Fais très attention aux mots qui vont sortir de ta si

jolie bouche.

Prenant son avertissement au sérieux, je scelle les lèvres, consciente

que ma revanche ne pourra pas sonner tout de suite.

— Est-ce que Dimitri est vivant ?

Je pensais que cette distraction passerait pour une volonté de changer

de sujet, mais aussitôt, ses phalanges blanchissent sur le verre qu’il tient en

main et son regard déjà menaçant devient assassin.

— Tu veux qu’on lui demande ou, mieux encore, tu préfères avoir son

numéro pour le faire toi-même ? J’ai vu que vous vous appeliez souvent

pendant que tu vivais chez lui. Il te manquait tant que ça quand il

s’absentait pour ses affaires ?

— C’est marrant, on dirait presque de la… jalousie ? rétorqué-je,

acerbe. Mais si je suis proche de Dimitri à l’heure actuelle, c’est

entièrement ta faute. Quand je t’ai avoué être amoureuse de toi, tu n’as pas

hésité à me tirer dessus. Alors pourquoi m’avoir suivie après que j’ai été

obligée de te fuir ? pourquoi étais-tu toujours derrière moi, plus collant que

mon ombre ? Pourquoi m’avoir sauvée d’un viol pour me laisser seule

ensuite, livrée à mon sort ? Sais-tu comment je t’ai haï ? sais-tu à quel

point j’ai souffert de ton rejet ?

Les tremblements de ses mains le forcent à reposer son verre, donc

j’insiste.

— Je vais ajouter quelque chose, j’ai pris un plaisir fou à t’oublier dans

les bras de Dimitri, oh oui, Nass, écoute bien ce que je vais te dire : jamais

aucun homme ne m’a embrassée comme il l’a fait, jamais je n’ai senti une

passion aussi dévorante brûler l’intégralité de mes cellules corporelles. J’ai

aimé tout ce qu’il m’a fait, et j’en redemanderai jusqu’à la fin de ma vie. Je

suis mariée avec toi, pourtant mon cœur ne t’appartient plus. Si tu me forces

à coucher avec toi, c’est à lui que je songerai pendant ce temps, chaque fois

que nous serons ensemble, sa voix me réconfortera dans mes pensées.

Si ses muscles ne trahissent aucun mouvement, ses pupilles, dilatées

par une rage dont je ne peux que deviner l’intensité, m’assurent que mon

discours a parfaitement été saisi. L’envie de me tuer doit déferler dans ses veines à une vitesse faramineuse, alors je souris, certaine d’avoir remporté

cette bataille. Enfin.

Mais avant qu’il ait pu faire le moindre geste pour m’atteindre, tout son

corps s’écroule sur le même sol qui a vu Dimitri se vider de son sang.

 

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