Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 10
Dimitri
MAYHEM – Neoni, Easy McCoy
Comme je le présumais, Nass n’a pas mis plus de quatre heures à
retrouver sa très chère Helena. Je me hâte de le voir devenir si fou qu’il
commette l’irréparable. Le clou du spectacle serait qu’il bute sa jolie brune
ou mieux encore qu’il tente de me tuer moi. Je serais plus que ravi que nous
nous livrions un combat à mort. Je suis paré à cette éventualité, c’est
pourquoi j’ai averti mes hommes qu’aucun d’eux ne devrait intervenir, si
l’affrontement avait lieu. Il faut qu’il ait le champ libre, que nous soyons à
égalité pour que je le détruise avec loyauté, le credo de la mafia.
Hors de question d’agir comme un traître, de lui planter un couteau
dans le dos en ordonnant à mes gars de lui tirer une balle s’il prend le
dessus. Si je dois mourir, je mourrai. Toutefois, mon décès entraînera
indéniablement le sien puisque Vlad ne laissera pas mon meurtre impuni,
car Nass aurait rompu le traité qu’ils ont signé pour l’autoriser à s’exiler sur
le continent américain. En effet, mon cousin et les Ivankov collaborent dans
une paix toute relative qui oblige le bandit à n’être mêlé à aucune attaque
sur l’un des nôtres.
La mafia est bien plus puissante que n’importe quel gang. Cette
affluence est un avantage énorme pour le chef des BM, même si mon rival
cherche au contraire à s’éloigner de nous. Le parrain a accepté de le laisser voler de ses propres ailes à la seule condition qu’il signe ce pacte, puis
s’engage à respecter les règles de fraternité et de loyauté de son ancienne
famille. Ses trafics d’armes et de proxénétisme doivent également passer
exclusivement par notre réseau, or cela ne le dérange pas outre mesure
puisque la Russie est le plus grand fournisseur d’armes du monde. Cela lui
assure d’avoir de la marchandise de qualité, en quantité suffisante. Nass est
malin et arriviste. Deux compétences qu’a su déceler Borya. Ce dernier le
considère comme le fils qu’il n’aura jamais eu.
Je l’attends de pied ferme, au bas des marches de mon perron, et
lorsque ses phares apparaissent dans l’allée de la propriété, j’ordonne à l’un
des gardes d’ouvrir le portail pour le laisser pénétrer dans ma résidence.
— Je le répète, personne ne tire, c’est compris ? tonné-je d’une voix
suffisamment élevée pour être sûr d’être entendu de tous.
Sans perdre une seconde, le bolide, pleins phares, fonce droit sur moi.
Mon plus fidèle ennemi est au summum de sa forme. Le coup de frein qui
provoque un crissement de pneus arrive in extremis avant que le capot ne
me touche, en soulevant un nuage de poussière.
Je me tourne pour prendre la direction de l’entrée, persuadé d’être imité
par le gangster. Le bruit du tir qui fuse m’arrête dans mon élan. Un sinistre
rictus m’étire les lèvres. Que le jeu commence.
Je pivote avec lenteur pour faire face au regard abyssal de Nass. Ses
prunelles, si elles le pouvaient, vireraient au rouge sang. Sa fureur qu’il
tient encore en cage consume ses traits qui reflètent plus que jamais la
cruauté qui nous habite. Malheureusement, très vite, il revêt son masque
d’impartialité, me bloquant l’accès à ses pensées les plus sombres. Il se
contrôle à la perfection, quand même bien il vient de tirer en sommation.
C’est un adversaire redoutable, mais j’ai une arme qu’il n’a plus, et qu’il la
convoite dangereusement.
Oh, oui, mon ami, tu as enfin une brèche et je te promets de l’exploiter
au maximum.
— Je vois que tu es aussi heureux que moi de ces retrouvailles. Tu es
venu chercher quelque chose peut-être ?
Ses billes charbonneuses n’expriment plus aucune émotion en dehors
de la couleur de ses iris qui tiennent tant de ses rivaux en respect. Je sais
que même certains de mes hommes le craignent.
— Va te faire foutre, sale fils de pute.
L’arme pointe maintenant vers mon front.
— C’est toi ? me questionne-t-il d’un ton placide. C’est toi qui as buté
l’un de mes gars, n’est-ce pas ? Tu n’imagines pas comme ça me réjouit
que tu aies enfreint le contrat, ça me donne une bonne raison pour flinguer
ta putain de cervelle de mes deux.
— Oh, pas à nous, Nass, ironisé-je. Ne nous fais pas croire que t’es là
pour venger ton larbin. Toi et moi savons très bien ce que tu viens faire ici.
Malheureusement, pas sûr que tu repartes avec.
Avant qu’il ait le temps de répliquer, j’entends la porte de la chambre
d’Helena s’ouvrir. Comme nous sommes toujours dans l’entrée, le gangster
n’a qu’à lever les yeux pour la voir apparaître près de la rambarde du
balcon.
Je la trouvais déjà particulièrement jolie, mais je manque de
vocabulaire pour décrire la demoiselle qui nous fait face. Elle est si
époustouflante qu’elle pourrait en réveiller les morts. Je suis tant ébahi que
j’en oublie quelques secondes la jouxte verbale que j’ai engagée avec notre
« invité ».
Elle descend les marches avec une sensualité que je lui découvre et
s’approche de nous jusqu’à s’accoler à mon épaule. Un frisson me
comprime les reins, je prie pour que ce détail leur échappe. Si je ne le connaissais pas bien, je peinerais à savoir s’il est au courant de l’existence
de celle qui vient de nous rejoindre, tant sa posture est imperturbable.
Pourtant le masque de fureur qui déforme légèrement sa mâchoire le trahit.
— Bonsoir, Nass, susurre-t-elle. Ravie de te revoir.
Le gangster reprend aussitôt contenance. Il range lentement son arme
dans son holster, et un sourire aux lèvres, extirpe son paquet de cigarettes
qu’il me tend avant de se servir lui-même. Toujours sans un mot, il allume
sa clope, puis me passe le briquet pour que je fasse de même. Je sens la
jolie brune se contracter face à l’attitude déroutante de son ex-amant. Loin
de s’avouer vaincue, elle fait glisser ses doigts fins dans les miens, ce qui ne
loupe pas à Nass. Ce dernier tire une latte en la toisant si intensément que
c’est à se demander s’il ne va pas la tuer dans la seconde. Je veux qu’il
explose, qu’il devienne fou, mais là encore, le maître en la matière me
contre en restant quasiment de marbre.
— Plaisir partagé, répond-il finalement. Je vois que tu as trouvé le
pigeon parfait. Félicitations.
Mes dents se dévoilent face à cette attaque personnelle. À mon tour…
Délicatement, je détache nos mains pour venir glisser la mienne sur la
croupe de la jeune femme. D’un coup sec, je la ramène contre mon torse,
avant de lui caresser les cheveux.
— En effet, cousin. Dorénavant, Helena vivra sous mon toit. Mieux
encore, nous tenions à t’annoncer que d’ici quelques mois, cette charmante
demoiselle deviendra ma légitime épouse.
Je pensais que mes mots contracteraient ma partenaire de comédie,
toutefois au contraire, celle-ci plonge ses grandes billes émeraude dans mes
pupilles pour m’accorder un sourire ravageur. Elle pivote ensuite et tend
l’avant-bras vers Nass, qui découvre en même temps que moi, la bague
trônant fièrement à son annulaire.
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