Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 16
Dimitri
La stupeur ne dure que le temps que l’on visualise Sven gisant, égorgé
sur le sol de ma cuisine. Le masque de stoïcisme d’Helena est à la fois
troublant et fascinant. Le sourire en coin qui retrousse ses lèvres me fait
perdre mes mots, jusqu’à me couper toutes réactions. Je me ressaisis
lorsque l’épaule d’Anton, l’un de mes bras droits, me percute l’omoplate.
La scène se passe comme au ralenti. Puis je distingue, dans ma vision
périphérique, le Beretta de mon homme se tendre vers la meurtrière.
Je retrouve aussitôt mes réflexes, et mon poing vient se fracasser contre
la tempe de celui-ci. Mon coup, non prémédité, manque de puissance et
donc, même avec une pommette sûrement fêlée, il repart vers sa proie, en
me lançant un regard glacial, motivé par la rage d’avoir perdu son allié.
Chez nous, la trahison est la pire des perfidies, à tel point qu’il ose me
manquer de respect, c’est dire la gravité du geste de la jeune femme.
Personne ne peut s’en prendre à l’un des nôtres sans en subir les
conséquences. Putain de merde, qu’est-ce qui a bien pu lui passer par la tête
à celle-là ? Quand il sent mon canon dans sa nuque, il s’arrête enfin. Avec
lenteur, il quitte sa cible des yeux pour se mettre face à moi. Le regard
rempli de haine d’Anton se visse au mien, non moins hostile. Je le menace
silencieusement de rester à sa place.
— À quoi tu joues, Dimitri, putain ? Tu vas la laisser sans tirer sans
rien faire ?
Je ne réponds rien, continue à lancer une myriade d’avertissements
dans un langage non verbal.
— Va te faire foutre, me crache-t-il finalement. T’es pas Borya, tu ne
m’empêcheras pas de la massacrer, cette salope !
Sur ces douces paroles, mon sbire lève le poing, tentant de m’atteindre
au visage, espérant sûrement vaincre la dernière barrière qui le sépare
d’Helena. Cependant, bien que je ne sois pas le parrain, je n’en reste pas
moins l’un de ses lieutenants. Je le contre sans difficulté, alors que son autre
main s’abat sur mon flanc. Même s’il me meurtrit, je n’en montre aucun
signe et réplique avec une force calculée et phénoménale. Le coup de pied
qui lui frappe l’estomac le propulse non loin du cadavre, sur l’îlot central,
que ses reins percutent de plein fouet. Son geignement me fait sourire de
satisfaction. Je poursuis en lui envoyant une puissante claque dans l’oreille.
L’effet est immédiat, le tympan perforé occasionne de tels vertiges qu’il n’a
plus le choix que de s’écrouler au sol, la main sur son crâne blessé.
Je me retourne vers Helena qui, à l’affût, nous observe les sourcils
froncés. Sans que j’aie besoin de le demander, elle me tend l’arme qu’elle
tenait encore dans le poing. Il faut dire que je n’ai pas jugé utile de
m’équiper de mon cran d’arrêt dans ma propre maison, et si je tire avec
mon flingue, je vais rameuter la cavalerie plus rapidement qu’un clebs
devant une entrecôte saignante. Je la récupère et sans plus de cérémonie,
tranche à mon tour, le cou de l’un des miens. Je peste quand le sang
carotidien du condamné me gicle sur le visage.
— Fait chier, bordel.
Je m’essuie d’un revers de la main, pendant que mon ancien bras droit
gémit d’agonie. Je pivote de nouveau vers la tueuse, les traits si crispés qu’elle blêmit et perd enfin son petit sourire victorieux. Je m’en approche
d’une seule enjambée, puis attrape ses bras si minces que j’en fais
facilement le tour, avant de la secouer.
— C’est quoi ce bordel, putain ?
La pénombre uniquement perturbée par la lumière extérieure crée une
atmosphère sinistre. Alors que je la pensais au moins un peu intimidée, elle
me rend mon attitude colérique et se dégage de mon emprise d’une simple
technique d’autodéfense classique.
— Il l’a mérité, revendique-t-elle le plus naturellement au monde, me
faisant ciller.
— Il l’a « mérité » ? Tu crois que ça va me suffire ? explosé-je en
contrôlant malgré tout le volume sonore. Est-ce que tu as la moindre idée de
ce que tu viens de faire, merde ? Tu as buté un membre de la mafia, t’es
complètement cinglée, ma parole ! Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez
toi ?
Mes mots la vexent. Sa bouche se crispe et ses yeux lancent des éclairs.
— Tu veux que je te dise ce qui ne tourne vraiment pas rond ? crache-
t-elle à voix basse, soucieuse elle aussi de rester discrète. Que tes hommes
puissent violer les femmes quand bon leur semble ! Tu espérais quoi ?
Que je le laisse me fourrer comme une putain de dinde sans broncher ?
Mon sang ne fait qu’un tour. Ce fils de pute allait la baiser, pourtant
j’avais exigé de chacun d’eux qu’ils s’abstiennent même de l’effleurer. Y a
suffisamment de chattes à prendre sous ce toit pour les satisfaire. Mon but
n’est pas de la détruire psychologiquement, bien au contraire. Je l’entraîne
dans un objectif précis : je veux qu’elle brise Nass, par n’importe quel
moyen. Est-ce pour cette raison que je tiens tant à la garder en vie, quitte à
tuer des membres de mon clan pour elle ? Je me persuade que oui, car
m’attacher à elle serait la pire des conneries. Quelque chose chez cette femme m’attire si fort que je dois sans cesse m’absenter pour ne pas passer
mon temps entre ses cuisses qu’elle écarterait malgré ses réticences, je le
sais d’avance. Elle aime Nass, mais elle est également séduite par moi et
cherche à peine à s’en cacher.
Je toise le cadavre au pied de sa meurtrière, avant de lui cracher dessus.
Les ordres sont les ordres, or il allait les braver. Si elle ne l’avait pas fait, je
l’aurais de toute façon exécuté sur la place publique. Toutefois, cela me
donne une idée pour la tirer de ce merdier, car si cette fois-ci, j’ai pu assurer
sa défense, je ne pourrai pas être sans cesse à l’affût.
— Très bien, voilà ce qu’on va faire, commencé-je. C’est moi qui l’ai
tué, d’accord ? Personne ne doit savoir, tu m’entends ? Va te laver les
mains, je reviens.
Elle s’exécute aussitôt en se dirigeant vers l’évier. J’en profite pour
sortir mon téléphone de ma poche arrière et compose le numéro de Brat.
— Fais descendre tous les gars. Je les veux dans la cuisine, tout de
suite.
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