Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Joyce Kitten · Chapitre 15 sur 59

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Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Chapitre 12

Helena

 

Le visage hermétique de Nass me perturbe plus que j’ai envie de

l’admettre. Je voulais qu’il hurle, qu’il m’arrache des bras de Dimitri, qu’il

me plaque contre le mur en me promettant de me tuer si je ne repartais pas

illico avec lui. J’aurais aimé des effusions de sang, qu’il se batte pour moi.

La rage dont il a fait preuve dans le bar est à des années-lumière de son état

d’aujourd’hui.

C’est un échec total. Ses iris reflètent à peine un minime intérêt. La

force de l’uppercut que je reçois est à deux doigts de m’achever. Je peine à

combattre les larmes de son indifférence dévaler mes joues poudrées. Mon

accoutrement n’aura pas eu l’effet escompté, alors je me sens tout à coup

ridicule dans cette robe, avec ce maquillage qui n’émoustille pas la

personne visée.

Ai-je fabulé notre « relation » de toute part ? Le coup de feu qu’il a

tiré à quelques millimètres de mon visage a-t-il réellement mis un point

final sur le peu d’intérêt qu’il me portait ? Lui suffit-il de me renier pour

m’oublier à jamais ? Apparemment.

Nass termine sa cigarette qu’il laisse tomber à même le sol en marbre,

avant d’écraser le mégot avec le plat de sa chaussure. Je lance un coup

d’œil à Dimitri qui reste stoïque face à ce manque de respect. Les deux sont très doués à ce jeu-là. J’ignore ce qui les relie pour que chacun prenne tant

sur lui pour ne pas pulvériser l’autre.

— Je vous félicite sincèrement, s’exclame-t-il contre toute attente, en

nous regardant, avant de fixer son attention sur Dimitri. Je tire un trait sur le

meurtre de l’un des miens. Considère cela comme un cadeau de fiançailles.

Un meurtre ? Quel meurtre ? Le sourire franc qui naît sur les lèvres

de Nass me soulève l’estomac et une nausée atroce me saisit tant la douleur

de ces derniers mots m’abat. J’aimerais avoir la force de lui sourire en

retour, mais je ne suis pas surentraînée comme ils le sont, donc je sais que

mes traits peignent toutes les émotions qui saccagent ma cage thoracique.

Ces détails ne lui échappent pas, à coup sûr, puisqu’il m’étudie brièvement

avant de se reconcentrer sur mon « fiancé ».

— Pour vous prouver ma bonne foi, reprend sa voix rocailleuse d’une

tonalité grave presque surnaturelle, je vous convie à un repas qui sera

organisé en votre honneur, chez moi, à Memphis.

Mon corps entier se contracte. Je ne suis pas la seule puisque Dimitri

redresse un peu plus les épaules. Les deux protagonistes d’une taille

impressionnante, quasi équivalente, se font face, et malgré la courtoisie de

façade, l’ambiance devient électrique.

Une vague de froid m’enveloppe, jusqu’à me dresser les poils des

avant-bras. Mes cheveux se hérissent. Le malaise s’accroît à mesure qu’ils

s’affrontent silencieusement, alors que les hommes de Dimitri observent la

scène avec une intense concentration. C’est leur patron qui le rompt

finalement.

— Avec plaisir, conclut-il.

Mon menton pivote vers lui. Comment ça, avec plaisir ? Hors de

question ! Je ne retournerai pas à Memphis, encore moins dans sa maison.

C’est déjà difficile de le revoir, alors je n’imagine pas me retrouver dans son antre, sentir son odeur emplir les lieux et revenir près de l’endroit précis

où nos corps se sont liés pour la première fois. Je ne pourrais pas y survivre

mentalement.

Nass hoche légèrement la tête, puis se tourne pour se diriger dans sa

voiture. Je meurs d’envie de le retenir en saccageant tous mes plans qui

consistaient à attiser sa jalousie. Même dans la vengeance, je suis incapable

de parvenir à mes fins avec cet individu qui me rend complètement

démente. Il s’éloigne avec une élégance propre aux hommes influents. Il a

abandonné sa veste pour n’être vêtu que d’une simple chemise, qui me

permet d’admirer ses trapèzes comprimer le tissu à chaque mouvement

qu’il effectue. Il grimpe dans sa voiture, et son regard, à travers le pare-

brise, s’arrime au mien. Mon cœur loupe un battement face à ce contact

oculaire intime. Son attitude funeste me foudroie avant qu’il le rompe pour

reculer et se diriger vers le portail qui s’ouvre, laissant repartir l’être que

j’aime au-delà de toute raison.

— Dommage que tu ne saches pas mieux contrôler tes émotions, ma

chérie, se moque mon allié du soir. Tu aurais fait fureur sinon.

Je le regarde, l’œil mauvais.

— Pourquoi as-tu accepté qu’on aille à ce fichu repas ? sifflé-je,

pendant que la porte d’entrée se referme.

Dimitri m’ignore avant de se diriger vers une pièce dans laquelle je n’ai

encore jamais pénétré et m’invite à le suivre d’un mouvement de tête. Lui

aussi porte une chemise noire, qui met en valeur ses cheveux blonds

polaires remontés en chignon sur le sommet de son crâne. Sa musculature

développée n’a rien à envier à celle de son cousin. Les deux hommes ont

été créés dans le roc.

— Dimitri ? insisté-je en trottinant à sa suite. Réponds-moi, s’il te

plaît !

— Mademoiselle Spencer me donne des ordres maintenant ? réplique-

t-il, sarcastique.

— Depuis quand on dit « s’il te plaît », lorsque l’on assène un ordre à

quelqu’un ?

Son ricanement trouble l’air pendant qu’il ouvre la porte sur une

immense salle à manger, dont l’ambiance a été tamisée. Une magnifique

table en verre a été dressée pour recevoir deux couverts. Son centre est

sobre, mais extrêmement raffiné, pendant une seconde, j’en ai le souffle

coupé. Des bougies flottantes sont installées en hauteur pour perfectionner

l’atmosphère chaleureuse.

— Waouh, c’est si joli ! dis-je les yeux pétillants, oubliant pendant un

moment notre altercation avec Nass. Chercherais-tu à me séduire ?

Il sourit en coin en tirant une chaise pour que je m’y assoie. Une fois

fait, il se penche pour m’embrasser le creux de la nuque. Je frissonne et me

décale, surprise.

— Pas besoin, tu l’es déjà.

Je lève les yeux au ciel en refrénant le rictus qui relève la commissure

de ma bouche pendant qu’il se détourne pour aller s’installer à sa place. Là

encore, des gardes, tapis dans l’ombre, nous encadrent. Toute cette sécurité,

sérieusement…

— Qu’est-ce qu’il se passe, Helena, mes hommes te dérangent ?

D’un claquement de doigts, toute son escorte rapprochée se met en

marche pour quitter les lieux.

— Y avait qu’à demander, se marre-t-il, en portant son verre de whisky

jusqu’à ses lèvres pleines.

Nous nous retrouvons seuls, et la lueur de désir que je déchiffre dans

ses yeux bleus perçants ne m’indique rien qui vaille. Mes cuisses se resserrent par réflexe. Je n’ai pas du tout confiance en lui, à juste titre. C’est

un criminel.

— Est-ce de la crainte que je lis dans tes pupilles ? Te ferais-je peur ?

Je me redresse, puis joins les poings sous mon menton pour l’y poser.

— Le devrais-je ?

Pendant un instant, il reste muet, se contentant de me toiser comme s’il

cherchait à percer les mystères qui hantent mon âme. Avec une lenteur

calculée, il reprend une gorgée de son poison liquide.

— Demain, tu t’entraîneras au tir, m’informe-t-il en changeant de

conversation. Je te l’avais promis, et Mikael sera disponible.

Un sourire sincère se dessine sur mon visage, même si j’ignore

l’objectif qui le motive. Je ne suis pas suffisamment naïve pour imaginer

qu’il fait ça par pure bonté d’âme. Surtout lui.

— Pourquoi fais-tu tout ça pour moi ? tenté-je, dubitative.

Contre toute attente, une hostilité et un sérieux que je ne lui connais pas

remplacent son air séducteur.

— Contente-toi d’en profiter sans poser de question, tranche-t-il

brutalement.

Je le détaille en silence, cherchant à mon tour, dans ses traits

l’explication de ce soudain revirement de comportement.

— Passons au repas si tu l’acceptes, reprend-il, moins glacial, en

appelant l’une de ses servantes.

L’entrée et le plat de résistance me bluffent par leur goût et leur saveur,

à tel point que par moment, je dois retenir des gémissements de plaisir. Il

faut dire que ces mets exquis me changent des sandwichs et des boîtes de

conserve de ces derniers jours. Mon estomac se décoince même si les

précédents instants avec Nass tournent en boucle dans mon esprit. Se peut-il

qu’il se fiche réellement que je devienne l’épouse de Dimitri ? Dans tous les cas, il faut que je reprenne du poil de la bête. Je compte bien me rendre à

ce dîner pour finir. Je vais avoir le temps de digérer le fait qu’il a tourné la

page. À mon tour d’en faire de même.

Le moment qui s’écoule avec Dimitri est agréable, toutefois ses iris

s’agrandissent d’une émotion que je préfère ne pas analyser au fur et à

mesure que l’alcool se diffuse dans son organisme. Je déglutis difficilement

pendant que nous attendons le dessert et qu’il me sert un nouveau verre de

vin.

— Arrête de me regarder comme ça, interviens-je. Ce qui s’est passé

dans la voiture ne doit pas se reproduire. Tu m’as promis que je serais libre

ici.

Un sourire carnassier étire ses lèvres, m’informant que mes paroles

n’ont pas eu l’effet souhaité. Mes épaules se contractent. Je le sens mal...

— Tout a un prix, Helena.

Ma respiration se bloque, alors que mes traits se crispent.

— Finalement, tu ne vaux pas mieux que ton cousin.

Il part dans un éclat de rire qui me fait froncer les sourcils.

— Mais qui a dit le contraire ?

Je décide de changer de conversation avant que la situation

s’envenime.

— Il y a une question qui me taraude et dont je n’ai jamais eu

l’explication, commencé-je.

Mon hôte hausse le menton, m’incitant à poursuivre.

— Pourquoi l’infirmière qui s’est occupée de moi est allée vous

retrouver, surtout pourquoi étais-tu là-bas toi aussi ?

Il se penche en avant pour récupérer une boîte en métal avant de

l’ouvrir et d’en sortir un cigare qu’il porte à la bouche. J’attends

patiemment qu’il l’allume, le regard obstiné.

— Je me souviens de cette soirée où t’es arrivée comme une fleur dans

le champ de mines qu’est la propriété de Nass, se marre-t-il. Je me rappelle

aussi m’être dit que t’étais soit suicidaire, soit très amoureuse.

Je me renfrogne, vexée qu’il me sache éprise de l’être le plus abject

que je connaisse.

— T’étais venue voir ce qu’il trafiquait avec Alice, n’est-ce pas ?

Son ton narquois accentue la colère et l’humiliation qui prennent place

dans mon esprit.

— Non, j’étais venue admirer la tapisserie de la salle à manger, éructé-

je. Tu comptes m’expliquer ou te foutre de moi jusqu’à l’aube ?

Il hausse les sourcils en exhalant un rire nasal, avant de consentir à

répondre.

— Alice est une infirmière qui travaille pour Nass depuis un moment,

elle était simplement là pour se faire payer. Quant à moi, j’étais présent

pour lui proposer d’étendre sa juridiction jusqu’à la Russie.

Il me lance un petit clin d’œil.

— Proposer ou ordonner ?

Son sourire s’élargit jusqu’à lui creuser des ridules au coin des yeux. Il

tire sur son cigare, puis expulse une fumée épaisse et odorante.

— Je ne vois aucune différence à ces deux mots.

Nous sommes soudain dérangés par la porte de la salle à manger qui

s’ouvre sur un homme qui me provoque aussitôt un profond dégoût. Un

violent relent de bile remonte dans mon œsophage quand je discerne l’oncle

de Dimitri. Vlad. Celui-ci entre dans la pièce d’un air si sinistre que j’en

frémis d’angoisse. Lorsqu’il me reconnaît à son tour, un lent rictus perfide

tire ses traits de psychopathe.

— Tiens, tiens, tiens, Helena, c’est bien ça ?

Je distingue Dimitri se lever dans ma vision périphérique. Je ne lâche

pas le nouvel arrivant du regard et ne réponds rien, alors que les deux

hommes se serrent la main.

— Vlad, pour une surprise…, murmure Dimitri. Que nous vaut ta

présence ?

À regret, l’intrus vrille ses iris vers ceux de son neveu.

— Je suis ici pour te voir, explique-t-il d’un ton brusque qui contraste

avec la manière dont il vient de s’adresser à moi. Il faut qu’on parle !

 

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