Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Joyce Kitten · Chapitre 18 sur 59

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Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Chapitre 15

Helena

 

Je passe les deux semaines suivantes à éviter Dimitri et le plus souvent

au terrain de tir pour m’entraîner au corps à corps avec ses hommes. En

effet, tous ont eu l’ordre d’obéir à mes demandes d’apprentissage.

Le premier jour, l’un d’eux m’a envoyé une droite qui m’a mise KO

pendant près de deux heures et aucun ne m’est venu en aide. Je me suis

réveillée seule sur le tatami laissé vide. Au moins, j’étais encore habillée et

en vie… Il n’y a aucune intransigeance du fait de mon sexe ou de ma

condition de « captive ». Je n’ai pas l’impression d’être emprisonnée

puisque j’ai accès à tout le confort de la propriété, or elle repose sur un

terrain de plusieurs hectares.

Dimitri s’absente souvent, je ne le vois que très peu, je sens que

quelque chose se trame. Il passe son temps dans la salle de musculation où

je lance quelques œillades discrètes sur son corps incroyablement sculpté,

quand nous nous entraînons simultanément. J’ai arrêté le jour où il l’a

remarqué et est venu ensuite me coincer dans les douches. Notre contact

aurait mal tourné si l’un de ses sbires ne l’avait pas interrompu, s’excusant

sous les grognements de son chef. Une affaire avait apparemment un besoin

urgent de sa présence, alors le mafieux a dû se résigner à retirer ses doigts intrusifs de mon soutien-gorge pour s’en occuper. Je suis ressortie de

longues minutes plus tard, les jambes cotonneuses et le palpitant déréglé.

Hormis cet incident qui a entaché ma semaine, je ne vois pas les

journées passer. Mon niveau en tir et en combat s’améliore assez vite. Force

est de constater que la mafia a une excellente manière de former des

soldats. Je ne tombe plus inerte à chaque coup, puisqu’on m’a non

seulement enseigné à les encaisser, mais aussi à les esquiver. Je n’en suis

qu’aux prémices de l’initiation, donc je ne compte plus les hématomes qui

me maquillent le corps, même si depuis la fois où j’ai été laissée

inconsciente et dont le coquard sur mon œil droit atteste encore de la

puissance, le maître des lieux a expressément demandé à ses hommes de ne

plus me frapper au visage. Je ne peux qu’être ravie d’ajouter des cordes à

mon arc, je sais que ce que j’apprends ici me servira toute ma vie.

Les sensations que me procurent mes journées chargées en brutalité me

galvanisent. Grâce à elles la présence de Nass s’estompe de ma tête petit à

petit pendant que je prends de plus en plus confiance en moi.

La nuit est tombée depuis un moment alors que je suis encore dans la

salle de musculation à cogner un sac de frappe. Mon débardeur noir

moulant est trempé et des mèches rebelles qui s’échappent de ma queue de

cheval collent mon front ruisselant. Une violente sécheresse dans ma gorge

me rappelle que ça fait longtemps que je n’ai pas bu. En réponse à

l’avertissement de mon corps, je me rue vers ma gourde que je trouve vide.

Non sans grogner d’irritation, je décide d’arrêter pour ce soir. Mes affaires

en main, je quitte la salle de sport.

Je salue l’un des gardes avant d’entrer dans la résidence silencieuse,

puis me dirige vers la cuisine, pressée de m’abreuver. Les lumières sont

éteintes, le micro-ondes indique 1 h 34. Toujours dans la pénombre, je

récupère un verre pour le remplir depuis la fontaine du frigo américain, quand brusquement, sans que j’aie le temps de la sentir surgir, une masse

me percute le dos. Mon sang se fige, j’esquisse un mouvement pour me

retourner, mais aussi sec, une main puissante vient m’entraver le bas du

visage, me rendant incapable de bouger ou d’émettre le moindre son. Je

hurle sous mon bâillon, mais seuls de misérables bruits de gorge sont

audibles.

— Otpusti, zhenshchina[4].

Mes yeux s’écarquillent sous l’horreur de la situation. Ce n’est pas

Dimitri. Je ne reconnais pas la voix de l’homme dans mon dos qui

s’exprime dans cette putain de langue qui m’est intraduisible. L’unique

évidence est que j’ai affaire à un individu qui ne me veut pas de bien. Je

redouble mes hurlements et mes mouvements de bassin, cherchant à me

libérer de cette paralysie imposée. Cependant, mon cauchemar prend un

autre virage quand la main libre de mon agresseur s’aventure vers la

ceinture de mon legging. Ses doigts se faufilent derrière la barrière de mon

string et atteignent l’entrée de mon vagin. Il va rapidement arriver à ses fins

si je ne repère aucune solution pour le freiner. Je gamberge à la vitesse de la

lumière, puisant dans mes tout nouveaux apprentissages pour répliquer avec

efficacité.

La panique qui me submerge m’empêche de réfléchir, alors je décide

de stopper tous mes pathétiques efforts de défense. Je me force à canaliser

mes réflexes primaires et à trouver en moi les ressources nécessaires pour

me sortir de là, consciente de lui laisser l’opportunité de violer mon

intimité. C’est un sacrifice à faire si je veux le vaincre. Les yeux fermés, je

deviens tout à coup immobile, me focalisant sur ma respiration.

Concentre-toi, concentre-toi.

Évidemment, trop heureux de cette soumission inattendue, les doigts de

mon adversaire pénètrent mon étau sec, ce qui me provoque une brûlure cuisante, qui me fait grimacer. Il accélère la cadence et en profite pour

descendre mon pantalon. Au moment où la peau de mes fesses se retrouve à

l’air libre et que, grâce à mon inaction totale, je sens l’homme abaisser sa

garde, je prends un élan farouche avant de frapper l’arrière de mon crâne

contre son nez. Le craquement sinistrement jouissif qui résonne dans l’air

m’indique que l’os est fracturé. La main qui retenait toujours mon visage

prisonnier me libère enfin, contrairement à celle dans mon entrejambe, alors

qu’un beuglement de rage fait écho dans la pièce obscurcie par la nuit.

Dans la même impulsion, je me dérobe de son emprise perverse, puis

me retourne pour lui faire face, profitant de ce court répit pour me rhabiller.

Il s’agit d’un des gardes de Dimitri. Je suis peu étonnée finalement, ils

doivent être habitués à pouvoir user à leur bon gré des femmes vivant sous

ce toit. Un violent frisson de dégoût me secoue quand je pense qu’il a réussi

à profaner mon corps et que j’imagine le calvaire des pauvres servantes, qui

elles n’ont que peu de moyens de défense.

Les mains sur son arête nasale qui pisse le sang, il ancre ses yeux

devenus meurtriers vers moi.

— Gryaznaya shlyukha, ty zaplatish'mne, souffle-t-il, presque en

chuchotant.[5]

Je ne comprends rien à ce qu’il baragouine, mais son ton, bien que

sinistre, me fait froncer les sourcils. Pourquoi cherche-t-il à se faire

discret ? Maintenant que j’y pense, il a même retenu son cri de souffrance.

Je crois avoir une mince carte à jouer.

— Dégage d’ici avant que je ne rapporte tout à Dimitri.

Malheureusement, loin d’avoir la réaction souhaitée, il rit dans sa

barbe. Au moins, lui comprend ma langue… Il n’attend qu’une chose, que

je parte en courant et lui tourne le dos, or, j’adopte une tout autre tactique. Je me calque à la rapidité de ses mouvements. Nous entamons une danse

funèbre, en suivant les contours d’un cercle imaginaire.

Quand enfin il choisit d’attaquer, j’ai tout le loisir de le percer à jour et

d’anticiper. C’est pourquoi, à peine ses phalanges contractées me frôlent-

elles que je chute au sol, l’empêchant de me toucher et, en retour, je lui

envoie un coup de poing sans modérer ma force, en plein dans l’entrejambe.

Une parade apprise, ironiquement, par l’un de ses collègues. Je manque

d’en plaisanter.

Son hurlement est happé et quasiment silencieux. Ses yeux se révulsent

sous la douleur pendant qu’il tombe misérablement à genoux, les cuisses

serrées l’une contre l’autre. Je l’observe, narquoise, et m’approche du plan

de travail. Sans que je puisse le contrôler, mon rythme cardiaque

s’intensifie, ma pression artérielle doit sûrement faire de même, car mes

oreilles bourdonnent. Mes fossettes se creusent pour laisser apparaître un

sourire diabolique.

J’entends toujours les gémissements de souffrance de mon opposant.

Ceci dit, il ne faudrait pas que je ruine tous mes projets par pur plaisir

sadique. Je ne tarde donc pas et retourne au plus vite vers ma future

victime. Lorsqu’il remarque le couteau de près de 20 centimètres dans ma

paume, il abandonne sa pathétique posture de repli et tente de se lever.

Malheureusement, c’est sous-estimer le choc reçu, car je suis persuadée de

lui avoir explosé un testicule, si ce n’est les deux. Le pauvre homme

retombe lourdement au sol, incapable de se redresser, un masque de fureur

hostile sur les traits.

— Bah alors, tu n’appelles pas tes petits copains à ta rescousse ?

Le blanc de ses iris est rougi par la rage et s’harmonise parfaitement

avec sa bave mélangée au sang qui continue sa chute nasale. J’avais vu

juste. Il ne veut pas se faire remarquer par ses collègues.

— Jamais, sale pute, mais tu le paieras cher !

À mon tour d’éclater de rire, sauf que moi, je n’y mets aucune

discrétion. Ses yeux virevoltent vers l’entrée de la cuisine.

— J’admets que ta position est légèrement ridicule, le nargué-je.

Pourtant, Dimitri vous avait prévenus, il me semble. « Emmerdez-là et

vous finirez eunuque », enfin là pour le coup, castré...

— Va te faire foutre, salope.

Je continue de l’approcher avant de le contourner, mais le garde tente

de se jeter sur ma jambe pour entamer un nouveau corps à corps. Pas de

chance, sa douleur l’empêche d’être totalement opérationnel et il en devient

aussi discret qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Je pare son

attaque sans difficulté, puis dans le but de l’affaiblir un peu plus, je lui

assène un coup de pied en plein visage. Le Russe encaisse admirablement

bien, je l’admets. Il grogne encore, semble même sonné, mais reste droit

comme un i. Ses iris déchaînés ne quittent pas les miennes déterminées et

euphoriques. La partie la plus obscure de mon psychisme s’anime et revient

à la vie si rapidement que c’est à se demander si elle dormait totalement.

— Ton cas servira d’exemple pour tous ceux, ici, qui s’imaginent que

les femmes ne sont bonnes qu’à être utilisées comme des réservoirs à

foutre.

Il ricane avant de répliquer.

— T’es morte, sale chienne.

— Oui, oui, on a compris, soufflé-je avant de lui agripper violemment

les cheveux et de laisser ma lame glisser contre sa carotide bien tendre.

L’attaque a été si rapide qu’il n’a pu esquisser aucun mouvement de

riposte. Encore un qui m’aura sous-estimée et en assumera les lourdes

conséquences. Pourquoi n’ai-je pas tant de volonté avec Nass ou Dimitri ?

Pourquoi ma noirceur se terre à leur contact ? Dimitri, bien qu’il m’ait violée dans le casino et dans sa voiture, m’a aidée par la suite, en me

proposant l’asile dans cette maison. Sur une certaine limite, je lui suis

redevable. Le gangster, en revanche, n’a aucune raison de profiter du même

traitement de faveur.

Si je n’avais pas été si impressionnée par lui, aurais-je réussi à tenter

quelque chose contre lui ou mon attraction m’en aurait-elle de toute façon

empêchée ? Je n’aurai jamais les réponses à plusieurs des questions qui

m’assaillent pendant que j’observe la masse de muscles sombrer vers une

mort inéluctable. Ses soubresauts peinent à me tirer de mes songes et ce

n’est que lorsque la mare de sang commence lentement à engluer mes

baskets que je reprends lien avec la réalité.

Le mafieux est crevé, je ne peux que contempler ma victoire et, dans

son trépas, il m’a donné sur un plateau d’argent le moyen de tester mes

nouvelles aptitudes. Je viens peut-être de signer mon arrêt de mort, mais la

sensation de toute-puissance ressentie lorsque l’on retire une vie est sans

commune mesure. Aucun mot ne peut le décrire ni l’expliquer. C’est un

sentiment presque divin qui m’élève dans une sphère ésotérique.

Tout à coup, des bruits de pas m’obligent à quitter le cadavre des yeux.

À regret, j’abdique, puis lève le menton à temps pour apercevoir Dimitri

suivi d’un de ses hommes entrer dans la pièce et alterner leur regard entre

moi et leur regretté camarade.

 

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