Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 28
Helena
La stupeur se lit sur tous les visages, hormis sur ceux de Nass et de
Dimitri. Ces derniers continuent à se faire front quand bien même l’un
d’eux ne sera plus en mesure de négocier très longtemps. La démonstration
d’intelligence de Nass surpasse tout ce que je m’étais imaginé à son propos.
Il a ficelé son projet avec une précision qui me glace le sang et je m’en
veux de n’avoir rien empêché, au contraire, d’avoir sauté à pieds joints dans
chacune des flaques d’eau qu’il a parsemées sur mon chemin.
Si je n’avais pas embrassé Dimitri, nous n’en serions pas là, car Nass
n’aurait pas eu de raison d’exiger un duel à son cousin. Comme une idiote,
j’ai entrepris de refermer les portes de mon ancienne prison, à double tour.
Je n’ai pas le choix et il le sait très bien. Je ne peux pas repartir et signer
l’arrêt de mort du mafieux. Je me demande si, à l’inverse, ce dernier aurait
eu la même clémence envers moi, d’autant plus si mon décès avait pu
l’aider à atteindre son objectif de détruire l’empire de Nass. Seulement, il
me serait trop difficile de vivre en sachant qu’un autre être humain est mort
par ma faute, de la main de ce psychopathe.
— As-tu fait ton choix ? me questionne-t-il en rivant son intérêt dans
ma direction.
Lasse de cette guerre, j’abdique.
— Je reste, je réponds froidement.
Alors que son visage s’était durci pour menacer Dimitri, un rictus
victorieux réapparaît et j’aimerais lui pulvériser de l’acide pour le faire
fondre comme une glace en plein soleil.
Dimitri me jette un dernier regard que je ne déchiffre pas pour la
simple raison que, juste après, il tousse puis s’effondre, inconscient ou
mort. Je me rue vers lui, mais Jay intervient pour me faire barrage. Ses
grandes mains m’agrippent les bras et avant que je comprenne le motif de
son interruption, je distingue son patron lui faire un signe du menton,
confirmant un ordre que je ne saisis que trop tard.
Mes doigts cherchent à se dégager de sa poigne, sans succès, je suis
soulevée du sol pendant que je lance les pires insultes que je connais en
direction de tout leur gang à la con. Telle une poupée de chiffon, le bras
droit m’emmène vers la chambre dans laquelle je suis déjà venue me
préparer avant l’une des soirées dont Nass avait le secret.
À peine déposée, je me sers de mes techniques de combat et le frappe
en plein estomac avant de tenter un crochet sur sa cheville pour lui faire
perdre l’équilibre. Toutefois, si la baigne que je lui administre le force à se
courber, je ne peux finaliser ma dernière attaque, car il m’envoie un coup
d’épaule qui m’expédie sur le lit.
— Attention, Helena, marmonne-t-il en m’écrasant les poignets sur le
matelas. Tu ne voudrais pas m’avoir comme ennemi dans ta situation.
Sur ces paroles lourdes de sous-entendus, il me libère, puis sort de la
pièce avant de la fermer à double tour. Ma nouvelle prison, disais-je…
C’est une catastrophe. Dimitri vient de se faire perforer l’abdomen à
deux reprises, et j’apprends que Nass est au courant que nous avons eu un
rapprochement sexuel, quand bien même je n’étais pas totalement consentante. Que me réserve-t-il ? Les mains sur le front, je manque de
hurler, tant je suis furieuse et terrifiée.
Une jeune femme, munie d’une mallette médicale, apparaît peu après,
sous l’accord de Jay qui a le rôle de surveiller ma seule issue de secours. Il
s’agit d’une dame assez âgée que je n’ai jamais vue et qui est loin de
ressembler à Alice. Mon front douloureux se plisse devant cette inconnue.
Elle ne m’adresse aucun mot, ne croise pas mon regard. Aurait-elle
l’interdiction de me parler ? Quand ses mains ridées sortent un kit de
suture, je m’allonge sur le lit, pressée de ne plus avoir à estomper le filet de
sang qui n’en finit pas de couler. Elle agit vite et efficacement. Finalement,
en rangeant son matériel, elle m’informe que la plaie était plutôt
superficielle et qu’elle n’a dû poser que deux points qui se résorberont
d’eux-mêmes.
Après son départ, je reste enfermée dans cette chambre luxueuse
pendant un temps qui me semble interminable. Nass fait durer le plaisir,
alors je décide de ne pas lui donner la satisfaction de le supplier ou de
tambouriner sur la porte pour signaler mon mécontentement. Au contraire,
quand je repère une chaîne hi-fi, je l’allume, puis lance la radio à fond. Le
son est atroce, je serais incapable d’entendre un char d’assaut pénétrer la
salle de bain, mais j’ai au moins la conviction que ma provocation doit être
audible pour quiconque se trouve dans la demeure.
Toutefois, au bout de quinze minutes, je suis la première à craquer et
j’éteins la machine infernale d’un coup de pied furibond. Pour seul résultat,
mes tympans sifflent pendant dix autres minutes. Il est tard et, malgré la
rage mêlée à l’adrénaline de cette soirée insensée, mes paupières deviennent
lourdes afin de quémander un repos que j’accepte de leur offrir.
Je sursaute au bruit d’un aspirateur lointain, et quand j’émerge, la
lumière du jour me fait tressaillir et m’oblige à me redresser brusquement. Quelle heure est-il ? Combien de temps ai-je dormi ? Je me maudis
d’avoir laissé mon sac qui contient mon téléphone dans la salle à manger,
d’autant que Nass a déjà dû l’inspecter de fond en comble. Je grogne de
frustration, puis me rend sous la douche pour extérioriser mon exaspération
au lieu de marteler la porte à coups de poing et de lui hurler de me libérer
comme n’importe quelle captive lambda.
Lorsque ma robe de la veille tombe au sol, je me contemple dans le
miroir qui m’avait renvoyé, à l’époque, l’image d’une jeune femme
paniquée, déboussolée d’avoir été forcée à atterrir ici sous le contrôle de
Jay. Aujourd’hui, je le suis moins, pourtant cette lueur de désespoir ne m’a
pas quittée. Mon corps a gagné en tonicité grâce à mes séances de sport et,
pour le moment, le fœtus qui évolue en moi ne trahit pas sa présence. Il était
prévu que je demande à Dimitri de m’emmener à l’hôpital, or maintenant,
sans dévoiler le pot aux roses à Nass, j’ai du mal à imaginer comment
organiser cet avortement. Mes yeux verts contrastent avec la croûte
vermeille qui me décore le front, cinglée de fils transparents.
J’entre dans la douche, puis lance le jet brûlant sous lequel je plonge
sans hésitation, paupières closes. Les gouttelettes s’écrasent contre mon
épiderme, balayant avec elles des micro-parcelles de mon être qui glisse
dans le siphon pour rejoindre les profondeurs de l’océan. Celui-là même où
j’aimerais à mon tour être engloutie le jour où enfin, mon existence prendra
fin. C’est à ça que je pense quand deux mains presque aussi ardentes que
l’eau se posent contre la cicatrice qui me morcelle l’abdomen. Je sursaute
avant de buter contre un torse aussi dur que de la pierre et un… pénis en
érection.
Je ne hurle pas et n’ai pas besoin de me retourner pour savoir qui se
plaque contre mon dos. Mon corps réagit aussitôt au sien, répondant à sa
question rhétorique. Son odeur unique atteint mon sens olfactif, et mon système nerveux entre en fusion pour m’alerter d’un danger, en
contradiction avec ma température qui grimpe d’un degré. Lentement, je
pivote pour lui faire face et la pointe de mes seins s’écrase contre ses
pectoraux saillants, mais violacés.
Je baisse le regard vers les ecchymoses, alors que la pulpe de mes
doigts glisse sur les tatouages qui peinent à recouvrir les blessures infligées
par Dimitri. J’ignore s’il tente de le cacher, mais les frissons qui lui
parcourent l’épiderme m’indiquent qu’il est loin d’être insensible à mes
caresses. Peut-être ai-je une seconde partie à jouer…
Lorsque je lève les yeux pour les planter dans les siens moroses, ce que
j’y lis me confirme que je suis sur la bonne voie. Nous n’avons pas encore
prononcé un mot, car il n’y a rien à dire. Il n’est là que pour une seule
chose. Mes lèvres brûlent de lui demander comment va Dimitri, néanmoins,
c’est devenu un sujet tabou que je ne veux pas mettre sur le tapis. Je
mentirais si je déclarais ne pas être pétrifiée de peur face à ses futures
réactions. Je ne pensais même pas que j’aurais une minute de répit avant
qu’il vienne me rouer de coups. Pourtant il est là, plus beau que jamais, un
air de défi et de satisfaction évidente dans les prunelles. Je n’y vois aucune
trace de rage, juste de pur contentement, à juste titre puisque je suppose que
tout s’est déroulé comme il le désirait. Son expression victorieuse me
pousse à en abuser pour lui faire oublier qu’il veut également se venger de
moi. Je me redresse jusqu’à ce que mon buste épouse le sien. Son sexe entre
en collision avec mon ventre, et j’ai appris à ne plus craindre de le toucher.
Pour une raison que j’ignore, il me tolère, voire le recherche, si j’en crois
ses biceps qui se contractent pour me soulever de terre avant de m’inciter à
prendre une posture qui faciliterait un éventuel coït.
Mes lèvres effleurent les siennes sans s’y poser, et mes mains, à présent
sur ses trapèzes, glissent le long de son dos. Nos nez se frôlent, mais au moment où il tend le cou pour forcer un baiser que je refuse de lui donner,
je laisse tomber ma nuque pour me diriger vers sa mâchoire et poursuivre
ma lente torture. Il grogne de frustration et presse mon fessier jusqu’à me
faire plisser les yeux, en mimant des mouvements de bassin qui me font
perdre le fil. C’est un miracle qu’il ne m’ait pas encore contrainte, alors que
je sens sa verge à quelques millimètres de mon vagin. Mon corps réagit
férocement à ce contact sensuel, mais ma psyché prend le dessus. Rien
n’entravera ma volonté. Je veux l’observer se traîner à mes pieds pour
quémander la moindre de mes attentions. Il se prosternera devant moi pour
que je lui adresse ne serait-ce que l’une de mes paroles. Ma langue vient lui
lécher la peau du cou, savourant le goût unique de son épiderme, et ses
muscles se contractent comme un arc. Un sourire cruel qu’il ne peut pas
voir m’ourle les lèvres. Toutefois, je me demande quand je serai soumise à
la peine qu’il va m’infliger pour avoir succombé aux caresses de son
cousin.
— Tu es à moi, gronde-t-il. Pour toujours et à jamais, tu m’appartiens.
En réponse, je plante les dents dans sa peau pour le mordiller, et son
étau se fait oppressant.
— Je suis venu te dire que si tu tentes de t’échapper de la ville,
reprend-il sur le même ton. J’exécuterai Dimitri, Pedro, Rina et toutes les
personnes qui comptent de près ou de loin pour toi.
C’est à mon tour de me crisper. Je me redresse, puis le repousse de
toutes mes forces en revenant au sol. Il me lâche sans broncher, une
mimique narquoise collée aux traits. À croire qu’elle ne l’a pas quittée
depuis que j’ai franchi le seuil de sa porte il y a vingt-quatre heures. Là
encore, si je pensais avoir le moindre contrôle sur lui, il vient de me prouver
le contraire. Il savait que je ne coucherais pas avec lui, mais que je
chercherais à le frustrer sexuellement.
— Va te faire foutre, craché-je, des larmes de rage au bord des
paupières, heureusement camouflées par le rideau de pluie qui me coule
dessus.
Il ricane d’un rire graveleux avant de répliquer.
— Si ça doit arriver un jour, je te promets que ce sera avec toi, bébé.
C’est l’humiliation de trop. Mes poings contractés viennent s’abattre
sur ses abdominaux contusionnés. Si seulement l’empreinte de mes
phalanges pouvait s’imprimer dans sa peau que je rêve de perforer de balles
de 9 mm. Je n’ai pas le temps d’aller au bout de mes pulsions, puisque je
suis très vite entravée, retournée puis plaquée à la paroi humide de la
douche. Ma tête heurte la faïence en même temps que ma poitrine, alors je
hurle de rage, en me débattant comme une lionne. Toutefois, mon souffle se
coupe et mes cris meurent dans ma gorge, car ses doigts viennent de se
refermer sur ma trachée avant de la serrer si fort que je crains qu’il la broie.
— Ne me pousse pas à bout, Helena, tu sais de quoi je suis capable
maintenant, susurre-t-il avant de m’embrasser avec une délicatesse
contrastant avec sa poigne m’empêchant de respirer convenablement.
Je griffe la peau de sa main avec ardeur, tentant de me libérer, mais très
vite, il relâche la pression, me laissant m’écrouler sur le sol.
— Dès à présent, tu es libre de partir de cette maison, tant que tu restes
dans les limites de Memphis. J’ai changé d’avis, comme tu l’as si bien fait
remarquer hier soir. Finalement, je te préfère sous mon contrôle total.
Et alors qu’il quitte les lieux en attrapant une serviette dont il s’entoure
la taille et le phallus plus bandé que jamais, il se retourne une dernière fois
dans ma direction.
— Au fait, si tu décides de partir, tu dois savoir que ton ancien
appartement n’est plus disponible et je crains qu’aucun des hôtels du coin
ne t’accepte, glisse-t-il en haussant les épaules, faussement compatissant. Ceci dit, tu seras toujours la bienvenue ici, mon ange, mais n’oublie pas que
peu importe où tu seras, je trouverai un moyen de te faire payer ta trahison
avec Dimitri.
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