Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 50
Helena
Depuis que j’ai pris ma décision, le plus difficile est d’organiser les
choses. Dans l’idée, je suis autorisée à me déplacer où je veux, quand je
veux. On va très vite vérifier si c’est exact et si Nass tient parole. J’ai réussi
à m’assoupir quelques heures, malgré les tumultes qui perturbaient mes
pensées. À mon réveil, je constate l’absence du propriétaire des lieux. Cette
fois, aucun SMS ne m’attend. Le froid entre nous est manifeste,
visiblement, la nuit ne l’a pas aidé à se calmer.
Je passe la journée à peaufiner les détails pour que tout s’exécute avec
précision et sans bavure. Dans l’un des tiroirs de la salle à manger, je trouve
du papier à lettres et un crayon. Une missive ne sera pas suffisante pour lui
expliquer ma décision puisqu’il est évident qu’il ne la comprendra pas,
cependant je dois poser mes derniers mots à son intention.
Il est presque 21 heures, et Nass n’est pas encore rentré. Parfait. Ça
m’arrange. À la barbe des employés, je récupère un trousseau de clefs de
voiture, puis me glisse en dehors de la maison. J’ai emprunté une
BMW M4, et le moteur rutilant fait un bruit soupçonneux. J’aurais dû
choisir un modèle beaucoup plus discret, mais n’y connaissant rien en
bagnole de luxe, j’ai pris la première venue…
Mes paupières se closent pendant que le portail s’ouvre tant j’ai peur de
voir Nass rentrer au même moment. Heureusement, ce n’est pas le cas, alors
j’écrase l’accélérateur dès que cela m’est possible.
Maintenant que je sors de la demeure qui m’aura accueillie pendant un
court laps de temps, je peux songer aux conséquences de mes actes. Rien ne
garantit que mon plan fonctionnera, que les choses se passeront comme je
l’imagine ou que je vais améliorer la situation. Mon sacrifice permettra-t-il
de sauver la vie d’enfants que je ne connais même pas ou suis-je en train de
me jeter, tête la première, du haut d’une falaise ? Je m’éloigne de la
sécurité de la résidence et du pouvoir que je venais à peine d’acquérir,
malgré tout, ce n’est rien en comparaison de la détresse que j’éprouve à
quitter mon époux. Je l’aime à en crever, ce qui d’ailleurs est sur le point
d’arriver.
Cet homme m’a poussée dans mes retranchements, m’a fait vivre des
souffrances abominables dont je suis pourtant ressortie libérée. Il n’y a que
deux âmes écorchées vives pour s’épanouir dans les ténèbres. J’ai
conscience, à présent, qu’aucun autre ne pourra déclencher en moi un
amour si dévastateur. Le destin l’a placé sur ma route pour qu’enfin
j’exulte, grâce à lui. Sa noirceur s’accouple parfaitement à la mienne. Mon
ventre qui s’arrondit peu à peu me gonfle d’une fierté sans nom. Je tiens en
moi notre héritier, même s’il ne verra sûrement jamais le jour. Son père et
moi avons conçu le fruit d’une perversion commune qui a pourtant créé un
amour d’une puissance inégalable. C’est en partie ce que je lui ai écrit sur
ma lettre. Je voulais lui témoigner la force de mes sentiments avant de ne
plus pouvoir le faire. Je n’entendrai jamais ces mots en retour, mais mon
affection survivra à travers lui.
Il ne m’a pas été difficile de débusquer l’adresse du gouverneur. Grâce
à quelques recherches sur Internet, l’info est dans ma poche. Quand on sait utiliser le web, aucune donnée n’est impénétrable.
J’arrive donc devant l’imposante résidence à peine une demi-heure
après. Ce n’est qu’une question de minutes avant que Nass me localise,
d’autant qu’il est certain que le véhicule est balisé, toutefois, il sera trop
tard pour lui. Une fois que je serai à l’intérieur de la propriété, le jeu
s’arrêtera, et Nass remportera le match qu’il a abandonné sans en informer
la partie adverse.
L’un des atouts majeurs de mon plan repose sur le fait que le politicien
n’est au courant ni de ma grossesse ni de mon mariage. Si je me trompe,
alors je n’aurais qu’à prier pour mourir rapidement et sans souffrances. Il ne
laissera jamais une femme avec de tels renseignements dans la nature. Je ne
sortirai pas d’ici vivante si je ne lui suis plus d’aucun service.
Quand je sonne à l’interphone, je dois attendre quelques minutes avant
que quelqu’un me témoigne un signe de vie.
— Propriété du gouverneur, déclinez votre identité, me répond une voix robotisée par le biais de l’appareil.
— Je suis Helena Spencer, dites-lui que je viens de la part de Nass Hall.
J’ai emprunté mon faux nom de jeune fille, une sécurité dérisoire,
censée me protéger un tant soit peu de l’ordure que je vais bientôt
rencontrer.
Au bout d’une attente interminable qui intensifie mon état d’anxiété, le
portail finit par s’ouvrir.
Première étape validée…
J’entre peu surprise de découvrir une ribambelle de gardes surveiller
mon arrivée, mitraillettes à la taille. Par contre, je réprime un frisson de
dégoût au moment où j’aperçois le fameux gouverneur, droit comme un i,
m’observant, un sourire crapuleux plaqué sur la bouche. Mon cœur rate un
battement quand je le reconnais. Il s’agit de l’un des hommes présents le soir de ma première venue chez Nass. Je me souviens de leur confrontation
houleuse, avant ma démonstration de dépravation. Il était là lors de cette
scène où je me suis trémoussée sur la queue de mon ancien ennemi et que
ce dernier m’a doigtée jusqu’à m’en faire presque jouir. À la rage qui me
motive se mêle un soupçon de honte. Toutefois, ma dignité attendra, je ne
peux pas faire marche arrière. Je laisse mes expressions faciales acerbes
dans la voiture. Quand j’ouvre la portière, j’interprète mon rôle à la
perfection.
— Mademoiselle Spencer, me salue le pédophile, un air méfiant sur les traits. Enchanté de vous revoir, même si je suis étonné de vous trouver ici sans votre patron.
Votre patron… Je retiens un soupir de soulagement. Il n’est pas au
courant de mon mariage, ou alors il joue lui aussi la comédie. L’avenir me
le dira. Je feins de ne pas le reconnaître pour éviter de me perdre dans mes
mensonges.
— M. Hall m’a demandé de venir ici en m’indiquant qu’il m’y rejoindrait, expliqué-je faussement craintive.
Je recule de quelques pas quand il s’approche de moi, laissant mes
yeux s’agiter en signe de malaise. Le visage de mon rival se tord d’une
lueur vicieuse. Je me mords les joues pour ne pas sourire de satisfaction.
Tout se déroule parfaitement. Il est persuadé que je ne comprends rien à ce
qui m’arrive et s’en réjouit. Je l’aveugle si bien, en lui offrant une peur
simulée, qu’il en oublie la base même de la méfiance. Je dois continuer à en
faire des caisses pour qu’il n’ait pas l’idée de contacter Nass afin de lui
demander des explications sur cette livraison organisée de manière
inhabituelle.
— Venez, entrez, mon petit, minaude-t-il. N’allez pas attraper froid
avec cette tenue tout à fait charmante.
Il fait glisser son regard pervers sur la robe sexy que j’ai choisie pour
l’occasion. Il me fallait un accoutrement qui dirait ouvertement que j’étais
là pour une seule raison : offrir mon corps sans le savoir.
— Où est Nass ? Je ne crois pas pouvoir entrer sans son accord.
Persuadé d’être complice de la fourberie du gangster, le vieil homme
perd toutes suspicions et plonge tête baissée.
— Oh, il ne va pas tarder. Ne vous en faites pas, cela m’est sorti de la
tête en vous voyant arriver, mais il m’a indiqué avoir eu un contretemps sur
la route.
J’obtempère, les traits tirés, en observant rapidement derrière mon
épaule. Mon attitude craintive ne lui échappe pas. Sa main glisse contre le
bas de mes reins pendant qu’il me dirige vers son antre. Je n’ai pas de
manteau. Non seulement parce que la chaleur estivale le permet et, en plus,
je voulais apparaître la plus dénudée possible pour lui embrouiller les idées
dès qu’il m’apercevrait. Mes atouts physiques m’aideront à parvenir à mes
fins. Alors que nous traversons le hall, je remarque le nombre conséquent
d’employés prêt à subvenir à ses besoins. Il n’y a aucun enfant dans les
parages pour le moment. Là encore, je retiens un soupir. J’ignore comment
j’aurais pu jouer mon rôle dans le cas contraire. Il est vital qu’il m’imagine
docile et soumise. S’il décèle en moi une once de combativité, les choses
tourneront mal.
Quand nous nous arrivons dans le salon, il me propose aussitôt de
m’asseoir face à lui sur l’un des canapés. Je marche sur une peau de bête
qui me répugne, puis m’installe, comme demandé.
— M. Hall vous a-t-il expliqué la raison de votre présence ici ? commence-t-il.
— Non, je… comment ça ? Quelle raison ? Je croyais seulement l’accompagner à une réception.
Mes doigts s’entortillent pendant que je remue le bassin contre l’assise
d’un air inquiet. Mon hôte a de plus en plus de mal à retenir sa jubilation. Si
la nature de ses projets m’était inconnue, je pourrais, en effet, céder à la
panique. Tout en cet homme transpire le vice et l’immoralité. Je ne
comprends pas qu’il ait pu être élu à la tête d’un État. Toutefois, je me
rappelle très bien cette fameuse soirée. Il était accompagné de plusieurs
politiciens, aussi fourbes les uns que les autres. Tous avaient cautionné les
sévices que mon tourmenteur m’infligeait. Les dessous de table doivent être
fructueux…
Wilton, si j’ai bonne mémoire, s’adosse à son canapé avant de claquer
des doigts. Quand une jeune femme approche, il exige un verre de cognac
sans rien me proposer en retour. Cette dernière lui apporte sa commande en
quelques secondes pendant lesquelles il n’a pas cessé de m’observer. J’ai de
plus en plus de mal à maintenir l’expression de l’effroi sur mon minois,
donc j’aimerais qu’il se dépêche d’enchaîner.
— Écoutez, je pense que je ferais mieux d’attendre dans la voiture que…
— Déshabille-toi.
Je retire. Finalement, l’inactivité était préférable. Je sens une chaleur
suffocante me monter au visage, puis prendre possession de mon dos et mes
membres.
— Pardon ?
— Déshabille-toi, magne-toi le cul. Ton patron ne viendra pas, ma jolie. Désormais, tu m’appartiens, alors fais ce que je te dis avant que je t’expédie droit dans la cave.
La cave, tiens, tiens, ça me rappelle des souvenirs. Toutefois, cela me
donne aussi une information pertinente. Je crois deviner pourquoi aucun
enfant ne circule ici. Seulement maintenant, je n’ai aucun mal à paraître anxieuse. Je n’imaginais pas qu’il serait si virulent et surtout avec une telle
rapidité. Les choses n’étaient pas censées tourner comme ça.
— Je suis désolée, je ne comprends pas, s’il vous plaît, pourriez-vous ouvrir les fenêtres, je ne me sens pas bien, soufflé-je en tentant d’éventer ma robe qui, de toute façon, est trop moulante pour me le permettre.
D’un air franchement agacé, il bougonne qu’on ouvre la baie vitrée
située plus loin dans la pièce ainsi que le battant derrière moi. Les employés
s’exécutent et le vent frais qui s’infiltre en courant me fait un bien fou.
— Fais ce que je te dis maintenant, salope.
Je déglutis difficilement. Je crève d’envie de lui exploser le crâne sur sa
table basse en verre, mais ce n’est pas le programme. Tant pis, je vais obéir
en priant pour que les choses n’aillent pas trop loin.
Je me relève, les jambes flageolantes, puis entame un déshabiller.
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