Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Joyce Kitten · Chapitre 29 sur 59

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Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Chapitre 26

Helena

 

Hidden Cittizen - Rise or Fall

 

Célia ne nous fera pas l’honneur de revenir à table, et cela n’a pas l’air

d’affecter son compagnon. Nous mangeons l’entrée qui, au demeurant, est

divine, pendant que Nass et Dimitri discutent de sujets superficiels, souvent

mêlés de connotations à double sens. Je ne cherche ni à les comprendre ni à

les rejoindre, attendant juste le moment opportun pour frapper. En effet, au

moment où je descendais les marches, une idée lumineuse m’est venue pour

atteindre mon rival et le punir d’avoir tenté de me faire souffrir. Oh, je ne

dis pas qu’il n’y est pas arrivé. Mes boyaux se sont dissous dans l’acide de

la jalousie et un hurlement de rage menaçait de s’extirper de mon larynx,

mais je me félicite de n’en avoir rien témoigné. C’est à ça que je pense

tandis que je sirote un verre d’eau pétillante que j’ai réussi à réclamer au

domestique sans éveiller les méfiances… Une chose est sûre, je ne me suis

jamais sentie aussi puissante, aussi déterminée qu’à cet instant.

Nous sommes presque rendus au dessert, quand je me décide à lancer

la première phase de mon plan d’attaque. Je me frotte les trapèzes, simulant

une gêne musculaire. Mon geste peu discret attire l’attention de ma cible, alors je plante mes iris sournois dans les siens durs et froids comme la

glace.

— Dimitri, chéri, j’ai une contracture à cet endroit, glissé-je en lui

offrant la vue de ma nuque en dégageant ma chevelure. Ça te dérangerait de

me masser quelques secondes ?

Ce dernier ne se fait pas prier, d’un geste, il plaque sa paume chaude

contre mes cervicales, tout en restant à sa place. J’esquisse un rictus

narquois au maître des lieux, dont l’attitude hostile accroît. Je l’ai connu

plus difficile à atteindre, cette légère victoire me galvanise. Pendant que

Dimitri exerce des pressions contre mes muscles faussement endoloris, j’en

profite pour rejeter la tête en arrière, clore les paupières et expirer

bruyamment. Puis, je gémis avec une pudeur toute modérée. Ma poitrine se

gonfle sous mes effets sonores voluptueux. Au moment où le ricanement de

mon masseur me parvient, je décide de passer à la phase deux.

Feignant d’être mal à l’aise, je me reprends, puis me réinstalle

correctement en m’excusant pour mon attitude. Il fut un temps où ses yeux

ardents comme des braises m’auraient fait frémir, aujourd’hui, je m’en

nourris, aujourd’hui, j’y puise toute la puissance nécessaire pour le détruire

à son tour.

D’un rapide geste du bassin, je pivote pour plonger le regard dans celui

de Dimitri, m’occultant la vision de la montagne de haine qui nous fait face.

Je me doute qu’il ne réagit pas de cette manière par pure jalousie, mais

seulement à cause de ma provocation. Il n’est pas au bout de ses peines.

— Désolée, j’ai peut-être été un peu trop bruyante, mais tu sais bien à

quel point tes mains me font de l’effet, gloussé-je en portant les doigts sur

ma bouche. Merci, en tout cas, ça va beaucoup mieux.

Et alors qu’enfin le sourire de Dimitri, tel que je le connais, réillumine

ses traits facétieux de sale con, je me penche pour l’embrasser. Mon baiser de remerciement se transforme en un ballet sensuel où nos langues mêlées

ne doivent échapper à personne dans la pièce. Mon partenaire a très bien

compris mon but, et je comptais sur sa haine viscérale envers son cousin

pour entrer dans la danse sans s’en offusquer. Je ne peux que souligner ses

talents d’improvisation, car très vite, il prend les choses en main, allant

jusqu’à m’agripper par la taille pour me faire escalader ses cuisses. Ma robe

n’étant pas suffisamment large, je me contente d’une position d’amazone,

dommage j’aurais adoré pouvoir le chevaucher et onduler contre son bassin.

Tandis que je lui mordille les lèvres, des grognements émanent de son

thorax. Je ne saurais dire s’ils sont feints, mais peu importe. Toutefois, alors

que ses doigts remontent sur la peau de mon dos, sur lequel mon ennemi

doit avoir une vue plongeante, un bruit fracassant de verre brisé et d’acier

percutant le sol, en précède un autre bien plus effrayant d’un siège qu’on

soulève et qui manque de se disloquer contre nous. Heureusement, Dimitri a

le réflexe d’imposer ses paumes comme bouclier pour repousser le danger

vers son expéditeur, toutefois la trajectoire de l’objet lui échappe, donc ce

dernier rebondit contre mon visage.

Sous le choc, je ne sens pas la douleur, mais me soustrais des genoux

de Dimitri pour contempler Nass dont l’allure n’a plus rien à voir avec

l’homme que j’ai jadis rencontré. Il respire si fort qu’il risque de faire céder

les boutons qui retiennent sa veste ainsi que ceux de sa chemise. Quand je

réalise qu’il a expédié tout le dressage de table au sol, je reste pantoise.

Cette fois, je n’ai pas de problème à simuler la stupéfaction. De nouveau,

les armes sont érigées, seulement à présent, Nass et Dimitri font aussi partie

des tireurs. Comme lors de la soirée où le duo a exécuté trois jeunes un peu

trop sûrs d’eux, avant de se menacer l’un l’autre, un autre combat

s’annonce dans une arène différente, qui représente pourtant les mêmes

enjeux. La dignité et la soif de vaincre.

La folie de l’instant me ramène à la tragédie qui s’est déroulée dans le

bar, juste avant mon départ forcé. Ses yeux luisants de cruauté et de rage

sourde fusillent Dimitri sans se poser sur moi, sauf quand, sentant un

liquide couler sur ma joue, j’y porte les doigts. Lorsque ceux-ci entrent en

contact avec ma peau, je comprends que la substance tiède et poisseuse qui

dégouline n’est autre que du sang. Le toucher m’arrache une douleur,

l’arcade est entaillée. Je n’ai aucune idée de la taille de la blessure ou de sa

profondeur, toutefois Nass tique un bref instant et son expression funeste

me fait penser qu’elle doit être conséquente.

— Helena, ça va ? me questionne Dimitri, en me tendant une serviette

que je m’applique sur le front en grimaçant.

Cependant, je n’ai pas le temps de répondre, car je suis happée par la

soudaine impulsion qu’effectue Nass pour contourner la table et venir à

notre rencontre. Cela déclenche aussitôt une réaction des hommes de

Dimitri qui braquent leurs flingues avec plus de virulence vers une cible qui

les ignore totalement. D’un signe de la main, il intime à son équipe de ne

pas intervenir. Dimitri, quant à lui, s’il ne fait rien pour apaiser les tensions,

n’émet pas d’ordre non plus, afin de ralentir son cousin. Bientôt, il est à

quelques centimètres de moi, et même si je croyais ne plus être

impressionnée, je recule jusqu’à être collée au flanc du mafieux. Ma

réaction plaît à Nass qui arque un sourcil, avant de retrousser un coin de ses

lèvres.

— T’as peur, bébé ?

Ce pique, censé me rappeler des souvenirs, réanime une rancœur que je

pensais plus estompée. Heureusement, je n’ai rien à répliquer puisque déjà

il reprend la parole.

— Kusen[8], tu n’es pas sans savoir que me manquer de respect, qui

plus est, sous mon propre toit est inadmissible, commence-t-il avec un calme déconcertant comparé à son attitude d’il y a une minute.

Mon cerveau carbure à mille à l’heure, quelque chose cloche, je sens le

collet se refermer sur nos mollets, alors que nous sommes concentrés sur sa

diversion. J’aimerais intervenir, prévenir mon allié que, finalement, je n’ai

pas remporté la bataille, bien au contraire, mais le souffle me fait défaut, la

peur me paralyse, je ne peux qu’assister impuissante à cet échec et mat que

nous nous apprêtons à essuyer.

— Je te propose un combat, celui qui le gagne marquera officiellement

sa supériorité sur l’autre. Si tu obtiens la victoire, je m’engage à signer sur

papier que les BM sont sous ton joug, leur chef avec. Si je l’emporte, en

revanche, je contrôlerai les entrées et sorties du trafic russe, et augmenterai

mon pourcentage de bénéfice.

Mon regard inquiet se rive sur Dimitri dont l’allure reste impassible. Là

encore, l’évidence qu’ils ont été élevés ensemble me foudroie. Leurs

réactions sont similaires, leur force également, et ce n’est pas pour me

rassurer. J’ignore qui peut vaincre l’autre.

— Et Helena dans tout ça ? Ne me fais pas croire que tu te risques à

défier publiquement le réseau de Borya, sans que ça ait de lien avec elle.

Son rictus mauvais s’élargit, et j’ai alors la confirmation que nous

avons été stupides de venir ce soir. Nous sommes entrés dans l’antre du

diable, et ce dernier n’a pas l’intention de nous laisser ressortir indemne.

Nass lève les paumes en l’air, feignant l’innocence.

— Elle n’est pas concernée par cette proposition et, pour te le prouver,

je m’engage personnellement à lui permettre de choisir avec qui elle restera,

si je suis désigné vainqueur.

J’aimerais hurler à Dimitri de ne pas se soumettre à cette offre, mais si

je le fais, il est évident qu’il acceptera, dans le seul but de démontrer quelque chose à tous les hommes qui sont témoins de cette stupidité sans

nom.

— C’est d’accord, annonce-t-il pendant que j’incline mon front blessé

vers le sol et que je souffle de désolation. Quelles sont tes règles ?

Un silence passe, alors que les billes de Nass se vissent dans les

miennes, triomphantes. Je lui réponds par une œillade dégoûtée, lui

crachant tout mon mépris.

— Il n’y en a aucune. Homme contre homme, sans l’aide de nos gars.

— C’est d’accord, gronde Dimitri dont je sens la tension de toutes ces

années de frustration ressurgir.

Il m’a accueillie chez lui pour chercher à atteindre Nass, et il croit que

son ennemi vient de lui offrir une occasion de le faire sur un plateau doré.

Pourtant, de mon point de vue, ça m’a tout l’air d’être un piège sur mesure.

Dimitri claque des doigts, aussitôt les armes se rangent, me mettant dans un

état d’alerte maximal. Les deux clans ont l’ordre de ne pas intervenir, je ne

peux donc plus compter que sur le mafieux pour servir de barrière entre

Nass et moi si ce dernier souhaitait malgré tout me violenter. En effet,

Dimitri n’est pas le seul à lui avoir manqué de respect, je faisais partie du

duo, il y a peu de chance que le gangster n’ait rien prévu pour me punir

aussi.

Étrangement, ils gardent tous deux leur costume.

— Allez-y, messieurs-dames, faites vos jeux, ricane l’organisateur de

ce combat en se positionnant.

Au début, ils se contentent de se tourner autour, alors que je recule

jusqu’à m’installer derrière la table ravagée. La scène semble se dérouler au

ralenti tant les deux adversaires se meuvent au même rythme. Les attitudes

sont concentrées, aucun ne sous-estimant l’autre. Quant à moi, je suis si

immobile que je pourrais facilement passer pour une poupée de cire au minois ensanglanté. Je n’arrive pas à arrêter le flux qui coule de mon

arcade, mais c’est le dernier de mes problèmes.

Quand Nass balance son poing contre la pommette de son cousin, le

bruit me fait sortir de ma torpeur. C’est d’une violence telle que la

montagne de muscles qu’est Dimitri l’encaisse avec une certaine hésitation

qui n’échappe pas à son ennemi qui en profite pour lui en décrocher un

deuxième au niveau de la gorge, cherchant sûrement à lui broyer la trachée.

Toutefois, Dieu merci, mon allié esquive cette seconde attaque et, en

répartie, le frappe avec une égale puissance sur le flanc. Là encore, le

combattant nivelle l’autre par sa résistance. Je me fais la réflexion qu’un

seul de ces coups me tuerait sur-le-champ. Le nez de Dimitri ruisselle de la

même manière que mon arcade, mais la respiration de Nass est aussi plus

erratique. Alors qu’ils se tournent toujours autour, c’est au mafieux

d’entreprendre la prochaine offensive en agrippant le poignet de son

opposant qu’il tord d’un coup sec en le ramenant avec brutalité vers lui.

Nass siffle, mais à présent qu’ils sont proches, ce dernier en profite pour lui

envoyer son coude dans la clavicule qui craque sinistrement et provoque un

hurlement de douleur à la victime. Les deux visages manifestent une

souffrance à des degrés différents, toutefois, Dimitri est maintenant en plus

mauvaise posture et je distingue les expressions anxieuses de ses hommes

dont l’envie d’enfreindre l’ordre de leur chef les titille clairement. Les BM

se tiennent aussi prêts à intervenir en cas d’infraction de l’autre clan, ce qui

m’oblige à lancer un coup d’œil vers Jay, dont la mine confiante me fait

perdre le peu de celle qu’il me restait encore. J’aimerais me jeter sur lui

pour le forcer à m’avouer ce que son patron mijote.

Les bruits de choc contre les chairs sont à leur apogée, et la violence de

la bataille n’en finit plus d’accroître, pourtant nul vainqueur ne sort du lot.

Enfin, jusqu’à ce moment. Jusqu’à ce que Nass extirpe discrètement un couteau coincé derrière sa veste, au niveau de ses reins. J’esquisse un cri

d’alerte, mais c’est trop tard, la larme vient se planter dans l’abdomen de

Dimitri qui, d’abord surpris, s’écroule ensuite à genoux, les mains sur

l’hémorragie qui déjà recouvre le sol carrelé de la pièce.

— Ça, c’est pour avoir touché Helena, fils de pute.

Mais il ne s’arrête pas là et enfonce une seconde fois son arme sous

mon regard horrifié.

— Et ça, c’est pour l’avoir baisée avec tes putains de doigts à l’arrière

de ta caisse.

Le tournis me gagne, avant que je m’assoie sur la chaise derrière moi.

Il sait…

 

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