Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)
Chapitre 26
Helena
Hidden Cittizen - Rise or Fall
Célia ne nous fera pas l’honneur de revenir à table, et cela n’a pas l’air
d’affecter son compagnon. Nous mangeons l’entrée qui, au demeurant, est
divine, pendant que Nass et Dimitri discutent de sujets superficiels, souvent
mêlés de connotations à double sens. Je ne cherche ni à les comprendre ni à
les rejoindre, attendant juste le moment opportun pour frapper. En effet, au
moment où je descendais les marches, une idée lumineuse m’est venue pour
atteindre mon rival et le punir d’avoir tenté de me faire souffrir. Oh, je ne
dis pas qu’il n’y est pas arrivé. Mes boyaux se sont dissous dans l’acide de
la jalousie et un hurlement de rage menaçait de s’extirper de mon larynx,
mais je me félicite de n’en avoir rien témoigné. C’est à ça que je pense
tandis que je sirote un verre d’eau pétillante que j’ai réussi à réclamer au
domestique sans éveiller les méfiances… Une chose est sûre, je ne me suis
jamais sentie aussi puissante, aussi déterminée qu’à cet instant.
Nous sommes presque rendus au dessert, quand je me décide à lancer
la première phase de mon plan d’attaque. Je me frotte les trapèzes, simulant
une gêne musculaire. Mon geste peu discret attire l’attention de ma cible, alors je plante mes iris sournois dans les siens durs et froids comme la
glace.
— Dimitri, chéri, j’ai une contracture à cet endroit, glissé-je en lui
offrant la vue de ma nuque en dégageant ma chevelure. Ça te dérangerait de
me masser quelques secondes ?
Ce dernier ne se fait pas prier, d’un geste, il plaque sa paume chaude
contre mes cervicales, tout en restant à sa place. J’esquisse un rictus
narquois au maître des lieux, dont l’attitude hostile accroît. Je l’ai connu
plus difficile à atteindre, cette légère victoire me galvanise. Pendant que
Dimitri exerce des pressions contre mes muscles faussement endoloris, j’en
profite pour rejeter la tête en arrière, clore les paupières et expirer
bruyamment. Puis, je gémis avec une pudeur toute modérée. Ma poitrine se
gonfle sous mes effets sonores voluptueux. Au moment où le ricanement de
mon masseur me parvient, je décide de passer à la phase deux.
Feignant d’être mal à l’aise, je me reprends, puis me réinstalle
correctement en m’excusant pour mon attitude. Il fut un temps où ses yeux
ardents comme des braises m’auraient fait frémir, aujourd’hui, je m’en
nourris, aujourd’hui, j’y puise toute la puissance nécessaire pour le détruire
à son tour.
D’un rapide geste du bassin, je pivote pour plonger le regard dans celui
de Dimitri, m’occultant la vision de la montagne de haine qui nous fait face.
Je me doute qu’il ne réagit pas de cette manière par pure jalousie, mais
seulement à cause de ma provocation. Il n’est pas au bout de ses peines.
— Désolée, j’ai peut-être été un peu trop bruyante, mais tu sais bien à
quel point tes mains me font de l’effet, gloussé-je en portant les doigts sur
ma bouche. Merci, en tout cas, ça va beaucoup mieux.
Et alors qu’enfin le sourire de Dimitri, tel que je le connais, réillumine
ses traits facétieux de sale con, je me penche pour l’embrasser. Mon baiser de remerciement se transforme en un ballet sensuel où nos langues mêlées
ne doivent échapper à personne dans la pièce. Mon partenaire a très bien
compris mon but, et je comptais sur sa haine viscérale envers son cousin
pour entrer dans la danse sans s’en offusquer. Je ne peux que souligner ses
talents d’improvisation, car très vite, il prend les choses en main, allant
jusqu’à m’agripper par la taille pour me faire escalader ses cuisses. Ma robe
n’étant pas suffisamment large, je me contente d’une position d’amazone,
dommage j’aurais adoré pouvoir le chevaucher et onduler contre son bassin.
Tandis que je lui mordille les lèvres, des grognements émanent de son
thorax. Je ne saurais dire s’ils sont feints, mais peu importe. Toutefois, alors
que ses doigts remontent sur la peau de mon dos, sur lequel mon ennemi
doit avoir une vue plongeante, un bruit fracassant de verre brisé et d’acier
percutant le sol, en précède un autre bien plus effrayant d’un siège qu’on
soulève et qui manque de se disloquer contre nous. Heureusement, Dimitri a
le réflexe d’imposer ses paumes comme bouclier pour repousser le danger
vers son expéditeur, toutefois la trajectoire de l’objet lui échappe, donc ce
dernier rebondit contre mon visage.
Sous le choc, je ne sens pas la douleur, mais me soustrais des genoux
de Dimitri pour contempler Nass dont l’allure n’a plus rien à voir avec
l’homme que j’ai jadis rencontré. Il respire si fort qu’il risque de faire céder
les boutons qui retiennent sa veste ainsi que ceux de sa chemise. Quand je
réalise qu’il a expédié tout le dressage de table au sol, je reste pantoise.
Cette fois, je n’ai pas de problème à simuler la stupéfaction. De nouveau,
les armes sont érigées, seulement à présent, Nass et Dimitri font aussi partie
des tireurs. Comme lors de la soirée où le duo a exécuté trois jeunes un peu
trop sûrs d’eux, avant de se menacer l’un l’autre, un autre combat
s’annonce dans une arène différente, qui représente pourtant les mêmes
enjeux. La dignité et la soif de vaincre.
La folie de l’instant me ramène à la tragédie qui s’est déroulée dans le
bar, juste avant mon départ forcé. Ses yeux luisants de cruauté et de rage
sourde fusillent Dimitri sans se poser sur moi, sauf quand, sentant un
liquide couler sur ma joue, j’y porte les doigts. Lorsque ceux-ci entrent en
contact avec ma peau, je comprends que la substance tiède et poisseuse qui
dégouline n’est autre que du sang. Le toucher m’arrache une douleur,
l’arcade est entaillée. Je n’ai aucune idée de la taille de la blessure ou de sa
profondeur, toutefois Nass tique un bref instant et son expression funeste
me fait penser qu’elle doit être conséquente.
— Helena, ça va ? me questionne Dimitri, en me tendant une serviette
que je m’applique sur le front en grimaçant.
Cependant, je n’ai pas le temps de répondre, car je suis happée par la
soudaine impulsion qu’effectue Nass pour contourner la table et venir à
notre rencontre. Cela déclenche aussitôt une réaction des hommes de
Dimitri qui braquent leurs flingues avec plus de virulence vers une cible qui
les ignore totalement. D’un signe de la main, il intime à son équipe de ne
pas intervenir. Dimitri, quant à lui, s’il ne fait rien pour apaiser les tensions,
n’émet pas d’ordre non plus, afin de ralentir son cousin. Bientôt, il est à
quelques centimètres de moi, et même si je croyais ne plus être
impressionnée, je recule jusqu’à être collée au flanc du mafieux. Ma
réaction plaît à Nass qui arque un sourcil, avant de retrousser un coin de ses
lèvres.
— T’as peur, bébé ?
Ce pique, censé me rappeler des souvenirs, réanime une rancœur que je
pensais plus estompée. Heureusement, je n’ai rien à répliquer puisque déjà
il reprend la parole.
— Kusen[8], tu n’es pas sans savoir que me manquer de respect, qui
plus est, sous mon propre toit est inadmissible, commence-t-il avec un calme déconcertant comparé à son attitude d’il y a une minute.
Mon cerveau carbure à mille à l’heure, quelque chose cloche, je sens le
collet se refermer sur nos mollets, alors que nous sommes concentrés sur sa
diversion. J’aimerais intervenir, prévenir mon allié que, finalement, je n’ai
pas remporté la bataille, bien au contraire, mais le souffle me fait défaut, la
peur me paralyse, je ne peux qu’assister impuissante à cet échec et mat que
nous nous apprêtons à essuyer.
— Je te propose un combat, celui qui le gagne marquera officiellement
sa supériorité sur l’autre. Si tu obtiens la victoire, je m’engage à signer sur
papier que les BM sont sous ton joug, leur chef avec. Si je l’emporte, en
revanche, je contrôlerai les entrées et sorties du trafic russe, et augmenterai
mon pourcentage de bénéfice.
Mon regard inquiet se rive sur Dimitri dont l’allure reste impassible. Là
encore, l’évidence qu’ils ont été élevés ensemble me foudroie. Leurs
réactions sont similaires, leur force également, et ce n’est pas pour me
rassurer. J’ignore qui peut vaincre l’autre.
— Et Helena dans tout ça ? Ne me fais pas croire que tu te risques à
défier publiquement le réseau de Borya, sans que ça ait de lien avec elle.
Son rictus mauvais s’élargit, et j’ai alors la confirmation que nous
avons été stupides de venir ce soir. Nous sommes entrés dans l’antre du
diable, et ce dernier n’a pas l’intention de nous laisser ressortir indemne.
Nass lève les paumes en l’air, feignant l’innocence.
— Elle n’est pas concernée par cette proposition et, pour te le prouver,
je m’engage personnellement à lui permettre de choisir avec qui elle restera,
si je suis désigné vainqueur.
J’aimerais hurler à Dimitri de ne pas se soumettre à cette offre, mais si
je le fais, il est évident qu’il acceptera, dans le seul but de démontrer quelque chose à tous les hommes qui sont témoins de cette stupidité sans
nom.
— C’est d’accord, annonce-t-il pendant que j’incline mon front blessé
vers le sol et que je souffle de désolation. Quelles sont tes règles ?
Un silence passe, alors que les billes de Nass se vissent dans les
miennes, triomphantes. Je lui réponds par une œillade dégoûtée, lui
crachant tout mon mépris.
— Il n’y en a aucune. Homme contre homme, sans l’aide de nos gars.
— C’est d’accord, gronde Dimitri dont je sens la tension de toutes ces
années de frustration ressurgir.
Il m’a accueillie chez lui pour chercher à atteindre Nass, et il croit que
son ennemi vient de lui offrir une occasion de le faire sur un plateau doré.
Pourtant, de mon point de vue, ça m’a tout l’air d’être un piège sur mesure.
Dimitri claque des doigts, aussitôt les armes se rangent, me mettant dans un
état d’alerte maximal. Les deux clans ont l’ordre de ne pas intervenir, je ne
peux donc plus compter que sur le mafieux pour servir de barrière entre
Nass et moi si ce dernier souhaitait malgré tout me violenter. En effet,
Dimitri n’est pas le seul à lui avoir manqué de respect, je faisais partie du
duo, il y a peu de chance que le gangster n’ait rien prévu pour me punir
aussi.
Étrangement, ils gardent tous deux leur costume.
— Allez-y, messieurs-dames, faites vos jeux, ricane l’organisateur de
ce combat en se positionnant.
Au début, ils se contentent de se tourner autour, alors que je recule
jusqu’à m’installer derrière la table ravagée. La scène semble se dérouler au
ralenti tant les deux adversaires se meuvent au même rythme. Les attitudes
sont concentrées, aucun ne sous-estimant l’autre. Quant à moi, je suis si
immobile que je pourrais facilement passer pour une poupée de cire au minois ensanglanté. Je n’arrive pas à arrêter le flux qui coule de mon
arcade, mais c’est le dernier de mes problèmes.
Quand Nass balance son poing contre la pommette de son cousin, le
bruit me fait sortir de ma torpeur. C’est d’une violence telle que la
montagne de muscles qu’est Dimitri l’encaisse avec une certaine hésitation
qui n’échappe pas à son ennemi qui en profite pour lui en décrocher un
deuxième au niveau de la gorge, cherchant sûrement à lui broyer la trachée.
Toutefois, Dieu merci, mon allié esquive cette seconde attaque et, en
répartie, le frappe avec une égale puissance sur le flanc. Là encore, le
combattant nivelle l’autre par sa résistance. Je me fais la réflexion qu’un
seul de ces coups me tuerait sur-le-champ. Le nez de Dimitri ruisselle de la
même manière que mon arcade, mais la respiration de Nass est aussi plus
erratique. Alors qu’ils se tournent toujours autour, c’est au mafieux
d’entreprendre la prochaine offensive en agrippant le poignet de son
opposant qu’il tord d’un coup sec en le ramenant avec brutalité vers lui.
Nass siffle, mais à présent qu’ils sont proches, ce dernier en profite pour lui
envoyer son coude dans la clavicule qui craque sinistrement et provoque un
hurlement de douleur à la victime. Les deux visages manifestent une
souffrance à des degrés différents, toutefois, Dimitri est maintenant en plus
mauvaise posture et je distingue les expressions anxieuses de ses hommes
dont l’envie d’enfreindre l’ordre de leur chef les titille clairement. Les BM
se tiennent aussi prêts à intervenir en cas d’infraction de l’autre clan, ce qui
m’oblige à lancer un coup d’œil vers Jay, dont la mine confiante me fait
perdre le peu de celle qu’il me restait encore. J’aimerais me jeter sur lui
pour le forcer à m’avouer ce que son patron mijote.
Les bruits de choc contre les chairs sont à leur apogée, et la violence de
la bataille n’en finit plus d’accroître, pourtant nul vainqueur ne sort du lot.
Enfin, jusqu’à ce moment. Jusqu’à ce que Nass extirpe discrètement un couteau coincé derrière sa veste, au niveau de ses reins. J’esquisse un cri
d’alerte, mais c’est trop tard, la larme vient se planter dans l’abdomen de
Dimitri qui, d’abord surpris, s’écroule ensuite à genoux, les mains sur
l’hémorragie qui déjà recouvre le sol carrelé de la pièce.
— Ça, c’est pour avoir touché Helena, fils de pute.
Mais il ne s’arrête pas là et enfonce une seconde fois son arme sous
mon regard horrifié.
— Et ça, c’est pour l’avoir baisée avec tes putains de doigts à l’arrière
de ta caisse.
Le tournis me gagne, avant que je m’assoie sur la chaise derrière moi.
Il sait…
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