Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Joyce Kitten · Chapitre 51 sur 59

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Toxic - t.2 (Dark romance) (French Edition)

Chapitre 48

Helena

 

Sous le choc de ces révélations dont je ne comprends pas l’importance,

j’assiste à cette réunion de famille comme une intruse qui se repaît de ce qui

ne la regarde pas. Les billes azurées de mon mari se braquent soudain sur

son oncle qui ne lui rend pas la politesse. 

— Tu sais qu’il haïssait votre relation, à Dimitri et toi, mais également

celle que tu avais avec cette chienne. Il crevait de jalousie que tu accordes

ton amour à un fils de traître qu’il exécrait. Il voulait devenir ton unique

famille, mais rien n’y faisait, tu refusais encore et toujours de t’ouvrir à

nous. Un matin, il a aperçu Dim entraîner Maika vers le fond du jardin, il

s’est dit que c’était l’occasion de faire d’une pierre deux coups. Alors, il

s’est faufilé jusqu’à lui avant de l’assommer. Pendant que le gosse était

inconscient, il s’est occupé de tuer la bête, puis de maquiller la scène.

Après, il est allé te réveiller et tu connais la suite.

Dimitri cligne rapidement des paupières, et son poignet armé tremble,

preuve de sa perplexité. Il a l’air de comprendre des choses qui

m’échappent. Ses yeux ne sont plus posés sur Nass, qui a donc le champ

libre pour l’abattre. Pourtant, il n’en fait rien.

— C’est impossible, grogne-t-il. Dimitri m’aurait forcément avoué la

vérité.

Son ton est empli d’animosité mêlée de dégoût.

— Quand ça ? Dis-moi quand j’aurais pu, siffle-t-il. Tu ne m’as laissé

aucune chance de le faire. Ta riposte a été immédiate et irrévocable.

Pendant un mois entier, je ne t’ai plus vu.

Dimitri baisse également son arme. Nass demeure le dernier à viser un

autre.

— J’étais persuadé d’avoir tué Maika, reprend-il. Putain, pourquoi tu

ne m’as rien dit ? T’étais le seul en qui j’avais confiance avec Nass. Si

j’avais su… Pourquoi tu m’as rien dit ?

Son hurlement soudain tombe sur son oncle dont la posture prostrée

témoigne de ses regrets.

— Je… je n’avais aucune idée que ça tournerait de cette façon, avoue-

t-il d’une voix si basse qu’on peine à l’entendre. Les mois ont passé, j’ai

oublié, d’autant que votre rivalité était discrète, si on omet le coup de la

gamine que Nass a égorgée. Cette fois-là, j’avais dit à Borya de calmer le

jeu entre vous, mais la montée en puissance de la cruauté de son protégé le

faisait jubiler, alors…

Je n’en reviens pas d’avoir enfin l’explication de cette haine qui dure

donc depuis l’enfance. Pourtant, je suis mal à l’aise d’assister à ça. J’ai

envie de m’éclipser, mais j’ai peur qu’un geste de ma part perturbe les

confidences qui sont d’un sérieux capital.

— Pourquoi étais-tu avec Maika si ce n’était pas pour l’abattre ?

questionne Nass d’une voix d’outre-tombe.

— Je voulais juste… hésite-t-il. Je voulais juste lui faire quitter la

résidence. Mon plan consistait à ce qu’elle se perde et que tu crois que

Borya l’avait éloignée de toi. Je n’étais qu’un enfant. C’était ridicule et ça

n’aurait jamais fonctionné, mais je n’avais pas l’intention de l’exécuter.

Seulement, je me suis réveillé avec un poignard plein de sang près des boyaux de l’animal qui était à mes côtés l’instant d’avant. Et puis, vous êtes

arrivés, Borya a hurlé que j’avais tué son chien, que j’étais la même ordure

que mon paternel et une tonne d’insultes dont je ne me souviens pas

puisque l’unique chose qui m’épouvantait était le regard que tu portais sur

moi. Je n’avais aucune excuse à te fournir, car jamais je n’aurais imaginé

qu’on puisse me tendre un piège pareil, je pensais que…

Il arrête de parler, le souffle court.

— … Je pensais que c’était vrai. Que le sang de mon père m’avait

forcé à te trahir comme il l’avait fait lui-même. J’en avais tellement envie.

Ça faisait des mois, des années que j’espérais entrer dans les bonnes grâces

de la mafia à mon tour. Il n’y en avait que pour toi. J’étais martyrisé

pendant que tu étais adulé. Malgré tout, je t’aimais plus que tout. Ces

sentiments contradictoires m’ont torturé toute notre enfance.

Alors que je suppose que cette déclaration va atténuer les tensions,

c’est tout le contraire qui se produit. Nass rugit avant de s’approcher de son

cousin, plus menaçant que jamais.

— Tu t’imaginais quoi au juste ? Que Borya me caressait les cheveux

en me chantant des berceuses pour m’endormir ? C’était un salopard avec

toi, mais encore plus avec moi. Tu penses que j’ai été chanceux qu’il me

désigne comme son successeur ? Détrompe-toi, kuzina[17]. Ç’a été la plus

grande malédiction de ma vie, car il m’a formé comme aucun autre. Je ne

compte plus les séances de torture qui avait pour but, je cite : « de

m’apprendre à devenir un combattant hors pair ». Pourquoi crois-tu que je

les haïssais tant ? Comment as-tu pu être assez stupide pour imaginer que

j’avais un traitement de faveur quelconque ?

Le visage de Dimitri s’affaisse au discours de son ennemi qui le tient

toujours en joug.

— Tu ne m’en as jamais parlé.

— Évidemment que je ne te racontais rien, s’exaspère le gangster.

J’étais formaté pour ça, mais ne me dis pas que tu ne voyais pas les bleus,

les coquards, les brûlures, les plaies. J’étais qu’un putain de gosse. Ils ont

massacré ma famille devant mes yeux, tué mon village entier avant de me

martyriser pendant des années et toi, tu… m’enviais ? Tu mérites toute la

merde qui t’es tombé dessus, connard.

Le mafieux ferme les paupières, en appuyant le crâne contre le mur

derrière lui, puis se retranche dans le mutisme. En parallèle, le calme

soudain de Nass m’impressionne. Sa respiration est redevenue régulière,

son ton est tranchant, mais placide, il parle de ces sujets douloureux comme

s’il en avait fait le deuil depuis des lustres.

— Le gouverneur va se retourner contre toi d’ici peu, s’il ne

récupère pas Helena comme tu lui as promis, balance Dimitri sans

rouvrir les yeux.

Un seau d’eau froide me tombe sur la nuque quand j’entends cette

phrase absurde. Nass lance un coup d’œil derrière son épaule pour

m’observer brièvement avant de se réintéresser à son interlocuteur.

— Comment sais-tu ça ? l’interroge-t-il en abaissant son arme sans la

ranger.

De quoi parlent-ils ? Et pourquoi mon mari réagit comme s’il

comprenait le sens de ces mots ?

— J’ai mes sources. Je te fais surveiller depuis des mois, ainsi que tes

alliés et ennemis.

— Donne-leur la fille, Nass, intervient Vlad. Dimitri te fait une faveur

en t’informant ce soir. Si tu attends encore, tu peux dire adieu à ton

business, car te mettre à dos le gouverneur de cet État serait une grave

erreur.

Aucun mot ne se forme sur mes lèvres. L’alphabet devient un concept

flou qui ne m’est plus d’aucune utilité. J’ai été exploitée depuis le début, et

même si j’en avais conscience, je pensais que les choses avaient changé.

Force est de constater que non. Je suis mariée et enceinte de lui, pourtant, je

ne reste qu’un pion dans ses dessins machiavéliques.

— Helena est mon épouse, elle n’ira nulle part, déclare-t-il d’une voix

où perce une pointe de cynisme, dirigée vers son plus redoutable adversaire.

Pendant une seconde, j’oublie la vague de soulagement qui me

submerge en voyant le choc qui fait tanguer Dimitri. Je m’en veux qu’il

l’apprenne d’une façon si abrupte. Il n’est pas amoureux de moi, mais il me

considérait comme une réelle alliée. Nous nous étions liés dans notre projet

de vengeance commune et notre rapprochement était sincère. C’est un ami

véritable dont la possessivité égale celle de son cousin. Je ne doute pas un

instant qu’il aurait pu m’épouser juste pour que Nass ne puisse pas le faire,

mais il a été doublé et c’est cette rage qui le pousse à relever son arme vers

son adversaire.

Évidemment, en réplique, mon homme redresse la sienne, toutefois

Vlad s’interpose aussitôt en se positionnant face à son neveu de sang.

— Dimitri, arrête ça ! le fustige-t-il. C’est sa femme. Elle lui

appartient désormais, alors baisse ton flingue tout de suite. Vous faites

vraiment chier tous les deux.

Il s’approche de lui avant de l’enlacer, puis l’oblige à ployer le bras.

— Allons-nous-en, propose le mafieux d’un ton qui n’oppose aucune

résistance.

L’homme qui a été mon complice dégage son oncle d’un coup sec et

sort, furieux, en claquant la porte sur son passage. Il ne m’aura adressé

aucun regard, aucune attention. Vlad se retourne pour faire face au

propriétaire des lieux avec une attitude si hostile que j’en frissonne presque. C’est pire quand son œillade dédaigneuse se pose sur moi. Il me hait

viscéralement, c’est réciproque.

— Tu viens de te tirer une balle dans le pied, cette fille t’enverra dans

la tombe. Tu me déçois tellement…

Sur ces mots, il imite Dimitri et quitte la résidence à mon plus grand

soulagement. Cependant, dès que je me retrouve seule avec Nass, l’étau qui

me comprime la poitrine menace de m’étouffer si je reste une seconde de

plus près de lui. Alors sans me retourner, je m’en vais pour me retrancher

dans ma chambre. Je cours presque quand je l’entends héler mon prénom et,

à toute hâte, je m’enferme avec la clef que j’ai subtilisée à Juan le soir où il

me surveillait.

 

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