Trop loin de Dieu
Dédicace
DU MÊME AUTEUR
Les Arpenteurs, 2014 ; totem n°61
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Ce champ est là où commence ma terre natale,
C’est dans cet endroit de mon crâne que je m’entends
pleurer.
JAMES WRIGHT, Listening to the mourners
Me voici devenu le frère des chacals, le compagnon des
hiboux.
JOB, 30;29
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EN haut de la montagne, il y a une sorte de redoute rudimentaire en pierre, et là, à l’abri du vent qui souffle en permanence, un homme est assis. Une silhouette solitaire, tout habillée de blanc, au bord du précipice du monde. En bas, les arbres qui étaient jusque-là noyés dans l’ombre commencent à bleuir tandis que le jour se lève, et le bruit du vent dans les pins ressemble à un ressac lointain. De longues congères forment des corniches sur la ligne de crête et des tourbillons de neige tombent dans le vide. Un pays terrible, pense l’homme. Terrible et vide. Au fond de la vallée blanche, une silhouette minuscule s’active à une tâche quelconque au bord de la route ; l’homme ajuste ses jumelles et scrute un long moment. La route s’étend du nord au sud, toute droite, mince ligne noire qui disparaît dans les nuages comme si elle avait pour terminus le ciel lui-même.
À son poste, au milieu des rochers, le guetteur pose ses jumelles et relève son col. L’air lui semble plus froid malgré le soleil qui s’efforce de monter dans son dos. Autour de lui, tout est blanc, à part les arbres dont les cimes sont visibles à présent en dessous de lui, ainsi que les lichens vert pâle et mordorés de rouille sur les rochers où il est assis. Dans la lumière du jour qui surgit, ces couleurs chatoient comme des fleurs tropicales. L’homme observe la forme minuscule puis le camion miniature qui avance tel un scarabée sur la route. Il promène son regard sur le vide glacé dans toutes les directions. Puis des oiseaux s’envolent des arbres et des escarpements rocheux, plus bas, et virent avec le vent.
Avant ma venue, pense-t-il, il n’y avait rien.
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