Trop loin de Dieu
Chapitre 53
C’ÉTAIT le vrombissement sourd d’un pick-up dans l’allée qui l’avait réveillé, et les quatre hommes qui attendaient près de lui dans l’obscurité avec leurs fusils s’étaient levés dans le bruissement sec de leurs vêtements et le léger cliquetis de leurs armes pour rejoindre les renforts sans dire un mot. Il s’était endormi les mains sous les cuisses et quand il voulut les lever pour repousser les rideaux, elles restèrent sans réaction au bout de ses bras, comme si elles y avaient été récemment recousues.
Dans le rêve dont il avait été tiré, Jimmy courait, le mouvement souple et agile de ses jambes le propulsant à travers l’herbe haute d’un champ d’été où de petits papillons blancs voletaient autour de lui comme des embruns. La journée était chaude, la lumière du soleil imitait la couleur du miel, aussi, quand Hickney s’éveilla à la lueur froide d’acétylène de la lune et dans un monde où Jimmy gisait, enveloppé de ses pansements inutiles, sans jambes et enseveli dans la cabane glaciale de l’île, la transition fut terrible et immédiate.
Il cambra le dos contre les lattes grinçantes du fauteuil tandis que le tambourinement dans sa poitrine ralentissait et que le sang circulait dans ses mains. Une des filles lança un appel dans son sommeil, un petit cri bref comme le couinement d’un lapin, et le bruit fit sortir Anna de sa chambre. Elle resta devant leur porte, tendant l’oreille, tête baissée, puis elle continua et gagna la cuisine, où elle se laissa tomber lourdement sur une chaise devant la table. La lumière d’un petit tube palpitait au-dessus de la cuisinière. Invisible dans l’obscurité, Hickney l’observa se tourner vers la fenêtre où elle vit ce qui devait être un spectacle surprenant, car elle s’en détourna aussitôt. Elle lissa son chemisier fripé et se mit à ratisser ses cheveux avec ses doigts, rassemblant les mèches ternes et emmêlées en une natte qu’elle passa sur ses lèvres gercées avant de la rejeter derrière elle d’un mouvement du menton sur le côté. C’était un geste inconscient qu’il avait vu mille fois et sa banalité toute simple suscita en lui une brève bouffée d’espoir.
Il se leva avec raideur, traversa la pièce et prit la chaise à côté d’elle devant la table. Quand elle se tourna vers lui, il vit immédiatement que ses yeux n’étaient pas normaux. Après avoir passé des heures collé contre le dos glacé de Jimmy, il eut envie de sentir la chaleur presque oubliée de son contact, mais quand il lui prit la main, elle la retira, son regard glissant sur lui pour se diriger vers la pièce voisine plongée dans l’obscurité.
— Eddie, dit-elle.
— Il est parti.
Elle porta les mains à sa bouche, étouffant un faible gémissement.
— Il va revenir, dit Hickney. Tu peux en être sûre.
Les mots s’inscrivirent lentement dans son esprit et, comme une prière, elle se les répéta à voix basse. La petite horloge de la cuisinière était devenue folle et les aiguilles, avançant de façon irrégulière, indiquaient des heures incohérentes. Elle la contempla, les yeux éteints, tandis que l’horloge bourdonnait, puis son regard se posa sur une cafetière à pression en aluminium sur le plan de travail. Elle se redressa, plaçant ses mains à plat sur la table comme si elle s’apprêtait à se mettre debout.
— Café. Je vais faire du café.
Comme elle n’avait toujours pas bougé au bout d’une minute, Hickney se leva, alla mettre de l’eau dans la cafetière, remplit le filtre de café, qu’il trouva dans un pot sur le plan de travail, puis il resta penché au-dessus du brûleur jusqu’à ce que l’eau commence à frémir dans le petit récipient en verre.
Quand il se retourna, elle avait les yeux fixés sur lui.
— Hickney.
— Oui, Anna.
— Oh, Hickney.
C’était la première fois, depuis qu’elle était revenue de la réserve, qu’elle semblait le voir autrement que comme une silhouette floue et vaguement familière à la marge de sa vision.
— Oui, oui, c’est moi. (Il fit un pas vers elle.) Je suis là, Anna.
Elle examina son visage, mais ce qu’elle y vit, quoi que ce fût, la fit se refermer et ses yeux s’écartèrent, la petite flamme de lucidité qu’il y avait vue s’éteignant aussi rapidement qu’elle était apparue.
— S’il te plaît, Anna. Regarde-moi. J’ai besoin que tu me parles.
Elle se détourna de lui pour scruter la fenêtre et dit :
— Elle est si belle. La lune, tu la vois ?
— Anna, Jimmy est mort.
Les mots parurent ne produire aucun effet sur elle, pourtant quand il fit le tour de la table, il vit que son visage était mouillé. Sans aucun son, sans aucun mouvement, les larmes étaient simplement apparues sur ses joues comme de l’eau jaillissant d’une source. La lune s’était levée, se dégageant des montagnes à l’ouest, et elle s’encadrait, énorme et incandescente, dans la fenêtre, et Anna posa doucement une main sur la vitre comme si elle voulait la caresser.
— Si belle.
— Bon sang, tu as entendu ce que j’ai dit ?
Elle secoua la tête et de la main elle écarta une chose invisible près de sa tête, comme si elle était importunée par une mouche.
— Il va bien, dit-elle. Le petit Jimmy va bien.
— Il ne va pas bien. Il est là-bas, dans la cabane, mis en pièces par les chiens. Je suis désolé. J’aurais dû m’occuper de lui mieux que ça, mais je ne l’ai pas fait et maintenant il est mort.
Quand elle bondit, sa chaise se renversa et elle se colla contre la fenêtre, les mains levées et plaquées sur la vitre froide. Vue de la rue, avec sa bouche hurlant silencieusement et ses yeux effrayés, elle aurait eu l’air d’une créature en cage implorant qu’on la libère.
— Oh, Seigneur. J’ai besoin d’Eddie. Où est-il ? Il sait que j’ai besoin de lui ici.
Elle tourna brusquement la tête, les mains toujours plaquées, les joues humides et brillantes, et elle jeta un regard affolé tout autour des pièces vides. Quand elle s’arrêta enfin sur Hickney, elle s’adressa à lui comme à un enfant qui n’a pas été sage.
— Va le chercher. Va le chercher et ramène-le ici.
— Oh, s’il te plaît, Anna. Bon sang, aide-moi.
D’un coup de pied, il écarta la chaise renversée et s’approcha d’elle tandis qu’elle se tenait là, toute raide et dans une pose faussement autoritaire, avec ses vêtements fripés, et il prit ses mains glacées dans les siennes et les pressa contre sa poitrine.
— Je t’en supplie, dit-il. Je ne peux pas supporter ça seul.
Elle arracha brutalement ses mains de celles d’Hickney et s’écarta de lui pour filer dans le couloir, les mains à présent collées sur ses oreilles et répétant :
— Non, non, non, Jimmy va bien. Il est avec Hickney. Hickney s’occupe de lui. Il est avec Hickney.
Et il continua à l’entendre alors qu’elle avait fermé sa porte, et quand elle se jeta sur son lit et répéta les mots dans son oreiller, il les entendit encore. Ces mots, il les entendrait même une fois qu’elle se serait tue, et il les entendrait résonner à tout jamais comme une cloche lointaine dans sa tête. Hickney est avec lui. Hickney s’occupe de lui.
Longtemps, il resta assis à la table, le visage enfoui dans ses bras, tandis que l’horloge folle, dans sa course confuse et chaotique, faisait un bruit qui aurait pu être celui de ses propres pensées. Finalement, il se leva, prit sa veste, son gilet et sa casquette sur le fauteuil où il avait dormi et il les mit. Dans le froid du petit vestibule en contreplaqué, il se débarrassa de ses waders puantes et laça ses bottes fourrées, puis il enfila ses gants. Il retrouva son fusil dans un coin, ouvrit la porte et sortit dans le vent glacial. La neige balayait le sol et il y avait dans l’air une odeur de fumée de bois. Il avait une cartouche dans la poche de sa veste et sans même regarder, il l’engagea dans la chambre du Remington, remonta son col et se mit en route. À cet endroit, il n’y avait pas de trottoir et il avança péniblement dans la rue où la couche de neige atteignait maintenant une trentaine de centimètres. Il suivit une trace de pneu encore visible, l’étroitesse de l’ornière l’obligeant à marcher en posant les pieds pratiquement au contact l’un de l’autre. Au bout de Sulphur Street, il s’arrêta et prit son fusil dans l’autre main. Le ciel était dégagé, à l’exception d’un seul nuage, un ruban de gaze, d’un type dont Jimmy lui avait donné le nom bien des fois, mais qu’il avait oublié. Il l’observa se diriger tranquillement vers l’est, jusqu’au moment où il atteignit Baldy Mountain, et là, il resta accroché au cône rocheux dénudé comme un panache de fumée du Pléistocène.
Il peina pour descendre River Street, puis entra dans une sorte de ruelle cachée qui serpentait à travers un no man’s land de poulaillers et d’abris en bois abandonnés depuis longtemps et envahis par les mauvaises herbes et les cerisiers de Virginie. Dans les années qui avaient suivi la mort de sa mère, quand il était allé vivre avec Jimmy, ils étaient passés par là pour aller servir la messe de six heures à l’église de l’Immaculée Conception. Un matin, sombre et polaire comme celui-là, il avait attendu, sautillant sur place, jusqu’à ce que Jimmy apparaisse sur la véranda, insuffisamment vêtu d’une veste légère, mais s’entourant le cou d’une longue écharpe. Il lui avait souri, soufflant des panaches blancs pour montrer à quel point il faisait froid, et sans se dire un mot, ils s’étaient élancés au petit trot dans cette ruelle sinueuse.
Dans les ténèbres utérines de la sacristie, ils se débarrassaient de leur veste pour enfiler avec difficulté leur soutane, tandis qu’un vieux frère rédemptoriste, dans sa propre soutane de carême sentant la pommade et la cigarette, malaxait leurs jeunes épaules comme s’ils étaient sur le point d’entrer sur un ring. Le bon prêtre qui n’avait plus qu’un seul poumon ajustait son chasuble devant un miroir, pressait sur ses lèvres son étole avant de la passer autour de son cou, puis il se retournait et, de la tête, leur faisait signe d’avancer. Jimmy tirait sur un cordon qui déclenchait une avalanche de tintements clairs et stridents d’une grappe de clochettes suspendues et ils s’approchaient de l’autel, s’agenouillaient de chaque côté et les premiers mots de la journée qu’ils prononçaient, l’un comme l’autre, étaient en latin.
Son regard était resté fixé sur ses pieds, tandis que des fragments des anciennes prières tambourinaient dans sa tête, et il se retrouva tout d’un coup devant la porte à l’arrière de la maison de Jimmy. Il cligna des yeux devant les pignons sombres de la bâtisse, comme un somnambule se réveillant loin de chez lui. Un amoncellement de neige avait pratiquement enfoui la petite porte en piquets et il l’enjamba avant de faire le tour pour gagner à grand peine le devant de la maison. Quelques bardeaux étaient tombés sur la neige et quand il leva les yeux, il constata qu’il y en avait d’autres qui battaient et claquaient au vent contre les planches nues du toit et il vit avec consternation qu’ils s’arrachaient par deux ou trois à la fois. Il allait repartir quand il aperçut un rideau qui bougeait à la fenêtre de l’étage de la maison de Mme Somerset.
Il savait que Wertz et le rouquin étaient allés voir la vieille femme et qu’elle leur avait donné la clé de chez Jimmy. Il savait aussi qu’elle avait dû entendre ses hurlements tandis qu’ils le torturaient et qu’elle avait dû le voir partir un peu plus tard sur ses béquilles dans ce froid terrible. Peut-être avait-elle essayé de le prévenir au motel, mais il n’avait aucun moyen de le savoir et il pensait que c’était peu probable.
Il alla devant sa maison et il ouvrit sa barrière d’un coup de pied, puis se planta sous la fenêtre où le rideau avait bougé, et au bout d’un moment, le visage de la femme apparut derrière la vitre – aussi petit que celui d’un enfant et anguleux, ses yeux aux paupières tombantes balayant l’espace de gauche à droite avant de s’arrêter sur la silhouette sombre dans sa cour. Interloquée, elle scruta cette apparition pendant quelques secondes, puis elle recula, les yeux affolés, sa bouche formant un gémissement de terreur silencieux, et il sut alors qu’elle avait tout compris et les avait crus morts tous les deux, Jimmy et lui. Quand il leva son fusil à l’épaule, le rideau retomba et la lumière dans la chambre s’éteignit, et un moment plus tard, il entendit le claquement métallique du verrou de la porte d’entrée que l’on fermait. L’inutilité pathétique de ce geste le mit en rage et il s’avança sur la véranda, et d’un coup de crosse, il brisa la vitre de la porte d’entrée, passa la main à l’intérieur pour déverrouiller la porte avant de l’ouvrir. Une brève bouffée de chaleur, une odeur d’humidité et de matières fécales. Une antique horloge de parquet dans le vestibule. Une balustrade en chêne s’élevait devant lui et il resta au pied de l’escalier, essayant d’entendre la vieille femme, mais il ne perçut que le tic-tac impitoyable et inébranlable de l’horloge. Elle était très ancienne, très travaillée et élégante, et après avoir posé son fusil dans un coin, il la fit basculer et elle s’écrasa sur le sol. C’est tout juste s’il put la bouger ; il la traîna sur le seuil et la coinça dans l’entrebâillement de la porte ouverte. Après avoir repris son fusil, il sortit sur la véranda. Déjà, une neige granuleuse serpentait sur le parquet. Les lourdes tentures de velours qui depuis des décennies empêchaient le soleil d’entrer se soulevaient et se balançaient. Le vent dans le dos d’Hickney soufflait en permanence et toute la nuit il allait s’engouffrer librement par la porte, charriant dans tous les coins de la maison de la vieille femme le froid intense qui lui convenait si bien.
Les trottoirs du quartier avaient pratiquement disparu et, de nouveau, il s’engagea sur la chaussée où la marche était moins pénible. Aucune voiture n’était passée depuis des heures, il n’y avait pas de traces, à part les siennes, et il n’y avait pas âme qui vive dans les rues. La ville semblait abandonnée. On aurait dit que pendant qu’il dormait, tous les habitants avaient fermé leur porte à double tour et s’étaient enfuis, comme s’ils craignaient que quelque fléau ne vienne s’abattre sur eux.
Quand il tourna dans Poplar Street, il dut affronter le vent qui soufflait de face, transperçant ses épais vêtements, lui brûlant la peau aussi facilement que s’il n’avait rien eu sur lui. Il n’avait aucune idée de l’heure qu’il était et quand la cloche de l’Immaculée Conception se mit à sonner, il se figea sur place, comptant les coups étouffés dans le lointain, un-deux-trois, puis il n’y eut plus que le vent, de nouveau, et les battements sourds et indénombrables de son cœur. À l’intersection de Poplar et Fife, il tourna et se traîna laborieusement dans la rue jusqu’au 110, où il s’arrêta à l’abri d’un orme imposant. Il avait appris par Bud que le fils de Vernon Dupui était venu trier les affaires de son père, mais de la rue, la maison paraissait inchangée. À l’une des fenêtres, il put juste distinguer le fauteuil depuis lequel le vieil homme avait auparavant observé la rue déserte au long de ses interminables nuits.
Derrière les fenêtres du 110, il ne vit que du vide, et alors que, bien des fois, par une nuit semblable à celle-là, il avait rempli les pièces des ornements domestiques de ses rêves jusqu’au plus petit détail, la petite maison lui parut désormais aussi inhospitalière qu’un canyon dans un désert. Les caraganiers, privés de leurs dernières feuilles obstinées, raclaient les clins à la peinture écaillée. Il eut un sourire amer en voyant le panneau de l’agent immobilier qui portait l’affiche SOUS COMPROMIS. La première fois qu’il l’avait vue, ces mots avaient suscité en lui une vague d’espoir radieux et de réconfort. À présent, il la perçut comme une raillerie, une cruelle plaisanterie qu’il s’était faite à lui-même.
Il s’écarta de l’abri de l’arbre et, tournant le dos à la maison, il sentit le vent le pousser vers l’avant avec une force telle qu’il eut du mal à garder les pieds sur le sol. Quand il parvint à Main Street, il regarda vers l’est, puis vers l’ouest, à la recherche d’un signe de vie, mais la rue était déserte, coupée de longues congères où la neige volait comme des embruns et les lampadaires clignotaient et tremblotaient comme les minuscules étoiles qu’il voyait par milliers à l’est. Il enfonça le visage sous son col relevé, se tourna de trois quarts face au vent avant de s’engager dans la rue. Il passa devant le magasin d’Ingersoll plongé dans l’obscurité, puis devant l’Elegance et le Stockman, où la fausse chaleur des néons s’étalait sur la neige, et il se regarda dans la vitre des façades vides, silhouette solitaire, le fusil sur l’épaule, tel un soldat de retour du front.
Cela faisait un moment qu’il avait la sensation d’être épié et, après avoir parcouru la moitié de la rue, il s’immobilisa sous un lampadaire. Quand il se retourna, il y avait un coyote qui se tenait dans ses traces, à moins d’une quinzaine de mètres. Instinctivement, il eut un mouvement de retrait et il brandit son fusil ; le coyote recula mais ne s’enfuit pas. Hickney abaissa son fusil et l’observa, complètement stupéfait, les yeux d’agate jaune restant fixés sur lui, tandis que le vent faisait onduler le poil de l’animal. Au lampadaire suivant, quand il eut repris sa marche, le coyote était toujours là, ni plus éloigné ni plus proche, une patte en suspens au-dessus de la neige, semblable à un retriever. Il ne regardait ni à gauche ni à droite, il faisait seulement bouger ses oreilles et levait la tête, humant l’air afin de repérer l’odeur d’Hickney parmi d’innombrables autres odeurs étrangères qui tourbillonnaient dans le vent. Hickney s’était habitué à les voir réunis près d’un cadavre ensanglanté dans quelque endroit éloigné, assis au milieu des broussailles ou des arbres pendant qu’il faisait son travail, attendant de voir quels restes dérisoires il allait laisser derrière lui, mais il n’en avait jamais vu en ville. À présent, celui-ci se tenait, pas inquiet, dans les traces d’Hickney, dans la rue où, n’importe quel autre jour, il serait abattu sur place sans la moindre hésitation.
Hickney brandit le Remington et l’agita.
— Tu vois ça ? Qu’est-ce qui te prend ?
Il mit son fusil à l’épaule et s’avança d’un pas ferme.
— Qu’est-ce que tu me veux, bon sang ? Allez. File.
Le coyote recula d’un demi-pas, guère plus, et resta là à le contempler de ses yeux électriques et humides sous le lampadaire.
Hickney fit un geste bienveillant pour le chasser. L’animal regarda sa main, puis de nouveau son visage.
— Allez, lui dit-il. Va le dire aux autres. J’en ai terminé avec tout ça, maintenant.
Une bourrasque hurla en passant sur eux et le coyote ferma un œil pour se protéger de la neige qui volait, de telle manière qu’on aurait dit qu’il jaugeait Hickney avec un profond scepticisme. Comme si on ne pouvait pas se fier à ce qu’il avait dit, ou comme s’il pouvait revenir sur sa parole. Hickney essaya encore une fois de le faire partir.
— Allez, file, maintenant. Je ne suis pas l’un des vôtres.
Il avait fait un autre pas dans sa direction, quand, ayant brusquement tourné la tête sur le côté, l’animal se figea, ses oreilles s’orientant vers les différents points cardinaux. Puis il fit demi-tour et en trois bonds il disparut, englouti dans une étroite ruelle derrière le Kreeger Store non éclairé.
Le coyote s’était volatilisé si rapidement qu’Hickney resta immobile, sa main libre toujours tendue. Il souleva les oreillettes de sa casquette pour écouter. Il se dit qu’il pourrait peut-être entendre d’autres membres de la meute rappeler leur représentant solitaire, mais aucun bruit ne lui parvint. Il avança de quelques pas et cria.
— Attends. Reviens.
Il attendit, aux aguets, ses oreilles découvertes mordues par le froid. Finalement il planta le fusil dans la neige et s’en écarta, tendant ses mains vides vers le couloir sombre où le coyote s’était engouffré, ses mots et le panache blanc de son haleine aussitôt emportés par le vent.
— Reviens, appela-t-il, plus fort chaque fois. Reviens. Reviens.
Il s’approcha de sa chambre au motel comme il l’aurait fait n’importe quel jour, sans la moindre précaution, et il parla au chien noir dans sa boîte comme un vieil ami revenant d’une longue absence. Un morceau de papier collé sur sa porte avec du ruban adhésif en toile s’agitait dans le vent, il l’arracha et entra.
Hickney, disait la note, il y a des cadavres partout ici, 2 cerfs, près
de la borne 22 et à la 26, c’est un vrai merdier. Je suis obligé de tout
recouvrir avec mon chasse-neige. Pup est en train de piquer une crise,
alors magne-toi. Ogre
Il ne prit pas la peine de refermer la porte et le radiateur au mur se mit en route immédiatement. La neige entrait dans la pièce. Sous l’évier, il trouva un sac-poubelle, puis il alla à sa modeste commode et entreprit de fourrer des vêtements dans le sac. Dans la salle de bains, il prit sa brosse à dents et son peigne, ainsi que sa trousse de toilette de l’armée sous le lavabo et mit tout avec le reste. De retour dans la chambre, il ramassa la couverture en laine grossière au pied du lit et la balança sur son épaule comme un satrape, puis il resta un instant à regarder autour de lui dans la pièce obscure. Il n’y avait aucun signe indiquant qu’il avait vécu là – ni même qu’il avait vécu tout simplement. Tout ce qu’il possédait, il l’avait sur lui. Il n’avait laissé aucune trace, il n’avait aucun parent. S’il partait maintenant, il serait effacé aussi complètement que Kinchloe dans son trou anonyme sur la montagne.
Un jour, il y avait de cela bien des années, il s’était caché derrière une clôture pour observer le vieux chiffonnier qui descendait une ruelle en grommelant avec son chariot plein de boîtes de conserve et de morceaux de bois. L’homme secouait la tête et, périodiquement, il jetait un coup d’œil vers le ciel tandis qu’il ralentissait le pas, puis il finit par s’arrêter complètement et il donna l’impression d’être saisi d’une sorte de crise. Il commença à se prendre la tête entre les mains, à s’arracher ses cheveux crasseux. Ses yeux roulaient dans leur orbite, il levait ses poings sales et les agitait au-dessus de sa tête. Craignant d’être découvert, le jeune Hickney était resté accroupi derrière les lattes de bois brut, retenant sa respiration, le cœur battant. Il se souvenait que le ciel était d’un bleu immaculé – aucun nuage, aucun oiseau – et pourtant le chiffonnier y voyait quelque chose de terrible. Il jurait et enrageait devant cette perfection céleste dans ce que le garçon crut d’abord être une autre langue, jusqu’au moment où il finit par comprendre que ce que l’homme maudissait si violemment pour Sa duplicité et Son indifférence n’était autre que Dieu Lui-même.
Petit garçon, Hickney avait été très pieux, marmonnant des prières par centaines dans l’obscurité de sa chambre, ainsi qu’à l’église avec ses camarades de classe ; il y avait eu les neuvaines, les prières à Notre-Dame du Perpétuel Secours, le Chemin de Croix, où il s’agenouillait, les mains jointes, les yeux fixés sur la Vierge éplorée ou le Christ souffrant, récitant consciencieusement les mots prescrits pour le salut du monde. Plus tard, il avait donné ses pièces de monnaie et les avait entendues tomber dans le tronc au milieu des autres avec un cliquetis assourdi, il avait allumé des bougies votives et s’était mis à genoux, présentant ses intercessions pour le repos de l’âme de sa mère. Mais aujourd’hui, comme le chiffonnier, il savait que ses paroles s’étaient élevées vers les poutres de la charpente en même temps que la fumée des bougies, mais n’étaient pas allées plus loin, qu’elles étaient aussi inutiles et inopérantes que le gazouillis des oiseaux ou les aboiements des chiens dans leurs niches.
Il ramassa son fusil et son sac de vêtements, se tenant au centre de cette pièce qu’il ne reverrait plus jamais. On lui avait assuré qu’il y avait un Dieu et que nous étions Ses enfants, mais il se dit que si ce Dieu était sourd et aveugle, à quoi pouvait-Il bien servir pour qui que ce fût ?
Quand il sortit dans la cour, le vent faillit le renverser. Il n’y avait aucun signe du chien. Le carré de toile en lambeaux que son maître avait accroché devant l’ouverture avait été poussé à l’intérieur par le vent et la caisse était à moitié pleine de neige, la lourde chaîne à laquelle il avait toujours vu le chien attaché se terminant tout au fond de la boîte par une forme qui ne bougeait pas et ne faisait aucun bruit.
Il attrapa sa couverture juste au moment où la bourrasque la soulevait de son épaule et il la mit comme un capuchon sur sa tête, et tandis qu’il s’avançait dans la rue, le vent le força à trottiner maladroitement. Quand, une rue plus loin, il se trouva à l’arrière du bâtiment abritant le bureau du shérif, il vit la voiture de patrouille de Wertz garée n’importe comment et à l’intérieur du local, une faible lumière qui brillait. Enlevant son gant, il posa la main sur le capot encore chaud de la voiture.
Quand il tourna la poignée de la porte d’entrée, il fut surpris de constater qu’elle n’était pas fermée à clé. Il l’ouvrit doucement, entra et la laissa se refermer sans bruit, puis il tendit l’oreille. Des papiers que l’on feuillette, un léger cliquetis métallique. Il souleva la planche du comptoir donnant accès à l’arrière, puis il franchit la porte du bureau. La lumière qu’il avait vue provenait d’une petite lampe de table flexible, et depuis le seuil, il vit, dans cette faible lueur, Wertz occupé à fouiller les tiroirs du bureau de Bowman. Il avait un trousseau de clés qu’il portait comme un bracelet sur son bras, et il s’arrêta, se pencha vers la lumière pour lire un document. Il n’avait pas remarqué Hickney, jusqu’au moment où celui-ci laissa tomber son sac par terre. Son regard alla du document au sac, remontant sur la silhouette silencieuse dans l’encadrement de la porte, puis son attention se concentra sur le fusil qui s’était lentement levé dans les mains d’Hickney pour se pointer vers son sternum.
— Jimmy est mort, dit Hickney. Et j’aurais tendance à croire qu’à l’instant où je te parle, tous les types dans la montagne ont été mis en fuite. Ou pire.
Paraissant craindre que le moindre bruit ne provoque d’autres ennuis, Wertz rangea le document et enleva le trousseau de clés de son bras pour le poser sur le bureau avec une extrême délicatesse. Il avait ôté ses lunettes et quand il tendit la main pour les prendre, Hickney lui fit non de la tête, puis, sans qu’on lui ait rien demandé, l’adjoint leva les mains en l’air.
— Et tu as tué Bowman aussi, n’est-ce pas ? dit Hickney. Ou tu l’as fait tuer. C’était ton idée ou celle de Van Zyl ?
Les lèvres de Wertz remuèrent, mais il sembla incapable de parler. Sans ses lunettes, ses yeux paraissaient profondément enfoncés dans leur orbite et très petits, et ils clignaient rapidement. Venant de la nuit glaciale, Hickney eut soudain trop chaud et il se débarrassa de sa casquette à oreillettes, puis enleva ses gants avec ses dents avant de les poser sur le bureau. Sa respiration était calme, dans sa main le fusil ne pesait rien du tout. D’une certaine façon, il avait l’impression d’être sorti de lui-même, de se tenir simplement à la fenêtre et d’observer les événements qui se déroulaient à l’intérieur.
— Baisse tes foutues mains, dit-il.
Comme s’il était désireux d’obéir le plus rapidement possible, Wertz laissa tomber ses mains le long de son corps instantanément. Derrière lui, des classeurs étaient restés ouverts et quelques papiers étaient éparpillés sur le sol. La lumière de la lampe montait assez haut sur le mur pour qu’il puisse voir les photos commémorant les jours heureux de Bowman dans le Missouri – un Bowman différent, il s’en rendait compte maintenant, un Bowman que le monde n’avait pas encore usé. Quand il posa de nouveau les yeux sur Wertz, il vit dans le personnage qui se tenait au garde-à-vous avec raideur devant lui un homme différent, lui aussi. Il l’étudia de nouveau pendant une trentaine de secondes avant de désigner avec le canon de son calibre 12 le pistolet de Wertz dans son étui.
— Sors ton arme, dit-il.
Wertz ne bougea pas. Hickney ôta la sécurité à l’arrière de la détente et le bruit du déclic résonna dans la pièce. La main droite de Wertz s’avança doucement vers son étui et détacha la bride au-dessus du percuteur.
— Sors-le.
Wertz hésita, puis souleva lentement le pistolet de son étui et le laissa pendre le long de sa hanche. Dehors, le vent mugissait, le câble métallique servant à hisser le drapeau dans la petite cour devant le bâtiment tintait contre le mât.
— Enfonce-le dans ta bouche, dit Hickney.
Comme s’il n’avait pas entendu, ou ne pouvait le croire, Wertz ne bougea pas, mais ses yeux se mirent à cligner plus furieusement. Hickney s’avança et posa le canon du fusil contre la tempe de l’adjoint.
— Dans ta putain de bouche, j’ai dit.
Le visage de Wertz était livide et de la sueur commença à perler sur son front. La main qui tenait le pistolet se leva centimètre par centimètre, tremblante, comme s’il devait soulever un poids énorme. Quand l’arme arriva au niveau de sa taille, Hickney appuya plus fort sur la peau au-dessus de son oreille pour lui rappeler la fragilité de l’instant, et Wertz ouvrit la bouche et mit le canon de son pistolet sur sa langue. Il avait fermé les yeux et Hickney pouvait les voir rouler rapidement sous les paupières.
— Je ne le saurai probablement jamais de façon sûre, mais à mon avis tu as quelque chose à voir dans ce qui est arrivé à Vern et à Conrad.
Il avait la bouche sèche, et il mit cela sur le compte de la chaleur dans la pièce et au manque de sommeil, mais il se sentait très bien.
— En revanche, je sais ce que tu as fait à Jimmy, poursuivit-il. Et là, il n’y a aucun doute.
Les yeux de Wertz s’ouvrirent immédiatement et il essaya de dire quelque chose, mais les mots formés par ses lèvres autour du canon de son pistolet sortirent déformés et mouillés.
— Quoi ?
Hickney se pencha légèrement en avant, la main en coupe derrière l’oreille.
— Oh, tu ne ferais jamais une chose comme ça ? Tu ne torturerais jamais ton ami infirme avec une cigarette ? Oh voyons, Hick, c’est n’importe quoi. C’est cela que tu dis, Gerry ?
Le fusil d’Hickney n’étant plus collé à sa tempe, Wertz secoua la tête avec véhémence, ses marmonnements se faisant plus aigus. Un mince filet de bave coula du coin de ses lèvres.
— Mais tu as laissé les choses se produire, n’est-ce pas ? Et pourquoi cela, Gerry ? Parce que le monde s’en est pris à toi ? Mais c’est ce que le monde fait toujours, Gerry. C’est son boulot. Et il faut des couilles pour se rebiffer, c’est là que tu n’as pas été à la hauteur. Et d’un seul coup, comme un putain de miracle, cette bande d’enfoirés s’est amenée et a fait les choses à ta place. Est-ce que j’ai vu juste jusque-là ? Mais il y a une différence entre eux et toi. Et c’est une grande différence, Gerry, parce que cette ville, c’est ta ville, et tu l’as trahie. Jimmy, Vern, Conrad et Bowman. Tu as traité comme de la merde tout ce que tu étais censé protéger. C’est pas ça, la formule, servir et protéger ? Mais tu ne l’as pas fait. Tu as avalé toutes les conneries de Van Zyl et tu les as laissés faire parce que tu voulais avoir ta petite revanche. Et maintenant, c’est à toi de porter le chapeau, Gerry. Pour tout. Ça te retombe en plein sur le nez.
Avant même qu’il eût fini, Wertz se mit à marmonner frénétiquement, mais Hickney lui conseilla de se taire.
— Maintenant, dit-il, je veux que tu armes le chien.
Comme Wertz hésitait encore une fois, Hickney fit un pas sur le côté et enfonça son canon directement dans l’oreille de l’adjoint qui hurla de douleur. Aussitôt, du sang apparut.
— Vas-y, espèce d’enfoiré.
Par une série de courtes inspirations saccadées, Wertz emplit ses poumons, puis les vida en poussant un grognement. Ses mains étant petites et sans force, il eut besoin de se servir de ses deux pouces pour tirer en arrière le chien de son arme, et quand il s’enclencha, Wertz cessa de respirer complètement. Du sang coulait de son oreille blessée et une fine ligne rouge descendait dans son cou.
— Les pouces sur la détente, dit Hickney. Fais-le tout de suite. C’est ça.
Il abaissa le canon de son fusil et le posa de nouveau sur le bureau, puis il se pencha et parla sur un ton égal et grave à l’oreille ensanglantée de Wertz.
— Respire, Gerry. Voilà. Bon, est-ce que tu sais quel effet ça fait, neuf livres de pression ? Neuf livres. C’est tout ce dont tu as besoin. Tu ne pourrais pas y arriver tout seul, espèce d’ordure dégonflée, alors je vais te faciliter les choses. Neuf livres de pression pour faire ce que tu as à faire.
Il recula de plusieurs pas, jusqu’à la limite de la lumière émise par la lampe et il resta là à contempler, impassible, la scène qu’il avait sous les yeux, comme un peintre évaluant la composition d’un tableau non achevé. Il ferma les yeux, puis les ouvrit pour regarder de nouveau. Il jugea le tableau satisfaisant.
— Dis, Gerry, est-ce que tu penses qu’un ange pourrait te sauver ?
Pour la première fois depuis qu’Hickney était entré, Wertz le regarda en face, et ses yeux prirent un air affolé et un flot de larmes s’en échappa. Il avait renoncé à essayer de parler, ses suppliques étant réduites à un gémissement bas et continu. À ce moment-là Hickney se savait devenu un peu fou, et il savait que Wertz le savait aussi, mais cela ne faisait rien, il s’en fichait.
— Ça fait des années que j’ouvre l’œil, mais je n’en ai encore jamais vu un seul, dit-il. Alors je suis assez pessimiste sur tes chances.
Il posa le fusil à pompe sur le bureau et mit sa casquette et ses gants. Les yeux de Wertz étaient rivés sur le côté et dans la lumière qui montait de la petite lampe de bureau, son visage, luisant et blanc comme un linge, était l’expression même d’une terreur abjecte. Hickney sentit soudain monter en lui une vague de dégoût. Passant la main sous l’abat-jour, il éteignit la lampe et Wertz émit une plainte larmoyante.
— Maintenant, je vais sortir, je vais me mettre derrière cette fenêtre et je vais regarder si un ange descend du ciel. C’est ta meilleure chance, Gerry. Ton unique chance, en fait, mais ça pourrait arriver. Oui, ça pourrait arriver. Voilà ce que je te promets. Tu m’écoutes ? Je vais bien regarder, et si je vois un ange descendre du ciel pour toi, je m’en irai, et tu seras libre de partir. Parole d’honneur, Gerry. Je t’abandonne entre ses mains et je m’en vais.
Il prit son fusil et recula vers la porte. Tandis qu’il se retirait, il vit les coudes de Wertz s’affaisser et ses pouces se relâcher sur la détente.
Hickney leva le fusil et au claquement sec du fût Wertz tressaillit, un mouvement tout juste perceptible, à peine plus qu’une inspiration, mais il sut qu’il avait failli rompre le fragile équilibre maintenant en place les petits leviers et ressorts métalliques auxquels sa vie était suspendue. Une espèce de vagissement animal étranglé resta dans sa gorge et ses lèvres s’affaissèrent, arrondies autour du canon de nickel froid dans une sorte de fellation désespérée, avec le poids du métal sur sa langue comme une caresse aguicheuse et létale.
— T’as pas intérêt à bouger, siffla Hickney. Je ne te le répéterai pas. Je te coupe en deux d’un coup de fusil, je te le jure devant Dieu, ange ou pas ange.
Quand il sortit dans le froid, le vent s’engouffra dans ses vêtements et fit tournoyer le sac qu’il avait à la main. La couverture qu’il avait mise sur son épaule fut emportée et elle s’envola en tourbillonnant dans la rue comme un oiseau blessé. Il l’observa disparaître puis se tourna vers la fenêtre, où il vit Wertz debout tel qu’il l’avait laissé, les yeux fermés, ses bras frêles tremblotant. Il resta planté devant la vitre jusqu’au moment où son visage se mit à le brûler et ses mains à s’engourdir, et une nouvelle fois, il se dit que ses yeux n’étaient plus fiables, car il commençait à voir un autre Wertz, petit garçon à présent, les pieds au bord cauchemardesque d’un précipice, frêle, tremblant, d’une étoffe trop insignifiante, semblait-il, pour mériter d’être source de haine et de rage.
Tout son flanc gauche était blanc et le canon de son fusil recouvert d’une croûte de neige quand il s’éloigna, remontant Main Avenue au milieu de la chaussée jusqu’au Kreeger Store, où il chercha les traces du coyote, mais les moindres signes de sa présence avaient été effacés. Il l’appela une fois, puis attendit, s’efforçant d’écouter, par-dessus les craquements des branches dans les arbres nus et l’étrange grognement tuberculeux du vent dans les lignes à haute tension. Il entendait encore le tintement sporadique du câble sur le mât. Même à cette distance, dans l’obscurité et cet air chargé de neige, il pensait être en mesure de voir la lumière blanche éblouissante de pureté qu’il imaginait accompagner la descente d’un ange. Il ne savait pas s’il serait en mesure d’entendre un coup de feu, mais il pensait que oui.
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