Au nom de Chris

Claudine Desmarteau · Chapitre 10 sur 156

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Au nom de Chris

Ma mère parle beaucoup […]

Ma mère parle beaucoup. Elle parle tout le temps, comme pour chasser le vide. Ma mère, c’est la personne que j’aime le plus au monde. Je l’aime tellement que c’est horrible. Mais elle parle trop. Elle a une voix un peu trop aiguë, légèrement nasillarde. Une voix toujours plus ou moins inquiète. Ma mère est quelqu’un d’inquiet. Elle veut tout savoir, elle veut tout prévoir. Elle regarde toujours la météo le matin. Elle fourre un parapluie dans mon sac à dos et ça la rend dingue quand je rentre à la maison dégoulinant comme un chien mouillé parce que je ne me suis pas servi du parapluie. Aucun élève du collège n’a de parapluie à part moi, alors je ne le sors pas de mon sac. Inutile d’expliquer ça à ma mère, elle ne comprendrait pas. Elle me donne des goûters que je ne sors pas de mon sac non plus. Inutile de lui expliquer pourquoi.

Ma mère pose trop de questions.

« Ça s’est bien passé, ta journée ? » « T’as mangé quoi, à la cantine ? » « Tu as faim ? » « Dimanche je te ferai un bon poulet grillé, tu veux ? » « Tu as fait tes devoirs ? » « Où est passé ton bonnet ? » « T’as pris ta douche ? » « Tu préfères des haricots verts ou des courgettes ? » « Tu éternues ? Tu as mal à la gorge ? » « Tu as pris tes vitamines ? »

« Adrien ? » 

« Tu m’écoutes ?… »

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