Au nom de Chris
Je tremble tellement que mes dents […]
Je tremble tellement que mes dents s’entrechoquent.
– Enlève tes fringues, tu vas prendre froid, dit Chris.
– J’avais apporté de quoi me changer mais tout est trempé, je réponds en grelottant.
– Ouais, je m’en doute – t’aurais dû larguer ton sac à dos. Un sac trempé peut t’entraîner au fond. Je vais te prêter des fringues sèches.
Je me rhabille avec les vêtements de Chris pendant qu’il prépare un feu.
– Et pour les chaussures ? je demande.
– Tu vas mettre celles-là, dit-il en me balançant une paire de baskets.
– C’est pas ma pointure. Je nage dedans.
– Je rêve ! Ben tu vas t’en contenter, mec. C’est pas de ma faute si tu t’es vautré dans l’eau.
– Si. C’est de ta faute. Fallait pas passer à cet endroit-là. J’ai failli me noyer et c’est de ta faute.
J’ai toujours froid mais c’est de rage que je tremble.
– Moi, j’ai réussi, me répond Chris en insistant sur chaque mot.
Il me lance un regard ironique, insolent, en reniflant avec ce que j’interprète comme du mépris.
– T’as eu peur, hein ? T’aurais pu te noyer, c’est vrai. T’étais à deux doigts, même. Heureusement que j’étais là. Tes petites leçons sur l’amont et l’aval, ça sert à rien pour sauver ton cul dans une situation comme celle-là. C’est pas vrai ? Hum ? Tu dis quoi ?
Je ne réponds pas mais je bous. J’ai envie de lui déchiqueter la gueule. Pas tout de suite. Faut que je reprenne des forces. Plein d’assurance, il continue à me saouler avec son speech.
– Et ouais… on est peu de chose… Dans ces moments-là, on en prend conscience… Tu vois, Sven, moi, c’est comme ça que je l’aime, la vie. Là, tu sens son vrai prix. Tu dois devenir beaucoup, beaucoup plus fort, si tu veux avoir une chance de rester en vie dans les années qui viennent. T’as compris ça, j’espère.
Va te faire foutre, espèce d’enfoiré.
– Tu me maudis… c’est normal. Je t’en veux pas, va. Réfléchis un peu, Sven. En cet instant, tu es plus vivant que tu ne l’as jamais été.
– …
– J’ai pas raison, putain ?
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