Au nom de Chris

Claudine Desmarteau · Chapitre 20 sur 156

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Au nom de Chris

J’ai changé de psy […]

Maintenant je vois une femme, plus jeune que le vieux gars qui avait une tête de prof sévère. Je suis pas très bavard, alors elle me pose plein de questions.

– Tu t’entends bien, avec ta mère ?

– Oui, très bien.

– Et ton père ?

– J’ai pas de père.

– Explique-moi…

– J’ai pas de père. Il paraît qu’il est mort.

– Pourquoi tu dis « Il paraît » ?

– On ne parle jamais de mon père, à la maison. Il est mort et c’est tout.

– Il est enterré où ?

– Je sais pas.

– Tu ne veux pas le savoir ?

– Non.

– Pourquoi ?

– Je m’en fous, qu’il soit mort et enterré ou pas. Pour moi, il n’a jamais existé.

– Parle-moi de tes insomnies.

– Je mets longtemps à m’endormir et j’ai un mauvais sommeil. Je me réveille en plein milieu de la nuit et j’arrive pas à me rendormir.

– Quelque chose t’angoisse ?

– Je pense trop à m’endormir, du coup je n’y arrive pas et je m’énerve à l’intérieur. Plus je suis fatigué, moins j’y arrive.

– Tu prends des somnifères ?

– J’en ai pris et je me sentais pire, alors j’ai arrêté.

– Tu te sentais « pire » ?

– Oui. Encore plus bizarre. Et ça me faisait perdre la mémoire, je supporte pas.

– Ça t’effraie, d’avoir des trous de mémoire ?

– Oui. J’ai peur de tout oublier.

– L’oubli fait partie de la vie. On passe notre temps à oublier des choses. On ne peut pas se souvenir de tout. Parfois, on oublie pour se protéger, aussi.

– Avec les somnifères, j’oubliais tout ce qui était important.

– C’est à dire ?

– Le jour qu’on était, les paroles des profs… Je devenais nul.

– Ta mère m’a dit que ton amie avait déménagé récemment.

– Judith… Ça fait quarante-cinq jours qu’elle est partie.

– Elle te manque ?

– C’est comme ça. On peut rien y faire.

– Tu pourrais essayer de la revoir. Elle habite loin, maintenant ?

– De toute façon c’est plus comme avant.

– Pourquoi ?

– Avant, on se voyait tous les jours. Moins on se voit, plus on s’éloigne.

– Et tu as d’autres amis ?

– Pas au collège.

– Où, alors ?

– Je suis fatigué. On peut arrêter ?

– Je vais te prescrire un sédatif très léger. Ça devrait t’aider. On fait le point la semaine prochaine, tu veux bien ?

– D’accord.

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