Au nom de Chris

Claudine Desmarteau · Chapitre 117 sur 156

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Au nom de Chris

« Au fait maman, je voulais te dire un truc […]

« Au fait maman, je voulais te dire un truc… Le prends pas mal, surtout. Écoute maman, je vais être franc parce qu’il faut être franc avec les gens qu’on aime. Voilà… T’es devenue moche, et pas qu’un peu. T’es mal habillée. T’as grossi. Tu ne te teins plus les cheveux aussi souvent qu’avant. S’il te plaît, jette ce vieux legging décoloré et distendu. Un autre truc : je peux plus supporter de te voir arpenter la cuisine avec ce torchon crade sur ton épaule. Essaie d’arrêter de renifler bruyamment, aussi. Je dis ça pour te rendre service, maman. Parce que je t’aime. Parce que quand je te regarde, j’ai une boule de nerfs en pelote qui me cisaille le bide comme un rouleau de fils barbelés. J’ai envie de te foutre des baffes, de te secouer comme un prunier, de couvrir de baisers ton pauvre visage fatigué que personne n’a embrassé depuis bien trop longtemps. J’ai envie de te serrer dans mes bras, de me blottir contre ton gros ventre strié de vergetures par ma faute. J’ai envie de te dire que je resterai avec toi jusqu’à ce que la mort nous sépare avant de m’enfuir en courant pour ne jamais revenir.»

Il a raison, Chris.

C’est plus facile de caresser les gens qu’on aime dans le sens du poil.

De regarder ailleurs et de laisser couler.

Être franc avec ceux qu’on aime, c’est pire que dur.

C’est impossible.

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