Au nom de Chris
– Tu n’es pas venu, mercredi dernier […]
– J’ai oublié.
– Ça m’étonne de toi, qui as une excellente mémoire.
– Désolé.
– Tu as eu des problèmes au lycée, il paraît…
– Comment vous le savez ?
– Ta mère m’en a parlé.
– Vous parlez avec ma mère ?
– Elle souhaite garder le contact avec moi. C’est normal, Adrien. Tu es mineur.
– Si vous parlez avec ma mère, comment je peux vous faire confiance ?
– Rassure-toi. Je ne lui raconte pas nos séances.
– …
– Tu veux bien me parler de ces problèmes au collège ?
– J’ai eu un avertissement.
– Pourquoi ?
– Parce que j’ai frappé Geoffroy.
– Toi, tu as frappé Geoffroy ?
– Oui.
– Tu l’as blessé sérieusement ?
– Ça va… Il était surtout choqué, il s’est cogné la tête en tombant.
– C’est la première fois que tu frappes un camarade ?
– Oui.
– Tu comprends pourquoi tu as fait preuve de brutalité ?
– Il m’a traité de sac à merde.
– Ça justifie ta violence ?
– C’était la goutte d’eau. Lui, il m’avait déjà frappé. Plusieurs fois.
– Tu ne voulais plus être sa victime ?
– Oui… c’est ça.
– Et qu’est-ce qui t’a fait réagir, cette fois-ci ?
– Avant, j’aurais même pas eu l’idée de me défendre.
– Avant quoi ?
– Avant Chris.
– C’est lui qui t’a conseillé de faire ça ?
– Non… mais il m’apprend.
– Il t’apprend à te battre ?
– À dominer ma peur. À me défendre.
– Tu aurais pu blesser Geoffroy gravement. Tu en as conscience ?
– …
– Fais attention, Adrien.
– Vous trouvez que j’aurais dû me laisser traiter de sac à merde ?
– Je ne dis pas ça.
– Vous vouliez que je fasse quoi ? Que je lui demande de retirer ce qu’il avait dit ?
– Je comprends bien que ce n’est pas facile.
– Non, vous pouvez pas comprendre.
– Je te conseille juste de faire attention à ce… Chris.
– Il m’aide, lui.
– Tu ne le connais pas bien.
– Je le connais de mieux en mieux.
– C’est ce que tu crois. Ça ne te ressemble pas, de frapper un camarade.
– Qu’est-ce que vous en savez ? Vous ne me connaissez pas bien.
– C’est vrai.
– En tout cas, je regrette pas. Ça pouvait pas continuer. Il fallait faire quelque chose.
– Le comportement de Geoffroy a changé ?
– C’est trop tôt pour le dire. Mais je regrette rien. Et s’il me frappe encore, je me défendrai.
– Tu peux essayer de te défendre sans avoir recours à la violence.
– Mmmm…
– On se revoit la semaine prochaine, à la même heure. Tu n’oublieras pas ?
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