Au nom de Chris

Claudine Desmarteau · Chapitre 36 sur 156

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Au nom de Chris

– Tu n’es pas venu, mercredi dernier […]

– J’ai oublié.

– Ça m’étonne de toi, qui as une excellente mémoire.

– Désolé.

– Tu as eu des problèmes au lycée, il paraît…

– Comment vous le savez ?

– Ta mère m’en a parlé.

– Vous parlez avec ma mère ?

– Elle souhaite garder le contact avec moi. C’est normal, Adrien. Tu es mineur.

– Si vous parlez avec ma mère, comment je peux vous faire confiance ?

– Rassure-toi. Je ne lui raconte pas nos séances.

– …

– Tu veux bien me parler de ces problèmes au collège ?

– J’ai eu un avertissement.

– Pourquoi ?

– Parce que j’ai frappé Geoffroy.

– Toi, tu as frappé Geoffroy ?

– Oui.

– Tu l’as blessé sérieusement ?

– Ça va… Il était surtout choqué, il s’est cogné la tête en tombant.

– C’est la première fois que tu frappes un camarade ?

– Oui.

– Tu comprends pourquoi tu as fait preuve de brutalité ?

– Il m’a traité de sac à merde.

– Ça justifie ta violence ?

– C’était la goutte d’eau. Lui, il m’avait déjà frappé. Plusieurs fois.

– Tu ne voulais plus être sa victime ?

– Oui… c’est ça.

– Et qu’est-ce qui t’a fait réagir, cette fois-ci ?

– Avant, j’aurais même pas eu l’idée de me défendre.

– Avant quoi ?

– Avant Chris.

– C’est lui qui t’a conseillé de faire ça ?

– Non… mais il m’apprend.

– Il t’apprend à te battre ?

– À dominer ma peur. À me défendre.

– Tu aurais pu blesser Geoffroy gravement. Tu en as conscience ?

– …

– Fais attention, Adrien.

– Vous trouvez que j’aurais dû me laisser traiter de sac à merde ?

– Je ne dis pas ça.

– Vous vouliez que je fasse quoi ? Que je lui demande de retirer ce qu’il avait dit ?

– Je comprends bien que ce n’est pas facile.

– Non, vous pouvez pas comprendre.

– Je te conseille juste de faire attention à ce… Chris.

– Il m’aide, lui.

– Tu ne le connais pas bien.

– Je le connais de mieux en mieux.

– C’est ce que tu crois. Ça ne te ressemble pas, de frapper un camarade.

– Qu’est-ce que vous en savez ? Vous ne me connaissez pas bien.

– C’est vrai.

– En tout cas, je regrette pas. Ça pouvait pas continuer. Il fallait faire quelque chose.

– Le comportement de Geoffroy a changé ?

– C’est trop tôt pour le dire. Mais je regrette rien. Et s’il me frappe encore, je me défendrai.

– Tu peux essayer de te défendre sans avoir recours à la violence.

– Mmmm…

– On se revoit la semaine prochaine, à la même heure. Tu n’oublieras pas ?

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