Au nom de Chris

Claudine Desmarteau · Chapitre 114 sur 156

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Au nom de Chris

Je retrouve Chris dans la clairière […]

Je retrouve Chris dans la clairière, au pied du chêne. Adossé au tronc, assis en tailleur, il offre son visage au soleil en fermant les yeux. La lumière est crue et contrastée sur sa peau très pâle. Ses cheveux châtains mi-longs – un peu gras – sont tirés en arrière, coiffés en chignon. Son oreille gauche est percée d’un petit anneau en or. Il a remonté les manches de son tee-shirt, découvrant un tatouage qui grimpe sur son biceps et remonte jusqu’à la base du cou : une rose noire. Pleine d’épines, longues et pointues comme des poignards.

– Assieds-toi, Sven. Viens là, chauffer ta couenne. Ça fait du bien, putain.

– J’ai apporté des sandwichs.

– Génial. T’es génial.

Je sors les sandwichs de mon sac à dos, en donne un à Chris.

– Merci, mec. Bien emballé dans un papier d’alu… C’est toi qui les as faits ?

– Euh… c’est ma mère.

– Y a des cornichons ! Alléluia. Putain, cette acidité, ça explose les papilles… sans déconner, c’est incomparable. Y a rien qui me fait saliver plus que de penser à un petit cornichon bien croquant. Mmmm… Je suis presque en train d’oublier le désastre à venir.

– Quel désastre ?

– Tu me poses la question ?

– …

– Tu le vois pas, le putain de désastre qui se prépare ? Faut pas se voiler la face, mec.

– …

– Faut se préparer au pire, parce que le pire est certain. On va se le prendre dans la gueule comme un tsunami.

– Qu’est-ce qu’on va se prendre dans la gueule ?

– Putain Adrien, ouvre les yeux ! Merde, sors de ton cocon !

– …

– Il est là, avec ses petits sandwichs préparés par sa daronne.

– …

– Ça me rend fou. Le fifils à sa maman… Enfonce-toi ça dans le crâne : y a qu’une certitude, c’est qu’on va tous clamser. Sans doute plus vite que prévu.

– …

– Elle a quel âge, ta daronne ?

– La quarantaine… un peu plus.

– À quarante ans, je serai mort et enterré.

– Pourquoi tu dis ça ?

– Je le sais. C’est écrit.

– N’importe quoi… À quarante ans, tu péteras le feu.

– Kes t’en sais ? Comment tu pourrais savoir ? Tu sais rien, toi. Tu sors de l’œuf… depuis le temps que t’es couvé par ta mère… Et quand tu te retrouveras seul, tu feras comment ? Hein ? Pour te nourrir, te battre, trouver à bouffer, survivre… Est-ce que tu seras à la hauteur ? T’as intérêt, mec. Je te prédis que ça va pas être fun : catastrophes climatiques, incendies, inondations, épidémies, guerres, accidents nucléaires… T’as encore rien vu.

– …

– Alors ENDURCIS-TOI, putain !

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