Au nom de Chris

Claudine Desmarteau · Chapitre 109 sur 156

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Au nom de Chris

Dans le miroir de la salle de bains […]

Dans le miroir de la salle de bains, je regarde mon reflet. J’ai changé, c’est vrai. J’ai grandi. Pris des épaules, un peu. Des biceps, un peu. J’ai pris du pif, aussi – je préférais mon nez d’enfant à cette patate luisante farcie de points noirs. Mon visage est en train de se transformer. Mes traits sont moins fins. Et mes yeux moins grands. Quelques poils bruns sur la lèvre supérieure.

Je ne l’aime pas, ce reflet de moi.

Est-ce qu’on peut contrôler les changements qui surviennent ?

Dans notre vie, dans notre corps ?

Je sais pas… On peut essayer de limiter les dégâts…

Et Chris. Il a changé, aussi. Je le voyais plus grand – peut-être parce que moi, j’étais plus petit. Attention, il est grand, Chris ! Mais… y a quelque chose de différent dans sa manière de se tenir. La tête enfoncée dans les épaules. Il a l’air fatigué. Les traits plus marqués que dans mon souvenir. Des rides sur le front, autour de la bouche et une plus profonde, entre les sourcils, qui se creuse quand il a cette expression bizarre, avec l’air absent, comme si une ombre passait sur son visage et qu’il rentrait en lui-même. Alors je me sens de trop et je ne sais pas quoi faire ; je ne sais pas si je dois parler ou fermer ma gueule, rester là ou m’éclipser discrètement. Je sais juste qu’il n’est plus avec moi et j’ai l’impression de le perdre.

Je me demande quel âge il a, Chris. J’ose pas trop lui demander. Bah on s’en fout, de l’âge. C’est pas important.

Il a changé – un peu – et alors ?

Il est comme ça, Chris. Jamais là où on l’attend. Il me surprend toujours. Si ça se trouve, demain il aura une patate d’enfer.

Une chose est sûre : je suis sacrément content de le revoir.

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