Au nom de Chris

Claudine Desmarteau · Chapitre 119 sur 156

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Au nom de Chris

Elle lave des courgettes, les essuie dans un torchon en lin blanc […]

Elle lave des courgettes, les essuie dans un torchon en lin blanc et commence à les éplucher.

– Pourquoi tu les as lavées si c’est pour les éplucher ? je demande.

– Il faut toujours laver les fruits et les légumes. Plus on les lave, mieux c’est. On s’empoisonne, avec tous ces pesticides. Y en a partout, même dans le bio.

Elle finit d’éplucher les courgettes, les tranche en deux, puis en quatre sur la longueur et les coupe en petits morceaux.

– Je mets de l’ail ? Tu aimes ça, l’ail ?

– Ouais.

– Alors prépare-moi deux gousses, hachées menu.

– OK.

– Il est gentil, ce garçon qui t’apporte les cours. On pourrait l’inviter à dîner.

– Mmmm… on verra…

– Tu as fait tes devoirs ?

– …

– Adrien… Tu les as faits ?

– Pas encore.

– Est-ce que tu as appris tes cours ?

– …

– Il ne faut pas que tu prennes du retard. Déjà que tu es exclu dix jours… Faut reprendre le train en marche, oublier tout ça…

– Oublier tout ça ? T’es gentille. Tu crois que je vais oublier qu’on m’a frappé, craché à la gueule et traité de sac à merde pendant des semaines et des mois, pendant que les profs tournaient le dos et que le principal… ce fils de pute… se cloîtrait dans son bureau ?! Tu crois que je vais apprendre mes cours pour rester un bon petit boloss qui essuie les mollards comme si c’était normal ? C’est normal puisque tout le monde ferme les yeux. Puisque tout le monde s’en bat les couilles.

– S’il te plaît Adrien, arrête de parler grossièrement. Tu ne m’avais pas dit que tu te faisais frapper !

– Je voulais pas t’angoisser.

– Il faut que tu me parles, que tu me racontes les choses. Comment je pourrai t’aider, sinon ?

– Tu peux rien faire, maman.

– Faut pas dire ça ! On peut toujours faire quelque chose. Il faut essayer, au moins.

– Tu la veux, la vérité ?

– Bien sûr, que je veux la vérité !

– Ils aimeraient tous que je ne revienne jamais et tu sais pourquoi ?

– …

– Parce qu’ils ont honte. De tourner la tête ou de regarder leurs pompes pour éviter de croiser mon regard. Je les dérange. Après tout, si je me fais harceler, c’est un peu ma faute. Je suis pas le premier ni le dernier. C’est comme ça partout, et tout le monde s’en fout. Chacun rentre chez soi et pense à autre chose. Mais moi, je peux plus voir leurs sales gueules. Je les hais. Tous. Et je veux pas y retourner.

– Tu vas reprendre les cours ! L’année n’est pas finie.

– J’irai pas. J’irai plus au collège. C’est décidé.

– J’aimerais voir ça ! Il n’est pas question que tu cesses d’aller au collège. C’est obligatoire, je te signale.

– Vaut mieux pas que j’y retourne, maman. Je pourrais faire un malheur.

– Il faut que tu revoies la psy. Adrien, écoute-moi ! Où tu vas ?

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