Au nom de Chris

Claudine Desmarteau · Chapitre 16 sur 156

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Au nom de Chris

Elle a changé, Judith […]

Elle a changé, Judith. Sur mon écran je ne la reconnais plus. C’est à cause des cheveux, peut-être. Ils sont plus longs, elle ressemble à une fille maintenant.

– T’as changé de coiffure ? je lui ai demandé.

– Non.

– Ben si… T’es plus coiffée pareil.

– Je les coupe moins souvent, c’est tout.

– C’est plus comme avant.

Elle a rien répondu.

Avec Judith c’est plus comme avant et on n’y peut rien. On ne se voit plus en vrai et on se perd, à petit feu. Je ne devrais pas mais je lui en veux. Je voudrais qu’elle souffre autant que moi et qu’elle me le dise. Peut-être qu’elle souffre autant que moi, en fait. Elle est du genre fière, Judith. Du genre qui ne verse pas une larme quand elle a mal, plutôt crever. Du genre qui hurle à l’intérieur sans ouvrir la bouche. Alors je n’ai aucun moyen de savoir si elle souffre autant. Même à moi, elle ne dirait rien. Je la connais, Judith. Un peu.

Moi non plus, je ne dis rien mais j’arrive plus à le cacher. Que ça devient pire. Je le vois dans les yeux de ma mère, dans ceux du toubib et du psy qui me prescrivent des calmants. Je le vois dans leurs yeux comme dans des miroirs.

Arrêtez !

Arrêtez de me regarder comme ça.

Judith n’a pas l’air d’aller mal. Tant mieux pour elle et tant pis pour moi. Je préférais ses cheveux courts en pétard mais elle est pas vilaine, avec ses petites mèches blondes qui lui caressent les joues. Ça lui donne un air plus doux. Depuis quand elle est douce, Judith la teigne ? Elle est devenue presque… mignonne. C’est pas elle. C’est pas Judith, cette blonde mignonne avec des yeux qui s’échappent ailleurs quand elle me parle. Comme si elle pensait à autre chose.

À quelqu’un d’autre ?

Et même, la dernière fois qu’on se parlait sur Skype, elle a bâillé. Elle a bâillé et ça m’a fait une pointe au cœur.

J’avais le souffle coupé, après.

Je veux plus la voir.

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