Au nom de Chris
Ma mère est en larmes […]
Ma mère est en larmes. À cause de moi. Forcément. Elle vient de lire la lettre du collège notifiant mon passage en conseil de discipline.
– Non mais tu te rends compte, Adrien ?
– …
– C’est grave ! Est-ce que tu t’en rends compte, au moins ?
– Ouais… ça va, maman.
– Non, ça va pas ! Tu as blessé un camarade ! Je… j’arrive plus à te comprendre, Adrien.
– Un camarade ?! C’était un salaud qui me crachait dessus. Il m’avait frappé, avant. Je me suis défendu, c’est tout.
– Toute cette violence… J’arrive pas à comprendre. Qu’est-ce que j’ai fait pour que tu te retrouves dans cette situation ?
– Rien, maman. C’est pas de ta faute.
– Alors, pourquoi ?
– C’est comme ça : le collège, ça craint.
– Tu travaillais bien, avant. Et là, tout se gâte ! Tes résultats sont en chute libre, tu frappes un élève… Mais qu’est-ce que j’ai fait au ciel ?
– Mais rien, putain ! T’as rien fait ! C’est pas de ta faute si cette ordure de Geoffroy m’a choisi comme tête de turc.
– Toi… tête de turc ?
– Oui.
– Pourquoi tu m’en as jamais parlé ?
– Parce que ça servait à rien.
– Ce Geoffroy… il te harcelait ?
– Oui.
– Depuis longtemps ?
– Ça s’est aggravé après le départ de Judith.
– Tu aurais pu me le dire, quand même.
– Tu pouvais rien faire.
– Mais si ! Prévenir le collège, déjà.
– Ils sont sourds et aveugles, au collège.
– C’est honteux ! Ça explique les résultats en baisse. C’est à cause de ça ?
– Euh… ouais.
– Tu l’as bien amoché, ce salaud ?
– Oui.
– Tant mieux. J’ai envie de lui bousiller la tronche, moi aussi.
– Ah ah, toi tu l’aurais tué !
– Peut-être bien. Comme une louve qui défend son petit.
– Bah… il est pas mort en tout cas.
– Il va passer en conseil de discipline, lui aussi.
– Ouais. C’est lui qui a frappé le premier.
– Je vais le signaler au principal, que cette ordure te harcelait.
– Si tu veux, ça changera rien… Il le sait déjà.
– Et il ferme les yeux ? Je vais prendre rendez-vous ! Je vais porter plainte, moi !
– Calme-toi, maman. Bientôt, je quitterai ce collège pourri.
– Oui. Vivement. Il faut que tu te remettes au travail, en attendant. D’accord Adrien ?
– Oui maman.
– Tu vas être exclu, tu crois ?
– Quelques jours, sans doute.
– Toute cette violence…
– C’est comme ça.
– Je vais lui régler son compte, moi, à ce salaud de Geoffroy.
– Ahah !
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