Au nom de Chris

Claudine Desmarteau · Chapitre 96 sur 156

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Au nom de Chris

Je me souviens […]

Quand j’étais petit, je rejoignais ma mère dans son lit le matin. J’ouvrais les yeux et me levais aussitôt, sortais de ma chambre et traversais le couloir en trottant. La porte de la chambre de ma mère était toujours ouverte. Je me glissais sous la couette et me collais à son corps chaud et moelleux. Elle me prenait dans ses bras, embrassait mes cheveux et ma nuque. Ses gestes étaient doux, pleins de sommeil et de tendresse. On se blottissait l’un contre l’autre, en petites cuillères. On sommeillait… on se rendormait à moitié… on respirait en chœur.

Un petit paradis, le lit de ma mère.

J’y allais la nuit aussi, parfois. J’avoue. Et même le soir, quand je n’arrivais pas à m’endormir. Mais toujours, elle me portait dans ses bras et me recouchait dans mon lit.

– Et ça a duré combien de temps ? m’a demandé la psy.

– Je sais plus…

Faux.

Je sais très bien.

Ça a duré trop longtemps.

C’était dur d’arrêter.

Pour moi et pour elle.

Mais j’ai grandi et c’est devenu impossible de squatter le lit de ma mère.

On n’entre pas dans le lit de sa mère avec la gaule du petit matin.

Enfin si… j’y allais quand même et c’est elle qui me renvoyait dans ma chambre, ou qui se levait pour éviter de me prendre dans ses bras.

On ne devrait pas grandir.

J’aurais aimé figer le temps sur ces instants-là. Blotti contre le ventre de ma mère, protégé de tout par cette capsule invisible, incandescente. L’amour de ma mère était mon oxygène.

Je croyais que ça me rendait invincible.

Aujourd’hui, je vois bien que c’est tout le contraire.

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