Au nom de Chris
Je remplis à nouveau la gourde […]
Je remplis à nouveau la gourde et on repart. On marche lentement, à cause de l’entorse de Chris. Ça grimpe de plus en plus fort, ce qui ne facilite pas les choses.
Je ne parle pas beaucoup et j’essaie de ne pas trop penser.
Je veux rester concentré sur ma volonté absolue de rentrer au plus vite.
Mes sentiments sur Chris sont fluctuants.
Sa cheville a enflé, et on doit fréquemment faire de courts arrêts.
Il s’assoit par terre, adossé à un arbre. Épaules voûtées, visage fermé, Chris ne regarde rien. Ses yeux sont grand ouverts mais complètement vides. Il se mange les lèvres dans un rictus plein d’amertume.
L’arbre – un vieux chêne dont une grande partie du tronc est blanchie, couleur de cendre froide – a l’air mal en point. De ce côté du tronc, quelques pauvres branches maigres et nues pendouillent en direction du sol alors que sur l’autre moitié, il reste des belles branches vigoureuses, pleines de jeunes feuilles et de ramifications qui se dressent vers le ciel.
Mais la part morte gagne du terrain, ça crève les yeux.
Je regarde Chris, assis au pied de ce vieux chêne à demi-mort, et cette image m’hypnotise. Elle me fascine et m’effraie. J’ai le sentiment que cette image me transmet un message silencieux, qu’elle m’explique ce que je n’arrive pas à comprendre.
Chris est comme cet arbre.
Aujourd’hui, sa peau a presque la même couleur que celle du bois mort.
Une partie de lui est morte, depuis longtemps sans doute.
Il lutte, mais une part de lui ne ressent plus rien.
Il est comme gelé de l’intérieur.
Cela m’attriste mais je sais que je ne peux rien faire pour changer ça.
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